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19 octobre 2008 7 19 /10 /octobre /2008 17:04

       Un raclement de griffes se faisait entendre derrière le rideau couvrant une fenêtre ouverte. Le tapage des oiseaux était déja intense autour de la maison, mais le bourdonnement sourd des petits insectes n'avait pas encore commencé. La circulation était à peine existante sur la route lointaine.

       Le bruit de griffes fut suivi par celui d'une chute sur le plancher de la pièce, et tout redevint immobile. On entendit comme un objet lourd que l'on traînait par terre, en direction du lit. Tous les matins ou presque, la chatte noire entrait dans la chambre en passant par la fenêtre. Habituellement, elle ne faisait pas de bruit, sauf lorsqu'elle arrivait avec des souris ou des petits oiseaux avec lesquels elle jouait  en faisant un vacarme qui réveillait toute la maison. le bruit était plus fort et plus inquiétant que celui d'un chat revenant avec sa proie.

       Kate continua de dormir malgré le bruit. Elle enfonça même son visage davantage dans l'oreiller, comme pouir chercher un sommeil plus profond..

       D'un seul bond, la chatte atterrit au pied du lit, les griffes enfoncées dans la couverture blanche pour ne pas être entraînée vers le bas par le poids qu'elle portait. Elle attendit d'avoir assuré son équilibre au bord du lit pour avancer et déposer l'animal sous l'épaule dressée de Kate. Puis elle s'assit, bien droite, et se mit à ronronner. L'animal qu'elle avait rapporté  était un jeune lièvre, dont le pelage brun était étendu sur la couverture blanche, avec le blanc du ventre qui luisait faiblement dans l'obscurité. Toute l'attention de la chatte était concentrée sur la femme endormie.

       Lorsqu'elle était sauvage et affamée, Kate lui portait à manger. Derrière un arbre, la chatte observait la manoeuvre sans abandonner la sécurité de l'arbre tant que la femme n'était  pas repartie. Elle finissait par venir, en rampant sur le sol, à condition que Kate reste à distance respectable. Jusqu'au jour où, après avoir vidé l'assiette, elle resta sur place pour se nettoyer le museau au lieu de filer se remettre à couvert.
       Pour être désormais apprivoisée et passer plus de temps dans la maison que dans les champs, elle n'avait jamais cessée tout à fait d'être sauvage. Elle avait dû tomber sur le levraut alors qu'il dormait tranquillement dans l'herbe haute, ou le prendre en chasse lorsqu'il avait tenté de s'enfuir à travers les ondulations denses de la prairie.
        Lasse de rester assise sur le lit sans aucune réaction de la femme endormie, la chatte saisit de nouveau le lièvre et avança jusqu'à pouvoir lâcher sa proie sur la gorge de Kate.
       Ruttledge était prisonnier de la fascination de l'observateur. Il aurait pu tendre la main et soulever le levraut, mais il se sentait impuissant, comme s'il faisait partie d'un rêve.

       Avant qu'il réussisse à faire un geste, les mains de kate sortirent de sous les draps et tâtonnèrent du côté de la gorge, comme si elles avaient l'autonomie de deux petits animaux distincts. Au contact de la fourrure tiède, elles s'immobilisèrent brusquement, tandis que Kate se redressait avec un cri, envoyant valser le petit lièvre.
       " Quelle horreur ! "
       La chatte se retrancha dans l'angle du lit devant cette explosion, mais tînt sa position. ruttledge alluma la lampe de chevet.
       " Comment est-ce arrivé ici ? "
       - Ta chatte l'a apporté. En passant par la fenêtre.
       - Pourquoi ne l'as tu pas empêchée ?
       - Je ne savais pas ce qu'elle allait faire. "
       Soulagée de la tension provoquée par sa frayeur, Kate tendit la main pour attraper le chat d'un geste vif. " espèce de sale bête ! pauvre petit, qu'est-ce que c'est ?
       - Un jeune lièvre - à peine grandi. "
       La chair était encore tiède. Un filet brillant et écarlate coulait des naseaux. Il y avait une mince tache rouge, semblable à un rail, sur le couvre-lit blanc. Il souleva le levraut qu'il déposa sur le plancher, hors de vue.
       " Pourquoi m'as-tu fait une chose pareille ? " Le chat réagit à l'intonation de la voix en ronronnant encore plus fort, avant de venir chercher compliments et caresses.

John McGahern : extrait de " Pour qu'ils soient face au soleil levant "  ( Albin Michel 2003 )


Les critiques : http://www.ratsdebiblio.net/mcgahernjohnpour.html    noté 5/5
                            Le figaro littéraire ( angelo rinaldi ) : " un enchantement "
                            http://jacbayle.club.fr/livres/Irlande/McGahern_2.html
                            Le Matricule des anges : " beau roman, puissant "
                              http://www.lmda.net/din/tit_lmda.php?Id=33728
                            " magique et envoutant "
                            http://www.lepetitjournal.com/content/view/12934/1179/

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publié par jmlire9258 - dans Extraits de livres
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commentaires

Selene.C 23/10/2008 21:16

Oh oui... Ca surprend.
Ma chatte, quand elle avait, je crois, 3 mois, est venue manger un moineau (elle l'a d'ailleurs mal digéré) sur ma descente de lit. Très égoïste, elle était, ma Mimine... Son gibier, fallait pas faire mine de vouloir y toucher sans sa permission.
Sur le tard, elle a bien voulu partager ses souris, quand même. De toutes façons, ça faisait longtemps qu'elle avait décrété que les petites bêtes, c'est pas bon à manger, juste à jouer avec.



Ca a l'air, en effet, d'un livre avec des charmants moments très vivants et une ambiance chaleureuse

jmlire9258 24/10/2008 19:22


et aussi de s moments de gravité qui ne peuvent laisser indifférents. bon week-end.


Selene.C 21/10/2008 20:42

Pourquoi "sale bête" ?
Pour un chat, ça peut être, au contraire, un très beau cadeau...
Alors, pourquoi c'est toujours la réaction qu'on a, quand ils viennent nous apporter une souris, un oiseau au autre chose ?

jmlire9258 23/10/2008 19:27


mais le matin au réveil, découvrir un lièvre sanguinolent sur sa couette, ça peut surprendre. En tout cas ce bouquin est très beau , dans la peinture de ses personnages , et pour l'atmosphère
régnant dans ce coin paumé d'Irlande. a+


  • : Le Lecturamak
  • : "Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire c'est protester contre les insuffisances de la vie." Mario Vargas Llosa. Discours du Prix Nobel" Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
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