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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 19:28

 

 

Morceaux choisis de la pièce de Jean-Claude Brisville " Le Souper " :


                   Quand on n'a qu'une parole...                     



TALLEYRAND   ... Si vous vous décidez à m'accompagner chez le roi demain soir, il vous faudra prêter serment... de fidélité

FOUCHE.       Ce ne sera que le huitième                        

Talleyrand (1754-1838)



TALLEYRAND.  Vous, huit, moi, douze.

FOUCHE.       On n'a qu'une parole, il faut donc la reprendre.





      Une France en crue !



 

TALLEYRAND.  ... Vous allez rire, monsieur Fouché, mais cette fois je suis sincère : dans ma jeunesse, j'ai eu une ambition pour la France. je l'aurais voulue exemplaire. On y aurait parlé la plus belle langue du monde et crée librement des chef-d'oeuvre dans tous les arts... Il est bien malheureux que l'Empereur n'ait pas eu cette idée de la France. Lui ne l'aimait que débordant de ses frontières naturelles. En crue, si j'ose dire. J'ai horreur de la démesure - et cette France là, batailleuse, aspirant à toute l'Europe, elle ne me disait rien qui vaille. Et puis, Napoléon, dans ses fureurs, a tué la douceur de vivre. La Restauration va ramener dans ses fourgons les privilèges, elle ne donnera pas du génie aux privilégiés.


                            

                             Règlement de comptes.
                            
                       ( Une tâche de sang sur les Aigles )


FOUCHE. ( froid )Si le roi connaît mon pouvoir, s'il sait qu'il a besoin de moi pour contenir les jacobins qui tiennent eux-mêmes la rue, qu'ai-je besoin d'un avocat ? La cause est entendue d'avance. Il  me suffit de me présenter seul à Saint-Denis. J'y serai reçu tout de suite, et je me ferai un  plaisir de saluer Sa Majesté de votre part.


TALLEYRAND. Elle a, vous le constaterez très vite, une mémoire de jeune homme et un entêtement de mule. Et avec cela rancunière, tatillonne, n'ayant rien oublié ni rien appris, et donnant quelquefois l'impression qu'elle préfère mourir en exil plutôt qu'être obligée de composer avec certaines gens. ( Un temps ) N'oublions pas que chez les rois l'intérêt politique est quelquefois subordonné à ce que l'on appelait jadis... comment l'appelait-on jadis, ce sentiment ? ...Oui, le sens de l'honneur. Pour Louis XVIII, par exemple, un mot dit par étourderie, un matin de janvier de 1793, peut lui demeurer  vingt ans dans l'oreille. ( Un temps. ) Il est vrai que ce mot pesait son poids d'acier et que l'homme qui l'écoutait, au banc des accusés, était son frère.( Un temps. ) Quel que soit le besoin qu'il ait d'un homme, il peut très bien lui refuser à jamais son pardon et lui interdire toujours son antichambre. Absurde, allez-vous dire... Et c'est pourtant ainsi que sont parfois les rois, et c'est compte tenu de ce qu'ils sont que vous ne pouvez négliger le soutien de mon art auprès du souverain.


FOUCHE. ( sarcastique ). Le soutien de votre art !


TALLEYRAND. Oui, pour faire oublier au roi Louis XVII qu'il y a de cela vingt-deux ans, vous avez fait couper en deux morceaux son aîné Louis XVI.


... Avec lenteur, Fouché se lève et les mains derrière le dos fait le tour du salon. Il s'arrête un instant devant le grand portrait poussiéreux et à demi dissimulé d'un jeune homme en costume de chasse, et soufflant sur la poussière il se tourne vers Talleyrand.
...

  FOUCHE. ( aimablement ) Et ce jeune homme. Un portrait de famille ?

Joseph Fouché, (1759-1820)




TALLEYRAND. Le petit-fils du Grand Condé.

FOUCHE. Le duc d'Enghien ? ...


TALLEYRAND. Lui-même.

 FOUCHE.  Donc un Bourbon, cousin du roi. ( Un temps ) Enlevé en pays de Bade - un pays neutre - et par des cavaliers français, sur l'ordre de Bonaparte - jugé sans avocat - condamné sans la moindre preuve. Et exécuté la nuit même dans un fossé du château  de Vincennes.

 TALLEYRAND.  ( gravement ) Une tâche de sang sur les Aigles  

 FOUCHE  A vôtre avis, Vôtre Excellence, à quel véritable motif a obéi Bonaparte dans cette affaire ? 

 TALLEYRAND. La rage. Une rage effrayante à propos des complots royalistes.

 FOUCHE On aurait pu tenter de lui faire entendre raison. 

  TALLEYRAND. Il était enragé. Il n'écoutait personne.

Il revient s'installer dans son fauteuil.

  FOUCHE En êtes-vous certain ? ( Fouché sort de sa poche une lettre qu'il déplie et se rapproche pour la lire à la lueur du candélabre de la table ) La copie de votre lettre à Bonaparte, en date du 8 mars 1804. ( Un temps ) L'original est en lieu sûr dans un de mes placards. ( Un temps ) J'ajouterai que je le tiens de Méneval, ancien secrétaire du Corse, et un de mes meilleurs agents auprès de lui. ( Il s'éclaircit la voix  et se met à lire à voix haute, et lentement. )  " J'ai beaucoup réfléchit à tout ce que vous m'avez fait l'honneur de me dire hier au soir... Voilà qu'une occasion se présente de dissiper toutes ces inquiétudes. La laisserez-vous échapper ? Elle vous est offerte par l'affaire qui doit amener très bientôt devant les tribunaux les auteurs, les acteurs et les complices de cette conspiration récemment découverte. Les hommes de Fructidor s'y retrouvent avec les vendéens qu'ils secondent. Un prince de la maison des Bourbons les dirige. Le but est votre assassinat. Vous êtes dans le droit de la défense personnelle. Si la justice doit punir avec rigueur , elle se doit aussi de punir sans faire le détail. Réfléchissez-y bien. " ( Fouché replie la lettre avec lenteur, la remet dans sa poche et, croisant les bras, regarde fixement Talleyrand ) Vous avez fait saisir le dossier de l'affaire d'Enghien en 1814, et vous l'avez brûlé. Sauf cette lettre enlevée du dossier par Méneval. Elle est donc passée dans le vôtre. Et maintenant nous voici sur le même rang, monseigneur. Le duc d'Otrante a fait guillotiner le frère, on le savait, mais on ignore encore à ce jour que le prince de Bénevent a fait fusiller le cousin.
 


                          Le vice au bras du crime



VOIX OFF. " Je me rendis à Saint-Denis. Introduit dans une des chambres qui précédaient celle du Roi, je ne trouvai personne ; je m'assis dans un coin et j'attendis. Tout-à coup une porte s'ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime. M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché ; la vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du roi et disparaît. Fouché venait jurer foi et hommage à son seigneur ; le féal régicide, à genoux, mit les mains qui firent tomber la tête de Louis XVI entre les mains du frère du roi martyr ; l'évêque apostat fut caution du serment. "


Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, le 7 juillet 1815, vers onze heures du soir.


 
Extrait de la pièce de Jean-Claude Brisville : " Le souper " Editions Actes Sud- Papiers1989 

                                 

 

 

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29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 20:01
" L'Histoire dira que vous avez eu tort dans cette affaire... Et si j'en suis  certain, c'est parce-que c'est moi qui l'écrirai ! "

 Winston Churchill, en 1936, au Premier ministre Baldwin.

Recueilli dans le n°382 de Lire de Fevrier 2010

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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 17:04
François Bizot en dédicace lors du salon du livre 2012.
François Bizot

" Par dessous mon bandeau, de part et d'autres de la piste que nous longions, j'avais entrevu furtivement les éléments d'une division motorisée nord-vietnamienne, dont les hommes en uniformes verts se taisaient à notre passage, laissant seulement échapper par instants quelques bruits fortuits...
  Pareille concentration de forces armées dissimulées en pleine brousse représentait une prouesse logistique, et montrait à quel point la détermination du Vietnam était arrêtée. Mais la machine de guerre communiste avait d'autres atouts, plus dangereux encore pour le commandement américain que ce rassemblement dont les B52 ou les F111 ne feraient qu'une bouchée. Quelques jours auparavant, le lendemain de mon arrestation, sur la piste qu'on m'avait fait suivre jusqu'au village de Ta Mok, notre petit groupe avait croisé, au sortir d'un veal, quelques éléments d'un dispositif militaire beaucoup plus impressionnant : une unité de cyclistes, espacés les uns des autres d'une cinquantaine de mètres, en file le long de sentes à peine marquées sous les arbres. C'était le fer de lance de toutes les offensives. Silencieux, mobiles, indécelables, ces hommes d'âge mûr - ils avaient entre quarante et cinquante ans - semblaient imperfectibles. Les actions rapides, le camouflage, l'attente entre les opérations, constituaient leur quotidien depuis des décennies. Ils portaient tout sur eux : kalachnikov dans le dos, ficelé avec soin pour ne pas tourner ou basculer, chargeurs et grenades attachés aux bretelles, sac de riz sur le ventre, minuscule réchaud, allumettes et ustensiles divers ( bouts de ficelle, fils de fer trouvés en chemin...) dans une musette, photos porno ( reçues officiellement ) dans la poche de la chemise, le tout protégé sous une pèlerine à capuche en nylon. Chaque vélo, dont le guidon rouillé et la fourche arrière étaient armés de plaques soudées et de fer à béton, transportait un mortier ou un B40 maintenu au cadre par des élastiques ou du vieux fil électrique ; les munitions étaient fixées sur le porte-bagages à l'aide des chambres à air de rechange, à côté du hamac réglementaire pour la nuit. Celui-ci était pourvu d'une toile de tente imperméable qui permettait de dormir sous la pluie... Chacun de ces combattants était un modèle d'adaptation, de simplicité, d'efficacité : puissance d'attaque, invulnérabilité, coût pour ainsi dire nul. Des professionnels, sans illusions, sans audace, sans autre projet que l'action du lendemain - leurs femmes et leurs enfants restaient un souvenir cher mais lointain -, qui apportaient une réponse fascinante à l'engagement extravagant de l'Oncle Sam dans la région...
  Si les jeunes gens qui me conduisaient n'avaient pas été à cent lieues des axes de la propagande antiaméricaine jouant sur la naïveté des nations les plus riches, les chefs khmers rouges n'auraient jamais pris le risque de laisser partir le témoin de preuves aussi édifiantes  de la présence nord-vietnamienne et de son organisation de guerre en territoire cambodgien.
  Cela dit, les Lacouture* avaient encore de belles années devant eux, car on ne change pas facilement un courant de pensée, si peu fondé soit-il...



François Bizot : extrait de Le Portail Ed La Table Ronde, 2000

(*journaliste spécialiste de la région à l'époque, Jean Lacouture niait ou minimisait dans ses articles la présence des nord-vietnamiens au Cambodge.

En novembre 1978, Jean Lacouture reconnait ses erreurs sur ses présentations du Vietnam et des Khmers rouges. Dans un entretien à Valeurs Actuelles, il déclare :

« avoir pratiqué une information sélective en dissimulant le caractère stalinien du régime nord-vietnamien. Je pensais que le conflit contre l'impérialisme américain était profondément juste, et qu'il serait toujours temps, après la guerre, de s'interroger sur la nature véritable du régime. Au Cambodge, j'ai péché par ignorance et par naïveté. Je n'avais aucun moyen de contrôler mes informations. J'avais un peu connu certains dirigeants actuels des Khmers rouges, mais rien ne permettait de jeter une ombre sur leur avenir et leur programme. Ils se réclamaient du marxisme  sans que j'aie pu déceler en eux les racines du totalitarisme. J'avoue que j'ai manqué de pénétration politique. » https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Lacouture )

https://www.lexpress.fr/actualite/monde/asie/il-a-vu-mourir-le-cambodge_493790.html


http://pascal.ledisque.free.fr/wordpress/?p=1543

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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 16:56

" Comme en Algérie avec les kabyles et les harkis, les gouvernements de la IVRépublique avaient tenté de rallier à la cause de l'Union française un certain nombre de populations, certaines catholiques et d'autre pas, comme les Méos, un peuple guerrier qui vivait dans les montagnes du haut Tonkin. Que de promesses on a faites à ce peuple dont bien sûr aucune n'a été tenue! Assurés du soutien de la France, ils se sont battus à nos côtés mais lorsque le corps expéditionnaire,  après les accords de Genève, a dû plier bagage, on les a abandonnés à leur sort, c'est à dire aux représailles sanglantes du Viêtminh. Des officiers ont bien sûr tenté de faire respecter la parole donnée : près de mille civils accompagnaient la Légion étrangère qui se refusait à les abandonner lors de l'évacuation de Cao Bang, au risque qui d'ailleurs lui fut fatal, de ralentir sa marche dans la jungle. Mais ces officiers n'ont pas eu plus de chance qu'avec les harkis. Le peuple méos a tenté de fuir à travers la jungle et les montagnes  vers le Laos. Soutenu un moment par les Américains puis a nouveau abandonné, il a été décimé et continue de l'être par le régime communiste du Laos. Abandonné  à son sort funeste sur les bas-côtés de l'Histoire, il meurt sans émouvoir personne. Un journaliste témoin de ces souffrances, Cyril Payen, a publié aux éditions Robert Laffont  Laos, la guerre oubliée, un récit sur ce génocide dont la France ne semble guère se soucier. Voilà un dossier dont devraient pourtant se préoccuper Kouchner et Rama Yade en souvenir d'une parole donnée et non tenue..."


Jean-Marie Rouart : " Cette opposition qui s'appelle la vie " Grasset 2009

 

 




 

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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 17:16

" Alphonse de Lamartine ( 1790 - 1869 ) fut en politique une sorte de François Bayrou dans la France du XIXème siècle : un homme isolé, réputé pour ses formules assassines, exaspérant le pouvoir monarchique - sans que jamais le roi Louis-Philippe mesurât un danger quelconque chez celui qu'il surnommait le vain de Mâcon... Il n'empêche, Lamartine met ses actes en conformité avec ses mots. Le 22 février 1848, il décide malgré l'interdiction, de participer au dernier des 70 banquets organisés contre les abus du pouvoir. Ce n'est rien de plus que de défendre le droit de réunion. Mais il y a le style...  " La place de la Concorde dût-elle être déserte... J'irai seul au banquet avec mon ombre derrière moi. " "

Lu dans Marianne n° 620 du 7 au 13 mars 2009

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1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 19:03

Vincent Rémy ( Télérama ) :  Quel bilan tirez-vous de l'offensive israélienne sur Gaza ?


Shlomo Sand : " Le timing électoral était parfait ! Avant les élections israéliennes et en prenant soin de retirer les chars à la veille de l'investiture d' Obama, Ehud Barak a planifié ce blitz, un déluge de bombes qui ne mettait pas en danger la vie des soldats israéliens. Nous avons semé la désolation, tué 1 300 Palestiniens, en avons blessé plus de 5 000, les deux tiers sont des femmes et des enfants, presque tous victimes de notre aviation. Le Hamas est-il éliminé ? Avons-nous renforcé le camp de la paix chez les Palestiniens ?...

V.R : La gauche, et même des écrivains comme Amos Oz ou Avraham B. Yehoshua, ont approuvé ces bombardements...

Sh.S :
 C'est une habitude chez nous. Au début de chaque guerre, depuis 1973, Israël reçoit le soutien des intellectuels de la gauche sioniste. Il faut attendre quelques semaines pour qu'ils changent d'avis. Une personne nous manque beaucoup aujourd'hui, le professeur Yeshayahou Leibowitz, grand philosophe mort en 1994 qui s'est toujours battu contre les guerres non défensives d'Israël, et qui laisse un grand vide moral.

V.R : Parce que cette guerre était pour vous non défensive ? Des roquettes tombaient sur les villes israéliennes...

Sh.S
:  Bien sûr, il n'est pas normal que des roquettes tombent sur Israël.
Mais est-il plus normal qu'Israël n'ait toujours pas décidé quelles étaient ses frontières ? Cet Etat qui ne supporte pas les roquettes est aussi un Etat qui ne veut pas renoncer aux territoires conquis en 1967. Il a refusé l'offre de la Ligue arabe en 2002 d'une pleine reconnaissance d'Israël dans les frontières d'avant 1967.

V.R : Mais le Hamas, lui, ne reconnaît pas Israël.  

Yeshayahou Leibowitz

                      
Sh.S :
 Le Hamas, ce mouvement bête, pas diplomate, avait proposé une oudna, une trêve de longue durée à Gaza et en Cisjordanie. Israël a refusé parce qu'elle veut continuer de tuer des militants du Hamas en Cisjordanie, soit une quinzaine en octobre-novembre après des mois de calme. Israël a donc eu sa part de responsabilité dans la reprise des tirs de roquettes. Au lieu de renforcer le courant modéré du Hamas, Israël pousse les Palestiniens au désespoir. Nous avons ghettoïsé une population entière et refusons de lui accorder sa souveraineté depuis quarante-deux ans. Comme je suis indulgent envers Israël, je dirai seulement depuis vingt ans, 1988, date à laquelle Arafat et l'Autorité palestinienne ont reconnu l'Etat d'Israël, sans rien avoir gagné en échange. Qu'on comprenne bien : je n'accepte pas les positions du Hamas et surtout pas son idéologie religieuse, parce que je suis un homme laïc, démocrate, et assez modéré. Comme Israëlien et comme être humain, je n'aime pas les roquettes. Mais comme Israëlien et historien, je n'oublie pas que ceux qui les lancent sont les enfants et petits-enfants de ceux qui ont été chassé de Jaffa et d'Ashkelon en 1948. Ce peuple de réfugiés, moi, Shlomo Sand, je vis sur la terre qui était la sienne. je ne dis pas que je peux leur rendre cette terre. Mais que chaque offre de paix doit partir de ce constat. Quiconque oublie cela n'arrivera jamais à offrir aux Palestiniens une paix juste.

V.R : Mais, disent les partisans de ces bombardements, Israël s'est retiré de Gaza, et les roquettes ont redoublé.                                                                     

SH.S :
C'est absurde ! Imaginez que les Allemands, comme ils l'ont fait en 1940, occupent aujourd'hui le nord de la France et pas le Sud. Vous diriez qu'ils respectent le droit à l'autodétermination des Français ? Sharon s'est retiré unilatéralement de Gaza pour ne pas faire la paix avec Arafat, et ne pas renoncer à la Cisjordanie. Mais les Palestiniens n'ont pas demandé une réserve d'Indiens à Gaza ! Ils demandent un Etat palestinien indépendant en Cisjordanie et à Gaza...

V.R : Le grand rabbin de France, Gilles Bernheim, dit pourtant qu'Israël ne doit pas courir au suicide au nom des bons sentiments.

Sh.S :
Mais de quoi parle-t-on ? Qu'est-ce-qui menace notre existence ? Nous avons le meilleur armement et le soutien de la première puissance mondiale. Le monde arabe nous propose une paix globale sur les frontières de 1967. La dernière guerre qui a menacé l'existence d'Israël remonte à trente-cinq ans ! Est-ce qu'il ne comprend pas ça, ce grand rabbin ?

 

V.R : Il n'est pas le seul. André Gluckmann, à propos des bombardements israéliens, écrit qu'il n'est pas disproportionné de vouloir survivre .

Sh.S : Vous me parlez d'un homme qui a admiré Mao ! Ces mecs de 1968, qui ont soutenu toutes les horreurs chinoises, jamais ils n'ont fait une autocritique, jamais ils n'ont essayé de comprendre pourquoi
  ils s'étaient identifiés au totalitarisme. Aujourd'hui, André Glucksmann, comme Bernard-Henri Lévy, sont toujours du côté de la force, à Jérusalem cette fois. Ils n'ont pas changé

V.R. : Mais Bernard-henri Lévy rappelle que Tsahal téléphonait aux habitants pour leur dire de fuir les bombardements, qu'Israël a tout fait pour éviter les victimes civiles...

Sh.S :
Ah, Israël a téléphoné, Israël a pris des précautions ? Mais où pouvaient-elles aller, les familles palestiniennes ? C'est vrai, Israël a pris beaucoup de précautions. Mais pour ses troupes ! Ces morts-là nous préoccupent beaucoup car nous sommes devenus une société individualiste et hédoniste, et nos dirigeants sont très soucieux de leur réélection.

V.R : BHL rappelle aussi que le Hamas a utilisé la stratégie des boucliers humains...

Sh.S :
Quelle hypocrisie ! A-t-il oublié Mao : un mouvement de résistance doit se couler dans la population comme un poisson dans l'eau ? Le Hamas n'est pas une armée, c'est un mouvement de résistance terroriste qui agit comme tous ceux qui l'ont précédé, Viet-cong ou FLN. C'est justement parce que nos dirigeants savaient cela qu'ils avaient le devoir de privilégier la diplomatie, pour ne pas commettre ce massacre de civils. Nous avons fait la preuve que nous n'avons aucune retenue morale, pas plus que la France en 1957 en Algérie qui a détruit des villages entiers. Maintenant, ce qui me choque plus que jamais, c'est que cet Etat que j'ai servi comme soldat durant deux guerres, et qui se définit depuis sa Déclaration d'indépendance en 1948 comme l'Etat de tous les juifs, appartienne davantage à Bernard-Henri Lévy qu'à mes amis universitaires qui vivent ici, payent leurs impôts ici, mais sont d'origine arabe. Qu'est-ce que ça veut dire être sioniste quand on vit en France, qu'on ne veut pas vivre sous l'autorité juive, et qu'on s'identifie au pire de la politique des dirigeants d'Israêl ? Ca veut dire contribuer à la montée de l'antisémitisme.


Extraits d'une interview de Shlomo Sand dans Télérama 3081, 28 01 2009

 

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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 17:59

" L'amour du roi, le patriotisme et aussi bien le respect pour les privilégiés ne sont pas de la religion et n'en proviennent pas ; ils ne sont pas d'avantage inculqués par une idéologie, ils la précèdent, logiquement parlant, ils sont induits par l'obéissance à l'ordre établi, ils naissent de cette obéissance, loin de la faire naître ; on les respire dès l'enfance dans l'air du temps et le spectacle de tous les autres. L'histoire s'explique par un vécu silencieux et non par les belles paroles qui s'y ajoutent ; quand la dépendance est rejetée, les paroles idéologiques n'ont plus de poids. Citons le pénétrant Jean-Marie Schaeffer : à notre époque, l'enseignement par l'école ne peut pas remplacer l'apprentissage des règles sociales ou politiques par le cadre de vie et l'exemple familial et social, d'où l'inefficacité dramatique de l'éducation civique scolaire.**...
En un mot , le vécu social muet suscite  ou accepte les verbalisations idéologiques et non l'inverse ; une idéologie ne convainc que les convaincus. Nous avons vu cela de nos yeux, si nous sommes quinquagénaires ou davantage : la découverte de la contraception a donné lieu à une comique expérimentation sociologique en conditions réelles. Avant la " pilule " , les jeunes filles respiraient dans l'air du temps et dans l'exemple de leurs compagnes les utiles vertus de pureté, de chasteté, de virginité, d'abstention sexuelle. ... Il a suffi que la pilule apparaisse pour que ces vertus disparaissent comme rosée au soleil : évaporées avec le péril, tant dans les duplex que dans les chaumières. Leur effacement nous a paru si naturel que nous nous en sommes à peine aperçus, sans remarquer à cette occasion que ce n'était pas le vertuisme qui avait inculqué l'abstention, mais l'abstention qui, faute de contraception, s'était érigée en vertu."

Extrait de ; " Quand notre monde est devenu chrétien " de Paul Veyne

http://aphgcaen.free.fr/livres/pveyne.htm


http://www.vox-poetica.org/entretiens/schaeffer.htm
 

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14 mai 2008 3 14 /05 /mai /2008 18:39

Le 22 avril 1967, un duel à l'épée voit s'affronter Gaston Deferre au député UDR René Ribière, qui s'était fait traiter d' " abruti " par le premier, quelques jours auparavant, lors d'un débat à l'Assemblée nationale. Ce sera le dernier duel répertorié en France.

Lu dans le magazine " Lire " du mois de mai 2008; à propos du livre de François Guillet : " La mort en face. Histoire du duel de la Revolution à nos jours "

                                          

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  • : Le Lecturamak
  • : "Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire c'est protester contre les insuffisances de la vie." Mario Vargas Llosa. Discours du Prix Nobel" Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
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