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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 17:27

" La nuit était noire à cause des nuages qui obstruaient le ciel et masquaient la clarté des étoiles. Elle était sombre à cause des ténèbres de la terre.  Les hitlériens symbolisaient l'immense mensonge de la vie. Et partout où leur pied se posait, du fond de l'obscurité remontaient à la surface la couardise, la trahison, la soif de lâches assassinats, de répressions sanglantes contre les faibles. Ils appelaient à eux toutes les noirceurs, comme dans une vieille légende un mot maléfique évoque les esprits du mal.

  Cette nuit là, la petite ville suffoquait de tout ce qu'il y avait d'obscur et de malfaisant, d'infect et de sordide, et qui éveillé, galvanisé, mis en émoi par l'arrivée des hitlériens, se portait à leur rencontre. Des caves et du fond des ravins, on vit sortir les traîtres, les pusillanimes...Des paroles flatteuses d'apostasie mûrissaient dans l'esprit des gens faibles ; des projets de vengeance naissaient pour une querelle de commère au marché, pour un mot échappé incidemment. Les coeurs se pénétraient de cruauté, d'égoisme et d'indifférence. Les lâches, craignant pour eux-mêmes, méditaient de dénoncer leur voisin pour sauver leur propre peau. Il en fut ainsi dans toutes les villes, grandes ou petites, dans tous les pays, partout où les hitlériens posaient le pied. Un dépôt trouble remontait du fond des rivières et des lacs ; les crapauds émergaient de l'eau ; les chardons envahissaient les champs de blé...

 

Vassili Grossman : " Années de guerre " 1946, Editions Autrement, Paris 1993

 

http://helenbazar.pagesperso-orange.fr/livre15.htm

 

 

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publié par jmlire9258 - dans Extraits de livres
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  • : Le Lecturamak
  • : "Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire c'est protester contre les insuffisances de la vie." Mario Vargas Llosa. Discours du Prix Nobel" Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
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