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16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 17:28

" N'est-ce pas l'une des vocations de la littérature de faire le récit sans pitié de l'ascendance et de l'oppression ? Dans une société, la nôtre, qui se réclame de la souveraineté populaire, mais où le parlement compte moins de trois pour cent d'ouvriers et d'employés, je trouve naturel de renouer avec cette tradition majeure...

   Au-delà des évènements qu'ils relatent, mes livres explorent une situation au long cours, un état général qui se reflète ici ou là dans des circonstances particulières. C'est cet état général, cette inégalité persistante entre les hommes, que le présent devine à travers les émeutiers de la Bastille ou les suicidés de mars 1938. Mes livres parlent avant tout d'aujourd'hui, parce que la vérité que nous poursuivons, c'est à partir des forces du présent qu'elle nous brûle."

 

Eric Vuillard, à propos de son dernier livre : " L'ordre du jour", dans le magazine Lire de Mai 2017

http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ric_Vuillard

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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 10:53

Alan TuringEn décembre 2013, la reine d'Angleterre a accordé son pardon à Alan Turing, le savant qui a aidé à découvrir des codes secrets allemands pendant le Seconde Guerre mondiale puis a été inculpé pour homosexualité et s'est suicidé. Accorder son pardon est la manière monarchique de demander pardon, je présume. Au printemps 2014, l'exquis Premier ministre de Turquie, Erdogan, a présenté les condoléances de son pays pour les massacres des Arméniens en 1915. Cette manière des puissants de faire semblant de s'excuser : on pardonne à l'innocent, on présente des condoléances  pour un meurtre qu'on a commis, et on reste irresponsable. "Je vous présente mes condoléances", dit Hitler aux juifs. " Entrez au Panthéon, monsieur"

Charles Dantzig : Magazine Littéraire, juillet-août 2014

https://fr.wikipedia.org/wiki/Alan_Turing

 

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9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 17:45

" Deux pèlerins, Pierre et Paul,  parcourent un village des environs de Milan en quête d'un abri pour la nuit car il pleut à verse. Ils frappent à la porte de M.Richard, un rentier florissant. Le bourgeois au cœur sec les chasse. Sa maison n'était pas une auberge pour les gueux. Témoin de la scène, une bonne âme conduit les infortunés jusqu'à la maison de Mr Misère, un pauvre paroissien toujours prompt à obliger plus malheureux que lui. Misère les accueille à bras ouverts, une voisine déboule avec du vin, du pain et quatre merlans frits, et tout ce petit monde s'attable pour une "soirée de partage et de convivialité", comme disent aujourd'hui les tenanciers de ferme auberge. Les convives cependant s'inquiètent de l'humeur chagrine de leur amphitryon. Misère ne décolère pas. Un maraudeur vient de lui voler les plus beaux fruits de son poirier. Cet arbre nourricier est le seul bien et l'unique ressource alimentaire du bonhomme. Les merlans nettoyés jusqu'à l'arête, on plaisante, on papote. Pierre et Paul (vous avez deviné que les vagabonds étaient les deux grands saints) demandent à Misère s'il y avait une grâce particulière que Dieu pourrait lui accorder. " Je ne demanderais rien au Seigneur, sinon que tous ceux qui monteront sur mon poirier y restassent tant qu'il me plairait et n'en pussent jamais descendre que par ma volonté." Dieu n'est pas toujours méchant et, pour se distraire des cruautés ordinaires, il se laisse aller parfois à des plaisanteries de potache. Le souhait de Misère est exaucé. Le voleur récidiviste ne peut redescendre de l'arbre miraculeux. Avant de le délivrer, Misère laisse mitonner et languir le larron perché, suffisamment pour décourager tous les voleurs de poires. L'histoire fit tant de bruit que personne n'osa plus s'en prendre aux biens du bonhomme qui vécut heureux près de son arbre pendant de nombreuses saisons. Seul maître de son poirier "qui lui tenait lieu de tout", il ne voyait pas les ans passer... Un soir on frappe à la porte du vieux bonhomme. La faucheuse blême venait pour sa macabre moisson. Misère l'accueille avec un enthousiasme auquel la Camarde n'était guère habituée. Surprise et charmée, elle bavarde un peu avec ce client docile qui lui demande, comme ultime faveur de le laisser croquer un dernier fruit de son cher poirier. La fossoyeuse étant bonne fille, elle autorise ce caprice et accepte même de grimper sur l'arbre pour cueillir la friandise du condamné. Les miséreux, et particulièrement les cambrousards, sont plus roublards que les citadins pour piéger une vieille Parque surmenée. Prise sur le poirier comme corneille au gluau, la Mort supplie le vieux matois de la délivrer car, n'est-ce pas, que deviendrait la planète si l'engeance humaine accédait à l'immortalité ? Misère s'égaye, ironise, cabotine, mais refuse tout net de relâcher la mirifique prise. L'autre ergote, tente d'embobiner le madré se fâche et menace. Misère ricane car il ne craint plus la mort. Il finit toutefois par céder, à la condition qu'elle ne revienne sur ses arpents qu'après avoir fauché l'humanité entière. Rendez-vous donc au jugement dernier. La Mort signe le contrat avant de déguerpir pour occire une reine. Voilà pourquoi Misère restera sur Terre tant que le monde sera monde...

 

Gérard Oberlé, relatant une légende : " L'histoire morale et divertissante du bonhomme Misère" dans le magazine Lire n°449, octobre 2016

https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9rard_Oberl%C3%A9

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publié par jmlire9258 - dans Dans la Presse
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18 novembre 2016 5 18 /11 /novembre /2016 18:19

"On m'avait ramassé.J'étais revenu à la vie. Mort, je n'aurais même pas eu la grâce de voir ma mère au ciel. Cent milliards d'êtres humains sont nés sur cette Terre depuis que les Homo sapiens sont devenus ce que nous sommes. Croit-on vraiment qu'on retrouve un proche dans la cohue d'une termitière éternelle encombrée d'angelots? ...

   A l'hôpital, tout m'avait souri...La médecine de fine pointe , la sollicitude des infirmières, l'amour de mes proches, la lecture de Villon-le-punk, tout cela m'avait soigné. Il y avait eu surtout la sainteté d'un être venu chaque jour à mon chevet, comme si les hommes de mon espèce méritaient des fidélités de bête. Un arbre par la fenêtre m'avait insufflé sa joie vibrante. Quatre mois plus tard j'étais dehors, bancal, le corps en peine, avec le sang d'un autre dans les veines, le crâne enfoncé, le ventre paralysé, les poumons cicatrisés, la colonne cloutée de vis et le visage difforme. La vie allait moins swinguer.

   Il fallait à présent me montrer fidèle au serment de mes nuits de pitié. Corseté dans un lit, je m'étais dit à voix presque haute : "Si je m'en sors, je traverse la France à pied." Je m'étais vu sur les chemins de pierre ! J'avais rêvé aux bivouacs, je m'étais imaginé fendre les herbes d'un pas de chemineau. Le rêve s'évanouissait toujours quand la porte s'ouvrait : c'était l'heure de la compote.

   Un médecin m'avait dit : " L'été prochain, vous pourrez séjourner dans un centre de rééducation." Je préférais demander aux chemins ce que les tapis roulants étaient sensés me rendre : des forces.

   L'été prochain était venu, il était temps de régler mes comptes avec la chance. En marchant, en rêvassant, j'allais  convoquer le souvenir de ma mère. Son fantôme apparaîtrait si je martelais les routes buissonnières pendant des mois. Pas n'importe quelle route : je voulais m'en aller par les chemins cachés, bordés de haies, par les sous-bois de ronces et les pistes à ornières reliant les villages abandonnés. Il y avait encore une géographie de traverse pour peu qu'on lise les cartes, que l'on accepte le détour et force les passages. Loin des routes, il existait une France ombreuse protégée du vacarme, épargnée par l'aménagement qui est la pollution du mystère. Une campagne du silence, du sorbier et de la chouette effraie. Les médecins, dans leur vocabulaire d'agents du Politburo, recommandaient de se "rééduquer". Se rééduquer ? Cela commençait par ficher le camp.

   Des motifs pour battre la campagne, j'aurais pu en aligner des dizaines. Me seriner par exemple que j'avais passé vingt ans à courir le monde entre Oulan-Bator et Valparaiso et qu'il était absurde de connaître Samarcande alors qu'il y avait l'Indre-et-Loire. Mais la vraie raison de cette fuite à travers champs, je la tenais serrée sous la forme d'un papier froissé au fond de mon sac..."

 

Sylvain Tesson : extrait de "Sur les chemins noirs" Gallimard, 2016

(lu dans le magazine Lire, octobre 2016)

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