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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 11:19
"  Il vida son verre et en commanda un autre.
   Un peu plus tard, il engagea la conversation avec un costaud accompagné de son  Irlandaise de femme. L'homme lui apprit qu'il avait fait partie des flics grévistes et qu'il emmenait son épouse à New York pour une courte lune de miel avant d'aller dans l'Ouest voir un ami.
   - Qu'est-ce que vous cherchiez, les gars ? lui demanda Babe.
   - Seulement à obtenir un peu plus de justice, expliqua l'ex-flic.
   - Mais ça  marche pas comme ça ! souligna Babe en lorgnant l'Irlandaise - un sacré beau brin de fille, avec un accent sexy en diable. tenez, moi, par exemple. je suis le plus grand joueur de base-ball du monde et on m'a même pas demandé si je voulais être transféré. J'ai pas de pouvoir. C'est ceux qui signent les chèques qui fixent les règles.
   L'ex-flic salua cette remarque d'un sourire triste, distant...

Ils burent encore quelques verres et Babe dut bien admettre qu'il n'avait jamais vu un couple aussi amoureux. Ces deux là se touchaient à peine, ils n'étaient pas collés l'un à l'autre, ils ne roucoulaient pas en se disant " mon chou " à tout bout de champ ni rien. Pourtant, il semblait y avoir entre eux une sorte de lien invisible mais électrique qui les unissait plus sûrement que des frères siamois. Electrique, et aussi étrangement serein. Rayonnant de chaleur, de paix, de sincérité.
   Babe sentit la tristesse l'envahir. Jamais il n'avait fait l'expérience d'un amour pareil... Jamais il n'avait partagé de tels sentiments avec un autre être humain. Jamais...
  A un certain moment, la femme posa l'index sur la main de son ex-flic de mari. Ce fut à peine si elle le frôla, et quand il leva les yeux, elle lui sourit en se mordillant la lèvre inférieure. En cet instant, l'expression de son regard brisa le coeur de Babe. L'avait-on un jour regardé de cette façon-là ?
   Non.
   Le regarderait-on un jour de cette façon-là ?
   Non.
   Son moral ne remonta que plus tard, lorsqu'il sortit de la gare et fit au revoir de la main au couple qui allait prendre place dans la file d'attente à la station de taxis. La file était longue, et il faisait froid, mais Babe n'avait pas à s'en soucier. Les colonels lui avaient envoyé une voiture, une Stuttgart noire dont le chauffeur se portait déja à sa rencontre...
   Babe jeta un coup d'oeil aux deux amoureux qui attendaient toujours un taxi dans le froid. L'espace d'un instant, il envisagea de les appeler pour leur proposer de les déposer à leur hôtel, mais ils ne regardaient pas dans sa direction
. Manhattan acclamait Babe Ruth, un concert de klaxon et de " hourrah " s'élevait de toutes parts, et pourtant ces deux là ne voyaient ni n'entendaient rien. Ils étaient tournés l'un vers l'autre et l'ex-flic avait drapé son manteau sur les épaules de sa femme pour la protéger du vent. Babe se sentit de nouveau isolé, abandonné. Il avait peur, soudain, d'être passé à côté de quelque chose qui demeurerait étranger à son univers.Il se détourna des tourtereaux en se disant qu'ils n'avaient décidément pas besoin de ses services, que tout irait bien pour eux....


Denis Lehane : " un pays à l'aube "  Rivages 2009





" L’Entre-Deux-Guerres est une période de crises pour Boston : en septembre 1919, une grande grève touche la police de Boston. Le 23 août 1927, les anarchistes italiens Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti sont exécutés. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Boston reconvertit son économie pour les besoins de l’industrie de guerre. Mais après le conflit, l’économie connaît une récession, qui touche en particulier le secteur halieutique. Les usines ferment et les entreprises vont s’établir dans le Sud du pays où la main-d’œuvre est meilleur marché. Les quelques atouts de Boston, d’excellentes banques, ses hôpitaux, ses universités, son savoir-faire technique, comptent alors peu à l’échelle de l’économie des États-Unis. La crise économique entraîne une crise sociale et urbaine. Dans les années 1960, 13 femmes sont assassinées par le tueur en série Albert Henry DeSalvo. "

extrait de Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Boston







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publié par jmlire9258 - dans Extraits de livres
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  • : "Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire c'est protester contre les insuffisances de la vie." Mario Vargas Llosa. Discours du Prix Nobel" Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
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