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1 septembre 2020 2 01 /09 /septembre /2020 17:28
Christian Bobin en dédicace à Nancy (Le Livre sur la Place 2011)
Christian Bobin , 2011.

La neige avait pris le pouvoir. C'était dans les premiers temps où j'habitais la maison dans la forêt. Une nuit. La voiture roulait doucement dans le sous-bois. Un blanc très bleu couvrait le pré. Une housse de silence enveloppait la maison comme un fauteuil dans une pièce désertée. Tout arriva lentement comme dans un amour vrai : la fraîcheur blanche, la voiture calme qui commençait à freiner, nos souhaits d'une vie aussi contemplative que dans l'enfance, et la chouette effraie qui s'est arrachée délicieusement du toit, s'est envolée au ralenti comme une neige quittant la neige, ses ailes battant le grand silence du temps, lente à apparaître, lente à disparaître. C'est une des plus belles lectures que j'ai faite dans ma vie, car tout est lecture. Une avalanche de douceur avec la lune pour juge de paix. Les animaux sont des lettres qui traversent nos jours. Notre recours en grâce est dans leurs yeux. Leur paradis est leur souplesse. Le poème de la chouette effraie que le crissement des pneus sur le sol durci avait inquiétée, je l'ai vu se perdre dans le noir gelé d'étoiles. Je n'ai jamais pu terminer ma lecture. Parfois, rentrant des courses, je vois un daim bondir par-dessus la route, relier les deux parties du bois. Le monde est rempli de poèmes affolés et d'assassins raisonneurs. C'était il y a dix ans. Combien de temps vit une chouette effraie ?

Dans le cœur des témoins : jusqu'à la fin du monde..."

 

Christian Bobin : extrait de " Un bruit de balançoire" L'Iconoclaste, Gallimard,  2017.

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak : 

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  • : "Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire c'est protester contre les insuffisances de la vie." Mario Vargas Llosa. Discours du Prix Nobel" Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
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