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15 mai 2021 6 15 /05 /mai /2021 10:26

 

Andrés Neuman au Texas Book Festival 2016
Andrés Neuman, 2016

" ( Pour mon roman ) Fractures, je me suis  inspiré d'un vrai personnage, qui m'a beaucoup marqué lorsque j'ai découvert son existence : Tsutomu Yamaguchi. C'est la seule personne reconnue par les autorités comme victime des bombes d'Hiroshima et de Nagasaki. Il a non seulement survécu aux deux bombes mais il a vécu assez longtemps pour expérimenter la reconnaissance officielle des victimes par l'État japonais. Car la mémoire nationale a beaucoup évolué après-guerre, l'attention aux victimes, à leurs témoignages, n'a pas été immédiate...

   Il travaillait pour une entreprise ( Mitsubishi ) qui l'avait envoyé à Hiroshima. Après avoir survécu à la première bombe, il a voulu rentrer chez lui et a attrapé le train pour Nagasaki... Il rentre, raconte alors à son patron ce qu'il a vu à Hiroshima., le patron refuse de le croire et au milieu de la discussion, la deuxième bombe explose, tue son patron et sa famille. Tsutomu Yamaguchi a non seulement survécu ce jour-là, mais il est mort à près de cent ans !! Il était donc l'être humain le plus proche d'un immortel... Il est mort quelques mois avant Fukushima, il n'a pas assisté à la répétition de l'histoire, l'arrivée d'un nouveau nuage atomique sur son pays...

   Je vivais à Paris en 2011. J'ai découvert les images de Fukushima, j'ai été choqué d'abord par cette date, le 11 mars, qui est en Espagne une date trafique, l'anniversaire des attentats d'Atocha ( en 2004, dans le métro de Madrid ). C'était affreux et terrible que cela ait lieu le 11 mars. Quand j'ai vu le nuage de Fukushima, j'étais bouleversé. J'étais un citoyen argentin, pourvu d'une mémoire d'un citoyen espagnol, installé à Paris, face à une catastrophe qui avait lieu au Japon. Où étais-je ? J'étais partout, la catastrophe avait lieu partout. Le lendemain, j'ai lu dans le journal que l'axe de la terre avait bougé après le tsunami et le tremblement de terre de Fukushima, la planète avait été secouée !

 

Andrés Neuman : extrait d'entretien pour le magazine Transfuge n°147, Avril 2021.

 

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 18:03

" Difficile d'être heureux. Peu importe le genre. Dans le cas de la femme, malgré une certaine libération d'ordre plutôt sexuel et professionnel, elle reste assez esclave de la forme. Il existe une crainte atroce du temps qui passe, partagée par les hommes et les femmes, qui a transformée la société en une sorte de galerie de monstres : des vieux déguisés en enfants, des gros au régime, des jeunes filles qui vomissent. Le corps est devenu un objet de consommation, c'est-à-dire un bien rejetable. Mûrir manquerai de valeur. Les superficies se sont imposées. Tout se voit de l'extérieur, comme dans une boucherie de supermarché où rien d'autre ne compte que ce qui est sous nos yeux. Une belle enveloppe où se cache le néant. Pas le temps d'approfondir, personne ne veut souffrir et c'est pourquoi l'idiotie est monnaie courante. "

 

Fernanda Garcia Lao :  extrait d'entretien pour le magazine Le Matricule des Anges, juin 2012

 

https://anagnoste.blogspot.fr/2011/12/fernanda-garcia-lao-la-faim-de-maria.html

 

 

 

 

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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 18:39

" C'est une ville qui est devenue, à mes yeux, encore plus invivable aujourd'hui. Après Thatcher, avec Tony Blair et son capitalisme libéral, sa fausse gauche, toutes les entreprises publiques étaient vendues au privé et rien ne fonctionnait correctement  ! Ni le métro, ni le train, ni le bus, ni la poste. Ne parlons pas des hôpitaux ou de l'éducation...

  Dans une revue canadienne, j'avais commencé un article en disant que je ne savais pas ce que c'était que de vivre dans un pays du tiers-monde avant d'arriver à Londres...

  En Angleterre, à la fin des années 90, toutes les charges, tous les gestes sociaux, sont assumés par des petites entités caritatives. On a la soupe populaire, des distributions de vêtements, des soins pour les malades, tout un ensemble de petits bureaux éparpillés dans Londres sans lesquels ces gens mourraient dans les rues ! C'est encore à ce point là. Il faut voir ce qu'est la réalité à Londres ; voir ces adolescents qui vivent dans des cartons devant les grands théatres, dans le quartier des galeries d'art et des salons de musique ; voir ce que veut dire vivre avec des salaires inférieurs au smic français dans un pays où tout coûte le double ; voir  que le seul divertissement des jeunes est d'aller se saouler dans les pubs maintenant ouverts toute la nuit, se saouler jusqu'au coma. C'est le spectacle de Londres le vendredi et le samedi soir ! Je ne comprends pas pourquoi on n'en parle pratiquement pas...Evidemment, il y a toujours le meilleur théatre du monde. Mais ça ne suffit pas !

  Les petites librairies ont toutes disparu. Si la situation en France est catastrophique, en Angleterre le problème ne se pose même plus ! Pas de vraies librairies ! Il n'y a plus que des chaînes... Il reste des libraires d'ancien, mais de moins en moins.

  Tout cela représente quelque chose de très grave et mon expérience anglaise n'a pas été heureuse !...

 

Alberto Manguel : extrait de " Ca et 25 centimes " Editions L'escampette 2009

 

 

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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 18:35

" Il y a, depuis la fin du XIXe, début du XXe siècle, des gardiens aux portes des musées, des galeries, qui déterminent ce qui est art ; qui ont pris le geste de Duchamp - qui était nécessaire - d'installer un urinoir dans un musée et de l'appeler fontaine pour qu'il devienne une oeuvre d'art, comme le geste artistique par excellence, comme si, en détournant cette idée de Duchamp, l'art n'était plus aujourd'hui que cela ! Et se suffisait à lui-même pourvu que les gardiens de musée en aient décidé ainsi !... L'essentiel dans le monde de l'art aujourd'hui est le discours théorique qui accompagne l'oeuvre  ou - pire - qui la précède...

 

  L'art aujourd'hui semble avoir été kidnappé par les banquiers et les publicitaires... On est en train de nous accuser d'être soit trop snobs soit trop stupides pour comprendre la valeur d'une oeuvre, telle que cette chambre vide où une lumière s'éteint et s'allume, qui a reçu le prix Turner en Angleterre. On n'a pas le droit de dire : " je refuse de me plier à vos instructions pour réfléchir sur cette chambre vide. Cette chambre vide n'a aucune valeur artistique. Et vous ne pouvez pas me convaincre, avec vos longs textes, de la valeur symbolique, philosophique, éthique, de ce que vous présentez. C'est une métaphore vide à laquelle vous avez cru au point de la concrétiser. Et ce geste est d'une arrogance telle qu'il m'effraie ! "

 

  Nous avons laissé à ces gens là - galeristes, conservateurs, critiques d'art, collectionneurs et artistes à la mode - la liberté de prendre toute la place dans le domaine de la création artistique !... Si tu prends la parole , comme l'a fait par exemple Tom Stoppard, le grand dramaturge, pour s'exprimer sur la bêtise du prix Turner, tous ces critiques d'art officiels se tournent contre toi en disant : " C'est un populiste, c'est quelqu'un qui ne respecte pas la vraie création, l'art a toujours souffert de n'être pas reconnu immédiatement, etc..."

 

  Je suis effaré de constater que quelqu'un comme Sophie Calle arrive à tromper le monde entier en réalisant des gamineries que l'on trouverait bêtes chez un enfant ! Elle est élue pour représenter la France à la Biennale de Venise ! Installer un téléphone public qui diffuse la voix de Sophie Calle. Ou bien solliciter des femmes célèbres pour répondre à une lettre de rupture. Tout cela me parait une escroquerie ! Bien sûr, il y a de grands artistes qui font des oeuvres valables dans ces nouveaux médias : Andy Goldsworthy ou Constanza Piaggio, pour ne citer que deux exemples. Mais pour la plupart, ce sont tout simplement des escroqueries contre lesquelles personne n'élève la voix ! Cela ne représente strictement rien, ce n'est même pas intéressant... "

 

Alberto Manguel, extrait de " Ca et 25 centimes, conversations avec un ami " L'Escampette Editions 2009

 

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sophie_Calle

 

https://goldsworthy.cc.gla.ac.uk/

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Tom_Stoppard

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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 16:01

" ... Je crois qu'on ne peut pas ne pas être lecteur et être conscient en tant qu'être humain ! Etre conscient veut dire être lecteur. Dans les cultures orales, par exemple, il y a aussi lecture, lecture de ce qu' on entend raconter sur le monde. Je ne vois pas comment il serait possible de vivre dans le monde sans le lire, pour nous orienter mais aussi pour savoir, ou avoir l'impression de savoir, qui nous sommes et où nous sommes... De la même façon nous lisons le paysage ( nous parlons de paysage accueillant, de paysage agressif ), nous lisons les visages, les gestes, les constellations... Je te donne un exemple. Quand j'ai écrit Dernières nouvelles d'une terre abandonnée, je me suis rendu compte que pour écrire cette fiction, j'avais besoin d'un portrait concret, en chair et en os , du personnage. Or, j'avais trouvé une photo parfaite... C'était la tête d'un homme qui ressemblait un peu à Philippe Sollers, un peu souriant, un peu bonhomme, des yeux plissés. J'avais trouvé cette photo dans un journal et j'avais demandé à plusieurs amis ce qu'ils ressentaient devant cette photo. Ils ont presque tous vu quelqu'un d'intellectuel et ausssi de très porté sur les autres, quelqu'un en qui ils feraient confiance, gentil, sensible... Sais tu de qui était ce portrait ? De Klaus Barbie...

 

Alberto Manguel. Extrait de Ca et 25 centimes, Conversations avec un ami  Editions L'escampette 2009

 

 

 

 

 

 

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  • : Le Lecturamak - 2021 Centenaire Georges Brassens
  • : "Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire c'est protester contre les insuffisances de la vie." Mario Vargas Llosa. Discours du Prix Nobel" Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
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