Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 février 2016 5 19 /02 /février /2016 18:05

"... Au terme du voyage, Ati retrouva Toz dans une vaste salle vide. Celui-ci lui en expliqua la symbolique : Ati était entré dans le musée par une pièce vide, il en ressortait par une pièce vide, c'était l'image de la vie prise entre deux néants, le néant d'avant la création et le néant d'après la mort. La vie est contrainte aux bornes, elle ne dispose que de son temps, bref, découpé en tranches sans liens entre elles sinon ceux que l'homme trimbale en lui d'un bout à l'autre du bail, des souvenirs incertains de ce qui fut et des attentes vagues de ce qui sera. Le passage de l'une à l'autre n'est pas explicité, c'est le mystère, un jour le beau bébé dormeur invétéré disparaît, chose qui n'alarme personne, et un petit enfant turbulent et curieux, un farfadet, apparait à la place, ce qui ne surprend guère la maman qui se retrouve avec deux seins lourds inutiles. Plus avant interviendront d'autres substitutions aussi subreptices, un bonhomme épaissi et soucieux remplacera au pied levé le jeune homme svelte et souriant qui se tenait là, et à son tour par on ne sait quel tour de passe-passe le bougre migraineux cèdera le siège à un homme voûté et taciturne. C'est à la fin qu'on s'étonne, quand un mort encore tout chaud remplace subitement le vieillard mutique,et froid cloué dans sa chaise devant la fenêtre. C'est la transformation de trop, parfois bienvenue cependant.

" La vie passe si vite qu'on ne voit rien", se dira-t-on sur le chemin du cimetière..."

Boualem Sansal : extrait de "2084, la fin du monde" Gallimard 2015

Partager cet article

Repost 0
publié par jmlire9258 - dans Extraits de livres
commenter cet article

commentaires

  • : Le Lecturamak
  • : "Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire c'est protester contre les insuffisances de la vie." Mario Vargas Llosa. Discours du Prix Nobel" Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
  • Contact
">

richard desjardins

Recherche


compteur ">

thomas fersen


compteur gratuit ">


compteur gratuit
">

romain didier

Mes auteurs favoris


Nathacha Appanah
Philippe Claudel
Jim Harrison
Haruki Murakami
J.M.G Le Clézio
Michel Houellebecq
Honoré de Balzac
John Irving
Philip Roth
Fred Vargas
Arto Paasilinna
Patrick Süskind
Tom Wolfe
David Lodge
Isaac Asimov
Victor Hugo
Fiodor Dostoïevski
George Orwell
Mathias Enard
Romain Gary
">

">


compteur ">


compteur
Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -