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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 16:19

" Nos petits hommes d'affaire ont adopté les critères américains dans tous les domaines, sans comprendre qu'ils ne s'appliquent qu'aux entreprises qui dominent le marché. Ils se rendent compte qu'il y a quelque chose qui cloche, c'est pour ça qu'ils ont crée toutes ces associations d'entrepreneurs. En fait, ils ont lancé ces associations en 56, sans comprendre que cela finirait par mener au chaos économique. L'Amérique peut maintenir pour encore longtemps cette impulsion capitaliste qui tend à faire toujours plus de profits, aux dépens d'une productivité sans cesse moindre. Mais la France ne le peut pas. Nos grandes firmes industrielles sont déja en train de faire faillite, l'acier par exemple.

  Rien ne pourra résoudre le problème de base, qui est que nos PDG , comme leurs confrères américains, veulent toujours s'enrichir. Et bien sûr, la seule manière de s'enrichir c'est de produire des biens de toujours plus mauvaise qualité ou, mieux encore, de ne rien produire, de devenir une économie d'industrie de services. Alors nous avons de plus en plus de banques, de spéculateurs, de sociétés d'immobilier, de fusions et de rachats et, bien sûr, de livreurs, de colporteurs, de publicitaires, et de types qui apportent le café....

  Dans l'état actuel des choses, il y a trois types de travailleurs : celui qui se lève le matin, fait une heure de transports jusqu'à son boulot, est payé suffisamment pour nourrir sa famille de quatre enfants et permettre à sa femme d'être une consommatrice, puis fait une autre heure de transports pour rentrer chez lui, et est trop épuisé pour faire quoi que ce soit, ou lire quoi que ce soit, et se contente de regarder des imbécilités à la télé... Le deuxième type de travailleur, c'est le jeune, qui habite le centre-ville, déteste son boulot mais apprécie sa vie ; il va au cinéma deux fois par semaine, il va au restaurant, ne lit pas, pas même les journaux, et pour tout ce qui cloche il accuse les étrangers. Et ensuite il y a la troisième catégorie, essentiellement ces étrangers que les n° 2 détestent, qui font les boulots que les deux premières catégories refusent de faire, comme nettoyer les rues, ramasser les ordures... Ils habitent dans les grands ensembles de banlieue, où leurs frères, et parfois leurs pères, sont sans emploi. Beaucoup d'entre eux sont clandestins, pour la plupart ils viennent d'Algérie et du Maroc, mais l'état ne les harcèle pas parce que personne d'autre ne veut de leur boulot, et donc ils ne se plaignent pas, jusqu'au jour où ils se font tabasser trop brutalement parce qu'ils n'ont pas dit monsieur au flic du coin, ou parce que, sans emploi et affamés, ils ont volé une pomme, et alors tout leur quartier s'embrase. Mais quand ça se produit, les autres travailleurs, ceux des deux premières catégories, les dénoncent en les traitant d'ingrats. La conséquence, c'est que nous n'allons pas changer. Nous sommes voués à perpétuer cette société répugnante, jusqu'à ce que l'économie américaine s'effondre et nous entraîne tous...

  Le monde, dans sa grande majorité, a percé à jour les intentions américaines et ce besoin constant d'ennemis qu'ils ont. Et l'économie capitaliste ne produit plus de biens réels. L'Allemagne et le Japon le font encore, et malheureusement la Chine satisfait les besoins des consommateurs, mais qu'en est-il des Etats-Unis ? Ce pays produit-il quoi que ce soit d'utile pour nous ? A part des armements bien sûr. Tout ça va s'effondrer, et alors, peut-être, une forme d'humanisme va refaire surface. Mais pas de mon vivant.

 

Extraits de " Entretiens avec Sartre " John Gerassi, Grasset & Fasquelle  , 2011

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publié par jmlire9258 - dans Extraits de livres
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  • : "Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire c'est protester contre les insuffisances de la vie." Mario Vargas Llosa. Discours du Prix Nobel" Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
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