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28 avril 2022 4 28 /04 /avril /2022 22:24

Notre époque jette une lumière crue sur l'inclusion du fascisme dans le capitalisme, comme l'expression de sa logique mortifère. Seuls ceux qui, à chaque élection, appellent à "faire barrage" entendent faire croire que le fascisme nous arrive du dehors ; l'adoration du chef, la haine du parlement et la fascination pour la violence seraient autant d’archaïsmes résistant encore et toujours à la modernité. Il n'est heureusement plus grand nombre pour les croire, car il est maintenant flagrant que faire barrage signifie en réalité préparer le terrain.

 

   Le temps passé avait pu faire croire que le fascisme avait été vaincu, mais voilà que le système est de nouveau en surrégime et qu'il lui faut des ventilations. À langue abattue, on parle de déclin moral, d'empoisonnement culturel et surtout d'étrangers menaçants. On lâche la bride à toutes les polices et le techno-flicage se fait chaque jour plus raffiné. Les plus avisés donnent de la voix pour rappeler "les heures sombres de notre histoire" Mais il y a fort à parier que cette évocation de la bête immonde, prête à surgir une fois encore, nous détourne de ce qui est en train de se passer et nous désarme. Car ce n'est probablement pas des menées d'un parti nationaliste et autoritaire que résultera le fascisme prochain, tant le capitalisme a œuvré, depuis longtemps déjà, à périmer ce genre d'instrument du retour à l'ordre. L'étude du fascisme historique ne doit pas servir à identifier un grand invariant de l'histoire mais, au contraire, à différencier ce qui nous arrive et qui est autrement plus invasif.

 

   [...] on peut tout à fait se représenter les fascistes comme de dangereux ennemis et nourrir en soi des façons de désirer propices au fascisme. C'est ce qui arrive dès lors qu'on entend réduire les fascistes au moyen des systèmes de lois, des régimes de production et des circulations d'images qui entérinent l'axiomatique mortuaire. Sous les paroles de responsabilité, la psyché rêve d'autorité : prise dans les délires d'immortalité, redoutant en elle et dans les autres l'instinct de mort, elle s'imagine par conséquent dans les institutions appelées à réprimer ce dernier. Il y a des sauveteurs de l'État républicain redoutant la nature humaine, excités par le transhumanisme et comblés par les caméras de surveillance, qui se réveilleront un  de ces quatre matin le regard brun...

 

   "Good morning coworking" : des immeubles aux vitres entièrement opaques arborent deux mille mètres carrés de terrasses végétalisées. À leur pied, des caméras à 360 degrés, des grillages dernier cri, des pics sur les murs et des bancs bombés pour priver de sommeil les clochards... dans l'air, des voix synthétiques rappellent en boucle qu'il est impératif que nous nous surveillions mutuellement : " si vous observez un comportement étrange, veuillez envoyer un SMS au numéro suivant..." Deux rues plus loin, un gymnase où sont parqués des migrants dont on détruit le campement et dont on passe les souvenirs à la broyeuse. N'importe quelle déambulation dans nos métropoles confirme qu'elles sont prises dans un devenir-fasciste évident - et nous avec elles. la peur de tout ruisselle partout et le désir de contrôle, de caméra et de matraque semble subsister comme seul désir commun. dans un tel univers, le désir, désire sa propre répression.

 

   La nuit, les gens qui ne sont rien remettent la ville en ordre pour que les autres la trouvent magiquement prête à l'usage. La ville extorque ce dont elle a besoin et vomit ses déchets au plus loin, là où survit la multitude de ceux qui ne réussiront jamais. La ville où hurlent continûment les sirènes, où les yeux sont captivés par les écrans, est le lieu de la grande paranoïa et du profond cynisme. C'est la machine à produire de la fascination pour le système qui offre aux élus de pouvoir consommer, communiquer, voyager en toute sécurité. C'est en elle que naît le désir d'appartenir à la nouvelle race des seigneurs, celle qui escompte vivre indéfiniment par-delà la destruction des mondes...

 

Pierre Magne : extraits de " le fascisme du dedans", article paru dans la revue "Esprit" n°484, Avril 2022.

 

 

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