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25 septembre 2019 3 25 /09 /septembre /2019 18:04

En 2017, Sarah Bond, historienne de l'Antiquité à l'université de L'Iowa, a publié deux articles - l'un dans la revue d'art en ligne Hyperallergic et l'autre dans le magazine Forbes - où elle jugeait qu'il était temps d'accepter que la statuaire antique n'était pas blanche - pas plus que ne l'étaient les populations de l'Antiquité. Une idée fausse en a conforté une autre, selon elle. Pour les spécialistes, il ne fait aucun doute que l'Empire romain, qui s'étendait, à son apogée de l'Afrique du Nord à l'Écosse - était multiethnique. " Les Romains opéraient une distinction en fonction de l'origine ethnique et de la culture et non de la couleur de peau, mais des auteurs classiques évoquent parfois la carnation, et les artistes cherchaient à rendre la couleur de la chair", écrit Bond dans l'article de Forbes. On observe des peaux sombres sur des vases, sur des figurines de terre cuite et dans les

Portrait du garçon Eutyches, peinture sur panneau, 100-150 ap. J.C. Période Romaine://www.metmuseum.org/art/collection/search/547951

"portraits de Fayoum", un remarquable ensemble de peintures naturalistes remontant à l'Égypte romaine et figurant parmi les rares spécimens de peinture sur bois de cette période qui sont arrivés jusqu'à nous. Ces portraits, pratiquement grandeur nature, avaient une fonction funéraire. La couleur de la peau des sujets va de l'olivâtre au brun foncé, attestant un brassage des populations grecque, romaine et égyptienne. ( Les portraits de Fayoum sont dispersés dans différents musées. )

Bond a éprouvé le besoin d'écrire ces articles, après qu'un groupe raciste  Identity Evropa, eut placardé dans plusieurs universités, dont la sienne, des affiches utilisant des statues de marbre comme emblème du suprémacisme blanc. Ces articles lui ont valu une avalanche de messages haineux sur Internet, et elle n'est pas la seule spécialiste de l'Antiquité à avoir été la cible de l'extrême droite. Certains suprémacistes blancs s'intéressent à l'Antiquité par désir d'établir une filiation directe entre la culture occidentale blanche et la Grèce antique ; ils n'apprécient pas qu'on leur dise qu'ils font une lecture erronée de l'histoire classique...   Les Grecs n'avaient pas notre conception de la diversité ethnique. Certaines des théories raciales de l'Antiquité dérivaient de la théorie hippocratique des humeurs. " Le climat froid rendait stupide, mais aussi courageux. C'est ainsi que les Grecs se représentaient les peuples du Grand Nord. Le peuple qu'ils appelaient Éthiopiens était au contraire réputé très intelligent, mais lâche. Cela vient de la tradition médicale. Les habitants du Nord avaient le sang épais, alors que ceux du Sud, qui sont desséchés par le soleil, devaient
réfléchir à la manière d'économiser leur sang", m'explique 

Rebecca Futo Kennedy, historienne de l'Antiquité à l'université Denison et spécialiste des questions d'ethnicité. La blancheur de la peau était considérée chez les femmes comme un signe de beauté et de raffinement, car cela indiquait qu'elles étaient assez privilégiées pour ne pas avoir à travailler au grand air. En revanche, un homme à la peau claire passait pour peu viril : la peau hâlée était associée aux héros qui combattaient sur les champs de bataille et aux athlètes qui s'affrontaient nus dans les amphithéâtres.... Dans l'Odyssée écrit Tim Whithmarsh, professeur de culture grecque à l'université de Cambridge, dans un article pour le magazine en ligne Aeon,  la déesse Athéna aurait ainsi rendu à Ulysse sa belle apparence : " Il reprit son teint brun, ses joues se regonflèrent, une barbe bleu-noir encadra son menton. " Sur Pharos, un site crée en 2017 par des universitaires pour contrer le discours raciste à propos de l'Antiquité, un contributeur met les points sur les : " Malgré la persistance, dans le monde actuel d'une préférence raciste pour les peaux claires, les Grecs considéraient que, pour un homme, avoir la peau sombre était un signe de beauté et de supériorité physique et morale."

   L'idéalisation du marbre blanc est une esthétique née d'un malentendu. Au fil des millénaires, les sculptures et les monuments exposés aux intempéries ont perdu leur polychromie. Les objets enfouis ont mieux conservé leurs couleurs, mais, bien souvent, les pigments étaient dissimulés sous des couches de terre et de calcite et ont été éliminés au nettoyage. Dans les années 1880, le critique d'art américain Russell Sturgis visite l'Acropole d'Athènes et raconte ce qui arrive aux vestiges une fois qu'ils sont mis au jour : " La couleur commença bientôt à pâlir et à disparaître, (...) La magnifique statue était posée sur une table dans le musée de l'Acropole, en mai 1883, et déjà une partie de sa couleur s'était volatilisée. De la poudre verte, rouge et noire s'était déposée tout autour. " La peinture qui subsistait était parfois cachée dans les plis et les creux (mèches de cheveux, nombril, narines, bouche).

   Avec le temps, un mythe a pris corps. Des historiens de l'art affirmèrent que les artistes gréco-romains avaient volontairement laissé le marbre de leurs monuments et de leurs sculptures vierges de couleur : cela confirmait leur rationalité supérieure et distinguait leur esthétique de celle de l'art non occidental...

   Le culte de la statuaire blanche sera prégnant en Europe, confortant l'idée d'une équivalence entre la blancheur et la beauté. " Les nations sauvages, les personnes incultes et les enfants ont une grande prédilection pour les couleurs vives ", écrivait Goethe dans son Traité des couleurs (1810 )...

   La série de grandes campagnes de fouilles entreprises au XIXe siècle aurait dû faire voler en éclats le mythe

Colonne Trajane, Rome, DieBuche 2008

de la monochromie. L'architecte Gottfries Semper, qui avait monté un échafaudage pour examiner la colonne Trajane à Rome, fit état d'innombrables vestiges de peinture. Les fouilles de l'Acropole mirent au jour des reliefs, des rondes-bosses et des gouttières peintes. L'Auguste de Prima Porta et le sarcophage d'Alexandre avaient tous deux conservé des teintes vives quand ils furent découverts, comme l'attestent des tableaux de l'époque...

   La blancheur suscitait une telle ferveur que les preuves tangibles ne faisaient pas le poids. Les archéologues qui continuaient à évoquer la polychromie n'étaient pas écoutés.  Auguste Rodin se serait frappé la poitrine en disant : " Je sens bien là-dedans qu'il n'y a jamais eu de couleur" ...

 

Margaret Talbot : extrait d'un article pour The New Yorker , octobre 2018. Lu dans le magazine Books n°98, Juin 2019.

https://en.wikipedia.org/wiki/The_New_Yorker

 

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27 décembre 2008 6 27 /12 /décembre /2008 19:41

" On ne mesure jamais jusqu'où on s'expose, se met en danger, tous ceux qui s'arrachent livrent leur kilo de chair aux chiens et aux autres... A chaque exposition, Courbet retraversait le même mur, il le savait... Il y a l'homme d'avant et celui d'après... il semblerait qu'une chimie s'opère. C'est l'émotion bien sûr de voir ses toiles pendues au mur, c'est surtout le regard des autres qui brutalement n'est plus le même. Tout vient de là, le peintre comme l'enfant qui vient au monde en dépendent corps et âme de cette lorgnette !

  La chair aux chiens ! ...en pâture il se donne, accroché aux murs ! quand il n'a plus d'armes pour se défendre,  quand il s'est battu contre
lui-même, tout ce qui l'empêchait, il a tout donné...alors maintenant tout l'atteint, un mauvais regard et le voilà sous terre... enterré, mort-vivant !

 On pourrait croire qu'en accrochant ses toiles il s'en détache. Je t'en fous ! Il y est tout dedans et c'est bien lui qu'on va mordre... ou caresser ! là qu'elle commence la chimie. Un arbre fait des feuilles, des fruits, des graines qui donneront d'autres arbres... l'art n'est rien que naturel, un mouvement de la nature, de l'être, sa floraison... et sa chute. Si on l'empêchait de faire ses feuilles, Courbet s'étiolerait, se fanerait, végéterait. Il en savait quelque chose à quarante-sept ans parce qu'il avait choisi de se mettre sur la place publique... Choisi ? Un arbre ne choisit pas de faire des feuilles, c'est sa nature, c'est tout... comme ça qu'il vient au monde. On en finit pas de venir au monde."

François Dupeyron : Le Grand Soir  Actes Sud 2006



 

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13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 12:03

Fernand Mourlot, lithographe

Le Taureau de Picasso

... "L'opération a duré quinze jours. Le 5 décembre 1945, un mois après son arrivée rue de Chabrol, Picasso a dessiné au lavis un taureau. Un taureau magnifique, très bien fait, gentil même. Et puis on lui a donné l'épreuve; nous en avons tiré à peine deux ou trois, ce qui fait que ce taureau est extrêmement rare. Une semaine après, il revient et il demande une nouvelle pierre; il reprend son taureau au lavis et à la plume; il recommence le 18. Troisième état, le taureau est repris au grattage à plat, puis à la plume en accentuant fortement les volumes; le taureau est devenu un animal terrible avec des cornes et des yeux effroyables. Bon, ça n'allait pas, Picasso exécute un quatrième état, le 22 décembre, et un cinquième, le 24; à chaque fois il simplifie le dessin qui devient de plus en plus géométrique avec des aplats noirs.

 

Pablo Picasso, Les 11 états successifs de la lithographie Le Taureau , 1945.

 

Sixième et septième états, les 26 et 28 décembre, puis, après le retour de Picasso, quatre autres états, onze en tout, les 5, 10 et 17 janvier. Le taureau est réduit à sa plus simple expression; quelques traits d'une maîtrise exceptionnelle qui symbolisent comme un jeu de signes ce malheureux taureau avec sa petite tête d'épingle et ses cornes ridicules en forme d'antenne. Les ouvriers se désolaient d'avoir vu un taureau aussi magnifique transformé en une espèce de fourmi...

... C'est Célestin qui a trouvé le mot de la fin : "Picasso, il a fini par là où, normalement, il aurait dû commencer." C'est vrai, seulement pour arriver à son taureau d'une seule ligne, il a fallu qu'il passe par tous les taureaux précédents. Et quand on voit son onzième taureau on ne peut s'imaginer le travail qu'il lui a demandé".

 

Fernand Mourlot, Gravés dans ma mémoire, Ed. Robert Laffont, 1979

 

 

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29 juillet 2008 2 29 /07 /juillet /2008 18:27


Voici le travail trés émouvant d'un photographe américain, Nicholas Nixon,  qui photographie d'années en années quatre soeurs qui ont accepté le défi. Présenté dans le numéro 3054 de Télérama ( du 26 juillet au 1er aout ), ce travail est regroupé dans un livre  : The Brown sisters - thirty-three years, edition Muséum of Modern Art, New york. 

" Lors du premier portrait, en 1975, les quatre jeunes femmes sont agées de 15 à 25 ans. Elles se tiennent debout, toujours à la même place."
                                           
                                      1975


                                                          
                                    1980

                                    1992
                                 2000



                             

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  • : Le Lecturamak - 2021 Centenaire Georges Brassens
  • : "Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire c'est protester contre les insuffisances de la vie." Mario Vargas Llosa. Discours du Prix Nobel" Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
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