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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 18:25

" Combien de personnes ont laissé leur peau en tentant de dominer et de soumettre ce pays ? Même si les Afghans ne sont que moitié moins abrupts que les montagnes qu'ils peuplent, la mission est vouée à l'échec dès son tout début. Pourtant, ces tentatives n'ont pas manqué. Les Britanniques ont essayé dès 1839, Dost Mohammad Khan régnait alors sur Kaboul depuis 1818. Il avait toujours été positif à l'égard des Britanniques, mais en 1837, des rapports alarmants annoncèrent qu'il était en passe de signer des accords avec des émissaires russes à Kaboul. La nouvelle éveilla l'inquiétude chez les Britanniques, dont la plus grande crainte était que le Tsar envahisse l'Inde via l'Afghanistan. Après quelques hésitations, les Britanniques décidèrent de remettre sur le trône leur ancien allié, Shah Shojah, chassé de Kaboul trente ans plus tôt.

   En décembre 1838, 20 000 soldats britanniques et indiens partirent d'Inde. Quand ils atteignirent Kaboul, en avril 1839, ils avaient franchi des cols à plus de 4 000 mètres d'altitude et soumis une série de villes afghanes modestes sans pertes conséquentes. Dost Mohammad fut contraint de fuir et Shah Shojah s'accapara le trône. Shojah était pourtant un dirigeant faible et, pour s'assurer qu'il resterait en place, les Britanniques n'eurent d'autre choix que de prolonger leur séjour à Kaboul. Cette présence déplaisait au plus haut point aux Afghans et, en novembre 1841, de violentes émeutes éclatèrent. Les Britanniques reconnurent qu'ils avaient perdu le contrôle et décidèrent de se retirer. Le 6 janvier 1842, l'ensemble de la colonie indo-britannique de Kaboul, soit plus de 16 000 personnes en tout, mit le cap sur la forteresse britannique de Jalalabad, à 145 kilomètres de là. Il faisait un froid terrible ; une partie des migrants succombèrent aux basses températures dès la première nuit, bon nombre eurent les membres gelés. Après trois jours de marche, ils atteignirent la passe de Kurd-Kaboul, où les Afghans les attendaient en embuscade. Les soldats britanniques et indiens n'avaient aucune chance. Des 16 000 partis de Kaboul, un seul parvint à la forteresse de Jalalabad, le médecin William Brydon. Il arriva ensanglanté et exténué, sur un poney en aussi mauvais état que lui, le 13 janvier 1842, une semaine exactement après leur départ de Kaboul. Hormis la petite centaine de Britanniques pris en otage par les Afghans, ainsi que quelques centaines d'Indiens qui réussirent à fuir, toute la colonie indo-britannique fut exterminée dans l'embuscade.

   Quelques mois après l'assassinat de Shah Shojah, Dost Mohammad reprit son trône.

   Il y a beaucoup de ressemblances frappantes entre la tentative britannique de soumettre Kaboul et l'invasion russe qui eut lieu en 1979, cent quarante ans plus tard. Les Russes aussi souhaitaient installer un chef proche du régime à Kaboul. La guerre qui dura neuf ans eut pour résultat la mort de 14 000 soldats soviétiques. Plus d'un million de civils afghans avaient dû payer de leur vie et au moins autant avaient été forcés à l'exil. Quand les chars soviétiques se retirèrent en 1989, ils n'étaient arrivés à rien du tout.
   L'avisé apprend de ses erreurs, le sage de celles des autres, dit-on. Les Britanniques n'appartiennent manifestement à aucune de ces deux catégories car ils soutinrent activement l'invasion que l'OTAN effectua en 2001. Après plus de douze années de guerre, des milliers de personnes sont mortes des deux côtés. Aujourd'hui, les talibans ont de nouveau le vent en poupe, y compris dans des régions afghanes où ils n'avaient encore jamais eu aucune influence..."

 

Erika Fatland : extrait de "Sovietistan" un voyage en Asie centrale" Editions Gaia, 2016

 

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8 août 2016 1 08 /08 /août /2016 18:09

 

" Le silence nous confronte à l'intériorité, à la personne que l'on est. Je pense que les jeunes générations se mettent dans une saturation des sens pour éviter de trop réfléchir à elles-mêmes et de se confronter à l'altérité du monde. D'où l'importance de la surface, du look, de l'image, du spectacle, du tatouage; Tout pousse à s'inscrire à la surface de soi parce que l'intérieur est un monde inconnu et effrayant. Interrompre la parole, ce serait comme se regarder dans les yeux...

Pendant longtemps , le silence n'était pas rentable, mais aujourd'hui, l'économie s'en est saisie, pour en faire une valeur marchande. Regardez le coût de l'immobilier dans les endroits privilégiés, à l'orée des forêts, sur les bords des lacs. On voit foisonner les espaces d'animations, les parcs d'attraction, qui paradoxalement amènent au cœur des forêts les voitures. Ils viennent briser la sacralité de ces espaces que les marcheurs gagnaient après des heures. Je me demande si le silence n'est pas la dernière frontière. Nous cherchons à repousser cette frontière le plus loin possible, jusqu'à sans doute l'éliminer un jour. D'ailleurs, le rêve transhumaniste de se greffer des puces électroniques sur ce qui nous resterait de corps renvoie à un monde où on serait en permanence dans la connexion, dans l'interaction obligatoire, ce serait la liquidation absolue et définitive su silence...

La nostalgie du silence est le fait de gens d'un certain âge. Les jeunes générations vivent dans un monde de plus en plus bruyant. Elles ont de plus en plus de mal à se taire. Quand vous arrivez devant les étudiants et que vous vous taisez durant quelques secondes, vous voyez leur affolement. Que se passe-t-il, pourquoi ne dit-il rien ? Le simple fait de regarder avec le sourire les gens qui vous entourent fait monter l'angoisse. Ils sont habitués à saturer en permanence leur espace sonore. L'intériorité est vécue comme un gouffre, dont il faut se protéger avec toutes les prothèses sonores disponibles sur le marché..."

David Le Breton, extrait d'entretien dans Télérama du 3/08/2016

https://fr.wikipedia.org/wiki/David_Le_Breton

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10 août 2009 1 10 /08 /août /2009 17:14

" ... J'ai été très frappée , dans l'enfance, par des chromos de la fin du XIXème siècle qui représentaient les âges de la vie. C'étaient des sortes de pyramides sur lesquelles étaient  figurés l'homme et la femme, à 10, 20, 40, 60 ans... Si je résume ce qu'on y voyait, disons que la femme n'y était représentée seule qu'à l'âge de 10 ans... Ensuite, elle était toujours accompagnée : d'un amoureux à 20 ans, puis de son mari et de ses enfants, plus tard de petits-enfants la soutenant. Quant à l'homme, de l'autre côté de la pyramide, il était seul, lui, et les années avançant, on voyait qu'il avait réussi professionnellement, qu'il était prospère, qu'il voyageait et embrassait le monde. Observant cela enfant, je sentais que les choses étaient bel et bien ainsi, mais je trouvais cela fondamentalement injuste... Ces modèles archaiques, sont des systèmes de représentation qui ont été construits au paléolithique, il y a quelques 500 000 ans, et qu'on nous a transmis jusqu'à aujourd'hui. Avec en plus, le relais des religions révélées qui ont accentué ce que j'appelle la balance différentielle des sexes, en y ajoutant des obligations proprement féminines que sont la fidélité, la virginité, la modestie, la continence, l'absence d'ambition personnelle et, surtout, le rejet du savoir. La certitude de l'infériorité des femmes , que les hommes considèrent comme naturelle, et qu'on inculque aux femmes comme étant naturelle également. Beaucoup de femmes se coulent dans cette situation, et même s'y trouvent bien, assurées d'être protégées dans le

mariage, de trouver un confort  dans le fait de n'avoir plus à réfléchir par elles-mêmes. Cela me fait un peu mal d'observer que nombre de jeunes filles, de jeunes femmes, considèrent que tout a été gagné déja, qu'avec les lois imposant la parité, l'égalité professionnelle, il n'y a plus de problèmes. Elles ne voient pas  que les noyaux de résistance sont dans les systèmes de représentation et dans les lieux d'élection tels que la vie domestique et la vie sexuelle- je pense notamment au recours à la prostitution.

Françoise Héritier : extrait d'entretien, dans Télérama 3107 du 29 juillet 2009


https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7oise_H%C3%A9ritier





 

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  • : Le Lecturamak - 2021 Centenaire Georges Brassens
  • : "Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire c'est protester contre les insuffisances de la vie." Mario Vargas Llosa. Discours du Prix Nobel" Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
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