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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 09:27

" Au Cambodge, je garde dans mon bureau une cuillère identique à celle que j'ai utilisée pendant quatre ans, de 1975 à 1979, dans un camp de rééducation. Elle me rappelle la solidarité qui existait dans nôtre groupe. Nous étions quatre, dont un enfant, et nous mettions en commun nos rations pour qu'il mange suffisamment. Mais la contenance de ma cuillère était supérieure d'au moins 30% à la sienne. Il a donc fallu calculer combien de cuillerées chacun pouvait avaler pour nous alimenter équitablement. Cette forme de solidarité nous a sauvés. Chaque fois que cette cuillère me tombe sous les yeux, je me remémore les trois autres garçons du groupe, qui sont peut-être morts mais ont su rester digne face à la difficulté. Les objets sont parfois beaucoup plus que ce qu'ils paraissent. Dans le camp, lorsque certains mourraient et que les corps étaient emportés pour être jetés dans une fosse, tout ce qu'on pouvait faire, c'était couper une mèche de cheveux avec l'idée de la remettre un jour, peut-être, à la famille. Ou arracher un bouton de chemise. Dans le film, le personnage compte des boutons. Peu importe, si l'on ne comprend pas qu'il compte des morts. On n'est pas obligé de tout comprendre...

   C'est un exil intérieur, qui a précédé l'exil physique de mon départ pour la France. On ne mesure pas ce qu'implique le fait de partir. On ne se rend pas compte qu'il ne s'agit pas d'un choix, et qu'une fois exilé on l'est pour toujours. La légèreté avec laquelle on parle de ces gens qui risquent leur vie sur de petits bateaux m'est insupportable. Comme la façon dont on les traite..."

 

Rithy Panh, extrait d'entretien pour Télérama 3516 du 31/05/2017.

http://www.telerama.fr/festival-de-cannes/2016/exil-de-rithy-panh-la-si-belle-presence-de-l-absence,142347.php

 

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5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 19:33

" L' être africain subsaharien qui va entrer dans le futur est un être transformé, et il faut qu'il fasse la paix avec cette transformation. Il faut qu'il fasse la paix avec le fait qu'une part de lui vienne de ses oppresseurs. C'est avec cela qu'ils sont en lutte, c'est cela qu'ils doivent accepter. L'Afrique s'appelle l'Afrique parce que les Européens l'ont décidé ainsi. Nous sommes des Africains et des Noirs parce que d'autres nous ont définis ainsi. Je comprends la mélancolie, mais je la veux porteuse de créativité...

   J'indique les éléments problématiques dans les termes que nous employons. J'aimerais que l'on sorte des catégories raciales : que pourrait-on dire à la place de "blancs" et "noirs" ? "Métissage" est un terme racialisant, et même animalier. Je préfère parler "d'identité frontalière" en définissant la frontière non pas comme un lieu de rupture, mais comme un lieu de médiation. En Afrique, la frontière se pensait autrefois comme un lieu où les populations échangeaient...

   Je pense qu'un pays ne peut pas s'appeler "Côte d'Ivoire". Ni "Cameroun", qui vient du portugais "Camaro", qui signifie "crevette". Un pays ne peut pas s'appeler "crevette". Lorsque les navigateurs portugais sont entrés dans l'estuaire du Wouri, le fleuve qui traverse Douala, c'était une année exceptionnelle en écrevisses, voilà pourquoi le pays a été baptisé crevette ! Ce n'est pas pour rien que Thomas Sankara a rebaptisé son pays le Burkina Faso. Le Ghana a cessé de s'appeler "Côte de l'Or". Et pourquoi l'Afrique du Sud s'appelle ainsi ? Ce pays n'a pas de nom, vous imaginez un pays qui s'appellerait Europe du Sud ? ...

 

Léonora Miano, extrait d'un entretien pour le magazine Transfuge n°101, septembre 2016

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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 18:04

" Je pense que nous portons tous en nous la capacité de faire le mal. Selon la vie qui est la nôtre et les situations que nous aurons à traverser, nous la mettrons ou non en œuvre, intentionnellement ou pas. Mais nous sommes tous capables de la pire cruauté.

   Le personnage de Shaoai ( Plus doux que la solitude) est tiré de l'histoire de Zhu Ling, une étudiante de Pékin empoisonnée au thallium en 1995, après Tien'anmen. Quant à Un beau jour de printemps, il portait sur l'histoire vraie d'une fille du Hunan que son petit ami a dénoncée aux autorités en 1968 parce qu'elle avait émis des doutes à propos de la Révolution culturelle, et qui fut exécutée dans un stade municipal bondé. Ce sont deux faits divers qui ont marqué ma génération et font partie de la mémoire collective. Mais ce n'est pas l'horreur du crime ou le mystère entourant le coupable qui m'ont intéressée dans ces affaires ; c'est ce qu'avaient dû vivre les personnes impliquées. J'écris parce que je me sens concernée par la vie de ces gens. Je veux que ces anonymes importent au lecteur."

 

Yiyun Li : extraits d'entretien pour le magazine Books, Décembre 2015

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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 18:49

" Mon père m'avait toujours poussé à émigrer : " Si j'étais toi, je partirais d'ici", me disait-il. J'avais enfin cette liberté et j'étais décidé à en profiter. Je voulais rester maître de mes gestes, de mes choix. J'ai eu la chance d'être aussitôt intégré à Magnum, ce qui me donnait une carte de visite. Mais je ne voulais surtout pas ressembler aux autres photographes. Je ne voulais pas de maison, pas d'attache sentimentale. Pendant seize ans, je n'ai fait des photos que pour moi, sans répondre à aucune commande de la presse. J'ai parcouru l'Europe sur la trace des Gitans, -

de leurs fêtes aux Sainte-Marie-de-la-Mer aux foires à chevaux en Irlande... Je photographiais des choses qui n'avaient rien à voir avec eux, des images qui sont dans Exils. Je vivais avec le minimum sans jamais m'établir plus de trois mois au même endroit, ne possédant qu'un sac de couchage et des vêtements de rechange. Le soir, je dormais là où je me trouvais, souvent à la belle étoile, à l'écart des bourgades. Quand on me proposait une chambre avec un lit, je m'allongeais sur le sol avec mon duvet pour ne pas m'habituer au confort. Je redoutais le confort, les habitudes qui rendent aveugles. Certains pensent que j'ai vécu dans la misère. L'idée est folle : j'ai vécu dans la liberté."

Josef Koudelka : entretien dans Télérama 3503, du 01/03/2017

 

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  • : Le Lecturamak
  • : " Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
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