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29 juin 2022 3 29 /06 /juin /2022 22:01

Lundi 22 janvier 1968. 

 

   J'observe la foule. Il fait froid, mais pas plus d'un homme sur dix ne porte de pardessus ; les femmes paradent, bien que leurs bas, toutes n'en ont pas malgré la rigueur de la température, soient troués, filés, leurs vêtements râpés, mais en revanche le maquillage est soigné. Rien de déprimant comme cette illusion de luxe que chacun se donne à lui-même et prétend donner aux autres.

 

Mardi 26 septembre 1972.

 

   Séduisante tentation de ne plus du tout agir ( Dieu sait si déjà j'agis peu), d'être irresponsable, confiné dans l'inertie, une sereine indifférence à tout ; à la façon de cet homme mentalement attardé que j'observe dans le café où je prends cette note, étranger à ce qui se passe autour de lui, un bon sourire sur les lèvres, le regard paisible, un peu perdu.

   Être cette demi-inconscience dans laquelle on ne saurait pas même qu'on attend la mort ; car, pour le fond, que faisons-nous d'autre en nous divertissant par tous les moyens, notamment celui du travail ? 

 

Mercredi 25 octobre 1972.

 

   Le besoin d'être accepté nous dégrade.

Être contraire.

 

Fréquemment, le vague dans l'exprimé est la plus fidèle traduction du ressenti susceptible d'être saisi par l'intellect. D'où cette sorte d'aura de la vraie poésie qui, par un tel incertain, est au plus près d'un possible exprimable.

 

Samedi 2 juin 1973.

 

Je relisais hier certaines des chroniques dramatiques de Léautaud où il s'en prend à ces auteurs qui ont le talent de ne déranger personne, d'être sans opinion, sans personnalité, de ne pas déborder de leur médiocrité, à niveau avec celle du public et, surtout peut-être, avec celle de ce petit monde parisien des coteries littéraires. Cela exprimé avec un humour nécessairement teinté de désenchantement, d'amertume devant tant d'accablante sottise.

 

Louis Calaferte : extraits de "L'or et le plomb, Carnets 1968-1973" Éditions Denoël, 1981.

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  • : "Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire c'est protester contre les insuffisances de la vie." Mario Vargas Llosa. Discours du Prix Nobel" Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
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