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23 avril 2021 5 23 /04 /avril /2021 17:08
soldats soviétiques à Budapest, 1945

Deux jours au cours desquels je n'arrive pas à me concentrer sur mes lectures. La machine ne fonctionne pas, la tension ambiante évoque une catastrophe universelle et, quelque part dans le cerveau, l'organisme ne peut percevoir ni les mots de Platon ni les informations des journaux. Durant ces deux jours je lis et je vis de l'Histoire : les Anglais débarquent en Sicile ( entre le 9 et 10 juillet 1943 ). Le sort de la région du monde à laquelle j'appartiens se décide ces jours-ci, et pour longtemps. Je lis et travaille, je respecte mon emploi du temps comme je peux, comme un fou qui poursuit ses obsessions au moment même où un tremblement de terre détruit tout autour de lui. Je crois que ce fou a raison, ce fou en moi et en chacun d'entre nous, d'accomplir parfaitement ses obligations et de s'en tenir à sa tâche. Tout ce qui concerne le sort de la Sicile, de l'Europe, l'attaque britannique, tout est éphémère. La pensée et le travail perdurent. J'éteins la radio qui annonce l'occupation de Syracuse par les Anglais et je reprends place à mon bureau pour lire Platon et travailler. Je ne ressens pas cela comme une échappatoire ni comme une posture artificielle. Ce qui serait artificiel de ma part serait de m'enthousiasmer à la pensée que telle ou telle armée occupe la Sicile ou Trifouillis-les-Oies. C'est l'affaire du monde. Mon affaire à moi, c'est d'assembler des idées subjectives à l'aide de postulats, même si ou peut-être justement parce que le monde s'écroule."

 

Sándor Márai, extrait de "Journal Les années Hongroises 1943-1948, Albin Michel, 2019.

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak :

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  • : "Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire c'est protester contre les insuffisances de la vie." Mario Vargas Llosa. Discours du Prix Nobel" Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
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