Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
7 mars 2021 7 07 /03 /mars /2021 18:40
Erich Maria Remarque

" Pour moi, le front est un tourbillon sinistre. Lorsqu'on est encore loin du centre, dans une eau calme, on sent déjà la force aspirante qui vous attire, lentement, inévitablement, sans qu'on puisse y opposer beaucoup de résistance. Mais de la terre et de l'air nous viennent des forces défensives, surtout de la terre. Pour personne, la terre n'a autant d'importance que pour le soldat. Lorsqu'il se presse contre elle longuement, avec violence, lorsqu'il enfonce profondément en elle son visage et ses membres, dans les affres mortelles du feu, elle est alors son unique amie, son frère, sa mère. Sa peur et ses cris gémissent dans son silence et dans son asile : elle les accueille et de nouveau elle le laisse partir pour dix autres secondes de course et de vie, puis elle le ressaisit, - et parfois pour toujours. Terre ! terre ! terre ! Terre, avec tes plis de terrain, tes trous et tes profondeurs où l'on peut s'aplatir et s'accroupir, ô terre dans les convulsions de l'horreur, le déferlement de la destruction et les hurlements de mort des explosions, c'est toi qui nous as donné le puissant contre-courant de la vie sauvée. L'ébranlement éperdu de notre existence en lambeaux a trouvé un reflux vital qui est passé de toi dans nos mains, de sorte que, ayant échappé à la mort, nous avons fouillé tes entrailles et, dans le bonheur muet et angoissé d'avoir survécu à cette minute, nous t'avons mordue à pleines lèvres... Une partie de notre être, au premier grondement des obus, s'est brusquement vue ramenée à des milliers d'années en arrière. C'est l'instinct de la bête qui s'éveille en nous, qui nous guide et nous protège. Il n'est pas conscient, il est beaucoup plus rapide, beaucoup plus sûr et infaillible que la conscience claire ; on ne peut pas expliquer ce phénomène. Voici qu'on marche sans penser à rien et soudain on se trouve couché dans un creux de terrain et l'on voit au-dessus de soi se disperser des éclats d'obus, mais on ne peut pas se rappeler avoir entendu arriver l'obus, ni avoir songé à se jeter par terre. Si l'on avait attendu de le faire, l'on ne serait plus maintenant qu'un peu de chair çà et là répandu. C'est cet autre élément, ce flair perspicace qui nous a projetés à terre et qui nous a sauvés sans qu'on sache comment. Si ce n'était pas cela, il y a déjà longtemps que, des Flandres aux Vosges, il ne subsisterait plus un seul homme. Quand nous partons, nous ne sommes que de vulgaires soldats, maussades ou de bonne humeur et, quand nous arrivons dans la zone où commence le front, nous sommes devenus des hommes-bêtes..."

 

Extrait de " À l'Ouest, rien de nouveau " Éditions Stock, 1929.

Partager cet article

Repost0
25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 18:24

" Comment ne pas devenir un loup des steppes et un ermite sans manières dans un monde dont je ne partage aucune des aspirations, dont je ne comprends aucun des enthousiasmes ? Je ne puis tenir longtemps dans un théatre ou dans un cinéma ; je lis à peine le journal et rarement un livre contemporain ; je suis incapable de comprendre quels plaisirs et quelles joies les hommes recherchent dans les trains et les hôtels bondés, dans les cafés combles où résonne une musique oppressante et tapageuse, dans les bars et les music-halls des villes déployant un luxe élégant, dans les expositions universelles, dans les grandes avenues, dans les conférences destinées aux assoiffés de culture, dans les grands stades. Non, je ne suis pas capable de comprendre et de partager toutes ces joies qui sont à ma portée et auxquelles des milliers de gens s'efforcent d'accéder en se bousculant les uns les autres. Ce que j'éprouve dans mes rares instants de bonheur, ce qui constitue pour moi un ravissement, une expérience extraordinaire, une extase et une élévation de l'âme  est connu, recherché et apprécié par la majorité tout au plus dans la littérature ; dans la vie, on traite cela de folie. Et de fait, si la majorité a raison, si cette musique dans les cafés, ces divertissements de masse, ces êtres américanisés aux désirs tellement vite assouvis représentent le bien, alors, je suis dans l'erreur, je suis fou, je suis vraiment un loup des steppes, comme je me suis souvent surnommé moi-même ; un animal égaré dans un monde qui lui est étranger et incompréhensible ; un animal qui ne trouve plus ni foyer, ni oxygène, ni nourriture...

 

Hermann Hesse : extrait de " Le loup des steppes " 1927

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Hermann_Hesse

 

 

 

http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/1493

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak :

Partager cet article

Repost0
21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 18:55

 

" Plus de cinquante mille enfants prennent chaque jour en Allemagne des psychostimulants destinés à les rendre plus calmes et plus attentifs. Les comprimés sont censés combattre un trouble qui se répand comme une épidémie : le trouble déficitaire de l'attention ( TDA ), souvent lié à l'hyperactivité ( TDAH)... Derrière la consommation grandissante de médicaments se cache bien plus qu'une simple bougeotte. Cela fait des années que les laboratoire pharmaceutiques, aidés de certains neurologues, s'appliquent à présenter  leurs contemporains nerveux et instables comme des individus malades devant être traités. Mais le mythe de l'enfant hyperactif fait aujourd'hui comme jamais l'objet d'une attention passionnée, promettant ainsi des millions de chiffre d'affaires...
  Aux Etats-Unis, même si l'on se réfère aux critères de diagnostics figurant sur les fiches d'évaluation réalisées par les défenseurs du TDAH, la moitié des enfants sous méthylphénidate ne seraient pas réellement atteints du syndrome. Au pays des enfants inattentifs, la consommation de méthylphenidate représente 80 % de la consommation mondiale. Le TDAH y fait partie du quotidien, au même titre que Burger King et McDonad's : cinq millions d'enfants environ sont considérés comme souffrant du TDAH. Pour chaque patient reconnu, les écoles américaines reçoivent une prime annuelle de 400 dollars- un dédommagement pour la prise en charge des élèves particulièrement casse-pieds. En 1999, un tribunal a même condamné des parents à administrer le médicament à leur enfant de sept ans... En 2005, le National Institute of Mental Health a financé dans des crèches une étude clinique portant sur plus de trois cents enfants à peine sortis des langes. Pendant trois ans, le méthyldphénidate dût être administré sous surveillance médicale aux patients, âgés de trois à cinq ans.
  Pourtant, on ne sait toujours pas de manière univoque si, à long terme, le méthylphénidate permet vraiment aux enfants de mieux apprendre, notamment car l'on ne dispose pour l'instant d'aucune étude de longue durée. D'après les résultats d'une enquête, le traitement médicamenteux n'entraînerait à long terme ni amélioration des résultats scolaires, ni adaptation du comportement social...
  Nombre de parents et de médecins renoncent à administrer la pilule d'obéissance par crainte d'éventuels effets à retardement. les médicaments modifient en effet les conditions dans lesquelles le cerveau de l'enfant se développe. Car un point fait l'unanimité : le méthylphénidate laisse des traces durables dans le cerveau. La substance agit par exemple sur le choix des gènes devant être activés ou désactivés au sein des cellules nerveuses. A Gottingen, un groupe de chercheurs dirigé par le neurologue Gérald Hüther a mis en évidence, dans le cadre d'expériences sur l'animal, des modifications sur le cerveau des rongeurs. Les chercheurs ont administré du méthylphénidate à de jeunes rats, puis les ont laissés grandir avant d'étudier leur cerveau : dans une petite région de l'encéphale, le nombre de transporteurs de la dopamine avait diminué de moitié.
  D'après Gérard Hüther, ceci pourrait conduire à une carence en dopamine - et ainsi déclencher à long terme une maladie de Parkinson...
  Il est pourtant possible d'aider les enfants sans avoir recours aux médicaments, par exemple par de simples modifications de la vie quotidienne. L'histoire de ce jeune anglais, qui allait à l'école à la fin du XIXème siècle et serait aujourd'hui certainement considéré comme hyperactif, pourrait faire exemple : afin de calmer son énergie débordante, l'enfant remuant et ses enseignants décidèrent d'un commun accord que le jeune garçon serait autorisé à faire le tour de l'école en courant à la fin de chaque heure de cours, ce qui améliora notablement le quotidien - aussi bien celui de l'élève que celui de ses enseignants. Le héros de cette histoire a par la suite complètement renoncé à la pratique sportive. Son nom : Winston Churchill.

Jörg Blech : " Les inventeurs de maladies " Actes Sud 2005


 

 

Partager cet article

Repost0
27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 18:21

 

" Il ne désirait que le repos, la fin, il ne souhaitait plus que d'arrêter la rotation éternelle de cette roue, cette revue interminable d'images, et de les supprimer. Il désirait se mettre lui-même en repos et s'anéantir comme il l'avait souhaité dans sa dernière bataille, quand il s'était rué sur l'ennemi, en distribuant les coups autour de lui et en en essuyant, en ouvrant des blessures et en en recevant, jusquà ce qu'il se fût effondré. Mais ensuite ? A cela succédait la trêve d'un évanouissement, d'un somme ou d'une mort. Et tout de suite après on se réveillait encore, il fallait rouvrir son coeur aux torrents de la vie, et ses yeux  à ce redoutable, à ce beau et atroce flot d'images, sans fin, inéluctablement,  jusqu'au prochain évanouissement, et à la mort suivante. Celle-ci était peut-être une pause, une trêve brève, infime, le temps de reprendre haleine, mais ensuite cela continuait, et de nouveau, l'on était l'une des mille figures du ballet farouche, ivre, et désespéré de la vie. Hélas ! L'anéantissement n'existait pas, cela n'avait pas de fin. "

 

Herman Hesse . Extrait de Le jeu des perles de verre  Calmann Lévy 1955, 1991 pour la traduction française.

 

 

 

 

Partager cet article

Repost0
6 février 2008 3 06 /02 /février /2008 19:30

" Il n'y a pas de grand homme pour son valet de chambre "

Goethe
recueilli dans l'éditorial de François Busnel du magazine " Lire ", février 2008

Partager cet article

Repost0
14 novembre 2007 3 14 /11 /novembre /2007 18:16

A  Reims, on pouvait encore admirer les dégats de la Première Guerre Mondiale. La ménagerie de pierre de la célèbre cathédrale, écoeurée de l'humanité, vomissait sans arrêt de l'eau sur les pavés.

Gunter Grass : " le tambour"

Partager cet article

Repost0

  • : Le Lecturamak - 2021 Centenaire Georges Brassens
  • : "Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire c'est protester contre les insuffisances de la vie." Mario Vargas Llosa. Discours du Prix Nobel" Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
  • Contact
">

richard desjardins

Recherche

Isabelle Mayereau


compteur gratuit ">


compteur gratuit
">

romain didier


compteur ">

">


compteur ">

SITES À DÉCOUVRIR  :

 

LE BLOG D'YSABEL

 

NOTRE JARDIN DES LIVRES

LA PARAFE

LYVRES
UNE AUTRE ANNÉE

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -