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13 septembre 2022 2 13 /09 /septembre /2022 15:30
Michel Leiris dans son bureau du Musée de l'Homme en 1984.
Michel Leiris, 1984.

 

"... même encore maintenant il ne m'est pas possible d'aimer une femme sans me demander, par exemple, dans quel drame je serais capable de me lancer pour elle, quel supplice je pourrais endurer, broyage des os ou déchirement des chairs, noyade ou combustion à petit feu - question à laquelle je me réponds toujours avec une conscience si précise de ma terreur à l'endroit de la souffrance physique, que je ne puis jamais m'en tirer qu'écrasé par la honte, sentant tout mon être pourri par cette incurable lâcheté...

   

   Cette question de la résistance à la douleur physique - question qui m'a toujours obsédé, mais de manière toute théorique - acquit une lourde réalité durant la période de terreur policière amenée par l'occupation allemande. Il me reste, comme une ombre sur la conscience, la certitude que, si je m'étais mis dans le cas d'être torturé, je n'aurais jamais eu, entre les mains des tortionnaires, la force de ne pas parler..."

 

Michel Leiris : extrait de "L'âge d'homme", Éditions Gallimard, 1939, annotation à partir de " cette question" pour l'édition de 1973,  Gallimard Folio.

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28 juillet 2022 4 28 /07 /juillet /2022 17:47

 

" ... Et si vous trouvez angoissant et douloureux de penser à l'enfance et à la simplicité et au calme qu'elle recèle, parce que vous ne pouvez plus croire en Dieu, qu'on y trouve partout, demandez-vous, cher monsieur, si vous avez vraiment perdu Dieu. Ne serait-ce pas plutôt que vous ne l'avez encore jamais possédé ? À quel moment, en effet, cela aurait-il pu se produire ? Croyez-vous qu'un enfant puisse le porter, lui que les hommes mûrs ne portent qu'avec peine et dont le poids fait plier les vieillards ? Croyez-vous que quiconque le possédait vraiment pourrait le perdre comme on perd un petit caillou et ne croyez-vous pas plutôt que quiconque l'aurait ne pourrait plus qu'être perdu par lui ? Mais si vous reconnaissez qu'il n'était pas dans votre enfance ni auparavant, si vous soupçonnez que le Christ a été dupé par son impatience et Mahomet trompé par son orgueil - et si vous découvrez avec effroi qu'il n'existe toujours pas en ce moment où nous parlons de lui -, où prenez-vous le droit de déplorer son absence comme celle d'un disparu, alors qu'il n'a jamais existé, et de le chercher comme s'il était perdu ?

   Pourquoi ne pensez-vous pas qu'il est Celui qui vient, Celui qui, de toute éternité, est devant nous, l'Être futur, le fruit final d'un arbre dont nous sommes les feuilles ? Qu'est-ce donc qui vous retient de rejeter sa naissance dans les temps à venir et de vivre votre vie comme une belle journée douloureuse dans l'histoire d'une immense grossesse ? Ne voyez-vous pas que tout ce qui se produit est toujours un début ; Pourquoi ne serait-ce pas Son début à lui, alors que tout commencement est si beau ? S'il est le plus parfait, ne faut-il pas que tout ce qui est moindre ait été avant lui, afin qu'il puisse choisir parmi l'abondance et la plénitude ? - Ne faut-il pas qu'il soit le dernier, pour tout contenir en lui-même et quel sens aurions-nous, si l'Être que nous appelons de nos vœux avait déjà existé ?

 

Photo L.V. 2018

 

 Comme les abeilles rassemblent le miel, nous allons chercher en toute chose ce qu'il y a de plus doux et nous le construisons. Nous commençons par les moindres choses, par les choses insignifiantes   ( pourvu que nous le fassions avec amour ) ; nous commençons par le travail et par le repos qui lui succède, nous commençons par un silence ou par une petite joie solitaire ; avec tout ce que nous faisons seuls, sans compagnons et sans adeptes, nous le commençons, lui que nous ne vivrons jamais, pas plus que nos ancêtres n'ont pu le vivre. Et pourtant, ils sont en nous, ces ancêtres depuis longtemps disparus, ils sont dans notre façon d'être, ils sont le poids qui pèse sur notre destinée, ils sont notre sang bouillonnant, ils sont le geste surgi des profondeurs du temps..."

 

Rainer Maria Rilke, extrait de "Lettres à un jeune poète" adressées à Franz Xaver Kappus. Traduction Claude David. Éditions Gallimard, La Pléïade, 1993

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17 janvier 2022 1 17 /01 /janvier /2022 18:27

 

" A l'époque où j'ai connu lord Liverpool, il était presque arrivé à l'illumination puritaine.

Habituellement il

demeurait seul avec une vieille sœur, à quelques lieues de Londres. Il parlait peu ; son visage était mélancolique ; il penchait souvent l'oreille, et il avait l'air d'écouter quelque chose de triste : on eût dit qu'il entendait tomber ses dernières années, comme les gouttes d'une pluie d'hiver sur le pavé..."

 
 

                                         

 

      
 

Chateaubriand : extrait des Mémoires d'Outre-Tombe.

 

 

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak :

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12 décembre 2021 7 12 /12 /décembre /2021 00:10

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30 novembre 2021 2 30 /11 /novembre /2021 18:10

 

" Votre lettre, monsieur, est venue bien à propos dans ma solitude de Rome : elle a suspendu en moi le mal du pays que j'ai fort. Ce mal n'est autre chose que mes années qui m'ôtent les yeux pour voir comme je voyais autrefois : mon débris n'est pas assez grand pour se consoler avec celui de Rome. Quand je me promène seul à présent au milieu de tous ces décombres des siècles, ils ne me servent plus que d'échelle pour mesurer le temps : je remonte dans le passé, je vois ce que j'ai perdu et le bout de ce court avenir que j'ai devant moi ; je compte toutes les joies qui pourraient me rester, je n'en trouve aucune ; je m'efforce d'admirer ce que j'admirais, et je n'admire plus. Je rentre chez moi pour subir mes honneurs accablé du sirocco ou percé par la tramontane. Voilà toute ma vie, à un tombeau près que je n'ai pas encore eu le courage de visiter. On s'occupe beaucoup de monuments croulants ; on les appuie ; on les dégage de leurs plantes et de leurs fleurs ; les femmes que j'avais laissées jeunes sont devenues vieilles, et les ruines se sont rajeunies : que voulez-vous qu'on fasse ici ?"

 

"Le passé ressemble à un musée d'antiques ; on y visite les heures écoulées chacun peut y reconnaître les siennes. Un jour, me promenant dans une église déserte, j'entendis des pas se traînant sur les dalles, comme ceux d'un vieillard qui cherchait sa tombe. Je regardai et n'aperçus personne ; c'était moi qui m'étais révélé à moi...

 

         De l'âge délaissé quand survient la disgrâce,

         Fuyons, fuyons les bords qui, gardant notre trace,

         Nous font dire du temps en mesurant le cours :

        " Alors j'avais un frère, une mère, une amie ;

        " Félicité ravie !

        " Combien me reste−t−il de parents et de jours ? "

 

Chateaubriand, Lettre à M.Villemain, 3 novembre 1828 " Mémoires d'outre-tombe", livre 30 chap. 10. / Livre 32 chap.1 ( La Pléiade 1999 )

 

Du même auteur, dans Le lecturamak : 

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23 novembre 2021 2 23 /11 /novembre /2021 23:28

Pour ceux qui m'ont reproché ma désinvolture, quand j'ai tué le baron Swartz en duel, alors que les ordres étaient de l'assassiner purement et simplement, ou de le faire assassiner si la chose elle-même me répugnait (comme ils ont dit par la suite), pour ceux-là, est-ce que ce n'est pas du temps perdu le temps que j'ai passé avec le petit Français ? Est-ce qu'ils ne se moqueraient pas de cette sentimentalité qui a fait que je l'ai veillé après sa mort et même que j'aurais désiré assister à ses funérailles... Ils n'ont certainement pas les mêmes raisons d'orgueil que moi.  Approuveraient-ils les soins que j'aie donnés à l'homme hier après-midi ? Ils diraient qu'il ne faut avoir qu'un but en vue.  M'obligeraient-ils à avoir la vue basse ?

   Ce mot le réjouit . Il le répéta à diverses reprises. Il y trouvait une justification. Il avait la faiblesse d'en chercher.

    " Faut-il que je sois insensible comme une pierre ou un cadavre qui obéit ? ajouta-t-il.  Alors, à quoi bon la liberté ? Une fois acquise, je serais incapable d'en jouir. Il faudra bien, de toute façon, qu'une fois le but atteint, qui est précisément la liberté, l'obéissance cesse ; et comment cesserait-elle si la liberté n'est plus donnée qu'à des cadavres obéissants ? Si, en fin de compte, la liberté n'a plus personne à qui s'adresser, n'aurons-nous pas fait que changer de tyran ? "

   Mais il croyait à la sincérité des hommes qui faisaient partie de la même conspiration que lui, dont certains se cachaient dans les contreforts des Abruzzes ; dont quelques-uns avaient été fusillés (et même on leur avait écrasé les doigts, ce qu'il considérait naïvement comme une certitude absolue de sincérité)...

  " Ne sont-ils pas victimes de l'erreur de sincérité ?" se dit-il en continuant sa naïveté, dans ce moment où la paix, la nuit et surtout le velours féminin du vent donnaient de l'éloquence à son cœur..."

 

 

Jean Giono, extraits de "Le Hussard sur le toit " Gallimard, 1951

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak : 

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10 novembre 2021 3 10 /11 /novembre /2021 00:09

 

" Je n'écrirais rien des partis, si c'était pour dire seulement qu'ils fournissent à chacun des opinions toutes tracées, et conforme à ses intérêts; cela est assez connu. mais il y a mieux à dire. Ce qui me frappe, c'est que l'on prend facilement parti, pour et contre toujours, sans intérêt, et même sans passion cachée; la passion est tout entière dans le parti pris; le bonheur est de contredire et de haïr; mais la thèse n'importe guère. J'ai vu beaucoup de gens être d'un parti pour de faibles causes, et s'y tenir. par exemple on peut prendre parti pour l'armée anglaise seulement parce qu'on la voit, et qu'on en parle à d'autres qui ne la voient point. On serait aussi bien contre. Mais quel que soit le parti pris, on s'y enfonce, on trouve des raisons; c'est comme un jeu où l'on devient fort; et la grande preuve c'est toujours qu'on s'y passionne. C'est le goût de l'éloquence et de l'invective qui fait les partis...   

    Je retrouve ce trait toujours assez visible dans l'animal humain. Le jeu des opinions l'intéresse trop. Dans cette chaleur des discussions, je vois toute la guerre ramassée...

   Je dirais bien quelquefois qu'on prend n'importe quelle opinion comme on prend une arme...

 

 Ô Dieux, si vous existez, préservez-nous des guerres justes, puisque nous avons résolu de n'en point faire d'autres"

 

Tu n'as pas à dire ce que tu ferais, si tu étais au gouvernement, mais à te méfier de tout gouvernement "

 

Alain, extrait de "De quelques-unes des causes réelles de la guerre entre nations civilisées" Cahier Alain 2, Édition Institut Alain, Le Vésinet, 1988.

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak : 

 

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24 octobre 2021 7 24 /10 /octobre /2021 22:22

 

"À la Convention l’intempérance de langage était de droit. Les menaces volaient et se croisaient dans la discussion comme les flammèches dans l’incendie.

 – PÉTION : Robespierre, venez au fait.

 – ROBESPIERRE : Le fait, c’est vous, Pétion, j’y viendrai, et vous le verrez.

 – UNE VOIX : Mort à Marat !

 – MARAT : Le jour où Marat mourra, il n’y aura plus de Paris, et le jour où Paris périra, il n’y aura plus de République…

 

Un jour, … Robespierre prend la parole et  parle deux heures, regardant Danton, tantôt fixement, ce qui était grave, tantôt obliquement, ce qui était pire. Il foudroie à bout portant. Il termine par une explosion indignée, pleine de mots funèbres :

 – On connaît les intrigants, on connaît les corrupteurs et les corrompus, on connaît les traîtres ; ils sont dans cette assemblée. Ils nous entendent; nous les voyons et nous ne les quittons pas des yeux. Qu’ils regardent au-dessus de leur tête, et ils y verront le glaive de la loi ; qu’ils regardent dans leur conscience, et ils y verront leur infamie. Qu’ils prennent garde à eux. – Et quand Robespierre a fini, Danton, la face au plafond, les yeux à demi fermés, un bras pendant par-dessus le dossier de son banc, se renverse en arrière, et on l’entend fredonner :

                           Cadet Roussel fait des discours

                          Qui ne sont pas longs quand ils sont courts…"

 

Victor Hugo, extrait de " Quatre-vingt-treize ", 1874.

 

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak : 

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30 septembre 2021 4 30 /09 /septembre /2021 23:29

 

Danton, Marat et Robespierre réunis au cabaret de la rue du Paon. Dessin de Diogène Maillart, musée Carnavalet, 1876.

 

" Danton venait de se lever ; il avait vivement reculé sa chaise.

– Écoutez, cria-t-il. Il n’y a qu’une urgence, la République en danger. Je ne connais qu’une chose, délivrer la France de l’ennemi. Pour cela tous les moyens sont bons. Tous ! tous ! tous ! quand j’ai affaire à tous les périls, j’ai recours à toutes les ressources, et quand je crains tout, je brave tout. Ma pensée est une lionne. Pas de demi-mesures. Pas de pruderie en révolution. Némésis n’est pas une bégueule. Soyons épouvantables et utiles. Est-ce que l’éléphant regarde où il met sa patte ? Écrasons l’ennemi.

Robespierre répondit avec douceur :

– Je veux bien

Et il ajouta :

– La question est de savoir où est l’ennemi.

– Il est dehors, et je l’ai chassé, dit Danton.

– Il est dedans, et je le surveille, dit Robespierre.

– Et je le chasserai encore, reprit Danton.

– On ne chasse pas l’ennemi du dedans.

– Qu’est-ce donc qu’on fait ?

– On l’extermine.

– J’y consens, dit à son tour Danton.

 Et il reprit :

– Je vous dis qu’il est dehors, Robespierre.

– Danton, je vous dis qu’il est dedans.

– Robespierre, il est à la frontière.

– Danton, il est en Vendée.

– Calmez-vous, dit une troisième voix, il est partout ; et vous êtes perdus.

 C’était Marat qui parlait.

Robespierre regarda Marat et repartit tranquillement :

– Trêve aux généralités. Je précise. Voici des faits.

– Pédant ! grommela Marat.

 Robespierre posa la main sur les papiers étalés devant lui et continua :

 – Je viens de vous lire les dépêches de Prieur de la Marne. Je viens de vous communiquer les renseignements donnés par ce Gélambre. Danton, écoutez, la guerre étrangère n’est rien, la guerre civile est tout. La guerre étrangère, c’est une écorchure qu’on a au coude ; la guerre civile, c’est l’ulcère qui vous mange le foie. De tout ce que je viens de vous lire, il résulte ceci : la Vendée, jusqu’à ce jour éparse entre plusieurs chefs, est au moment de se concentrer. Elle va désormais avoir un capitaine unique... – Je continue de résumer les dépêches. La guerre de forêt s’organise sur une vaste échelle. En même temps une descente anglaise se prépare ; Vendéens et Anglais, c’est Bretagne avec Bretagne. Les hurons du Finistère parlent la même langue que les topinambours du Cornouailles... Quand l’insurrection paysanne sera complète, la descente anglaise se fera... Dans quinze jours on aura une armée de brigands de trois cent mille hommes, et toute la Bretagne sera au roi de France.

– C’est-à-dire au roi d’Angleterre, dit Danton.

– Non, au roi de France.

Et Robespierre ajouta :

– Le roi de France est pire. Il faut quinze jours pour chasser l’étranger, et dix-huit cents ans pour éliminer la monarchie... 

Mais Danton était tout à sa pensée.

– Voilà qui est fort ! s’écria-t-il, voir la catastrophe à l’ouest quand elle est à l’est. Robespierre, je vous accorde que l’Angleterre se dresse sur l’Océan ; mais l’Espagne se dresse aux Pyrénées, mais l’Italie se dresse aux Alpes, mais l’Allemagne se dresse sur le Rhin. Et le grand ours russe est au fond. Robespierre, le danger est un cercle et nous sommes dedans...

– Vous avez chacun votre dada, dit Marat ; vous, Danton, la Prusse ; vous, Robespierre, la Vendée. Je vais préciser, moi aussi. Vous ne voyez pas le vrai péril ; le voici : les cafés et les tripots. Le café de Choiseul est jacobin, le café Patin est royaliste, le café du Rendez-Vous attaque la garde nationale, le café de la Porte-Saint-Martin la défend, le café de la Régence est contre Brissot, le café Corazza est pour, le café Procope jure par Diderot, le café du Théâtre-Français jure par Voltaire, à la Rotonde on déchire les assignats, les cafés Saint-Marceau sont en fureur, le café Manouri agite la question des farines, au 250 café de Foy tapages et gourmades, au Perron bourdonnement des frelons de finance. Voilà ce qui est sérieux...

 Marat souriait toujours. Sourire de nain, pire qu’un rire de colosse.

– Vous moquez-vous, Marat ? gronda Danton..."

 

Victor Hugo, extrait de : "Quatre-vingt-treize", 1874.

 

 

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21 septembre 2021 2 21 /09 /septembre /2021 17:49
Alain, 1931

 

Si cela te semble trop dur, jette le livre.

 

Je ne me propose pas d'étaler ici des cadavres et des blessures, jusqu'à faire crier. La pitié se tourne bien en fureur : un grand amour peut tuer ce qu'il aime ; et en bref toutes les passions s'exaspèrent à leur propre jeu. La guerre, bien considérée, est principalement un effet de l'amour, de l'indignation, de la bonté, mal réglés. Mais c'est encore trop peu dire. Selon une vue bien ancienne, qui finira par être familière à mon lecteur, s'il ne manque pas de patience, les passions ne se règlent point ; il faut les dompter, ou finir dans quelque bagne. Et le châtiment ne vient pas de quelque juge ; non, mais des passions elles-mêmes, comme la guerre le montre en caractères assez gros. J'arrive ainsi à définir assez bien la thèse que je vais expliquer dans la suite, pour les autres et aussi bien pour moi ; c'est que les maux de la guerre résultent d'une longue complaisance aux passions. Il m'est arrivé, dans les heures les plus tristes, de dire une chose assez sage : "Il faut payer les années d'acquiescement " ; mais, du moins, apercevoir les causes, afin que l'expérience serve. Patience donc. J'aborderai les obstacles d'un côté, et puis de l'autre, par petites touches, me gardant toujours d'approuver ou de blâmer. Certes, j'aurais du plaisir à écrire un pamphlet ; mais c'est un plaisir qu'il faudrait payer aussi. Guerre à la guerre, c'est encore guerre. Au lieu donc de dire, et de vouloir prouver que la guerre est horrible à voir, inhumaine et ainsi du reste, ce qui est trop évident et ne sert à rien, j'essaierai de dire exactement ce que c'est, comment cela se prépare, survient et dure, de façon que chacun saisisse en quoi il a voulu la guerre. Idée douloureuse, que chacun repousse au premier mot. Si cela te semble trop dur, jette le livre. Il n'en est pas moins vrai que j'ai juré de l'écrire sans accepter d'autre règle ni d'autre discipline que de la partie de moi-même qui est imperturbable et arbitre.  Arrive que pourra. "

 

Alain, extrait de " De quelques-unes des causes réelles de la guerre entre nations civilisées" Cahier Alain 2, Édition Institut Alain, Le Vésinet, 1988.

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  • : "Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire c'est protester contre les insuffisances de la vie." Mario Vargas Llosa. Discours du Prix Nobel" Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
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