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23 décembre 2021 4 23 /12 /décembre /2021 22:36

La pelouse devant la maison à colombages était mouillée., l'herbe odorante. Ou était-ce la terre elle-même qui sentait le frais ? Dans l'atmosphère clarifiée, purgée par la lune, il vit Shula approcher, qui le cherchait.

   " Pourquoi tu n'es pas couché ?

  Elle lui donna la couverture en tricot d'Elya pour lui tenir chaud, et il se mit au lit.

  Pénétré du sentiment d'appartenir à une drôle d'espèce qui a organisé à ce point-là sa planète. À cette masse de créatures ingénieuses dont environ la moitié dort sur des oreillers, emmitouflée dans des draps, des couvertures, sous des couvre-lits. Ceux qui veillent, à l'exemple d'une équipe au travail, font fonctionner les machines du monde, et tout monte, descend, tourne et roule grâce à des calculs précis au milliardième de degré, les enveloppes des machines enlevées, remplacées, les trajectoires de millions de kilomètres calculées. Par ces génies, les éveillés. Les dormeurs, les brutes, les fantaisistes rêvent. Puis ils se réveillent, et l'autre moitié va se coucher.

   Et c'est ainsi que la brillante race humaine fait marcher le globe en orbite. 

   Il rejoignit les autres dormeurs pour un temps..."

 

Saul Bellow, extrait de " La planète de Mr Sammler", 1969/70,  , Éditions Gallimard, 2012, pour la traduction française.

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14 décembre 2021 2 14 /12 /décembre /2021 18:10
Portrait photo de l'auteur canado-américain Saul Bellow utilisé pour la couverture arrière de la première édition de Herzog (1964).
Saul Bellow, 1964

Durant la guerre, je ne croyais en rien, et j'avais toujours détesté les pratiques des Juifs orthodoxes. Je constatais que la mort n’impressionnait pas Dieu. L'enfer, c'était son indifférence. Mais l'incapacité à expliquer n'est pas une raison pour ne pas croire. Du moins tant que persiste l'idée de Dieu. Pour ma part, j'aurais préféré qu'elle ne persiste pas. Les contradictions sont trop douloureuses. Pas de souci de justice ? Pas de pitié ? Dieu n'est-il que le sujet de bavardage des vivants ? Et puis nous voyons les vivants raser comme des oiseaux la surface de l'eau, et l'un d'eux va plonger pour ne pas remonter et disparaître à jamais. Et nous, à notre tour, une fois immergés, nous disparaîtrons. Seulement nous n'avons aucune preuve de l'absence de profondeur sous la surface. Nous ne pouvons même pas affirmer que nous avons de la mort une connaissance superficielle. Il n'y a pas de connaissance. Il y a le désir, la souffrance, le deuil. Ils découlent du besoin, de l'affection et de l'amour - les besoins de la créature vivante, parce qu'elle est en effet une créature vivante. Il y a aussi l'étrangeté, implicite. Et aussi le pressentiment. Les autre états sont pressentis. Rien de tout cela n'est directement connaissable. Sans le pressentiment, il n'y aurait jamais eu de questions, il n'y aurait jamais eu de savoir. Je ne suis cependant pas un observateur de la vie, ni un connaisseur, et je n'ai rien à contester. S'il le peut, l'homme consolera. Mais ce n'est pas l'un de mes buts. On ne peut pas toujours se fier aux consolateurs. Par ailleurs, j'éprouve très souvent, presque tous les jours, un fort sentiment d'éternité. C'est peut-être dû à mes singulières expériences, ou à la vieillesse. Je sois dire que je ne ressens pas cela comme participant de la vieillesse. D'autre part, cela ne me dérangerait pas qu'il n'y ait rien après la mort. Si c'est comme avant la naissance, pourquoi s'en faire ? On ne recevra plus d'information. Notre agitation de singe prendra fin. je pense que ce sont mes pressentiments de Dieu sous leurs nombreuses formes quotidiennes qui me manqueront le plus. Oui, c'est ce que je regretterai. Aussi, docteur Lal, si la Lune présente pour nous un avantage sur le plan métaphysique, j'approuverai sans réserve. En tant que projet d'ingénierie, coloniser l'espace présente peu de véritable intérêt pour moi, sinon pour la curiosité et l'ingéniosité de la chose. Certes, la motivation, la volonté d'organiser cette expédition scientifique est sûrement l'une de ces nécessités irrationnelles qui constituent la vie - cette vie que nous croyons pouvoir comprendre. Je suppose donc que nous devons faire le saut parce que tel est le destin de l'homme. S'il s'agissait d'une question rationnelle, il serait rationnel d'instaurer d'abord la justice sur notre planète. et quand nous aurions une Terre de saints et que nos aspirations se porteraient vers la Lune, nous pourrions grimper dans nos machine et nous envoler..."

 

Saul Bellow, extrait de : "La planète de Mr. Sammler", 1969/70, Éditions Gallimard, 2012, pour la traduction française.

 

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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 17:27

" J'avance caché. C'est pour cela que je n'aime pas les étiquettes : je n'aime pas être perçu, je veux être au milieu de la foule sans que nul ne le sache. C'est ça, mon costume de dandy. je suis comme Brummell qui disait : " si vous m'avez remarqué, c'est que je n'étais pas bien habillé. " Il ne faut pas qu'on me voie. Tout le monde dit : Laferrière, il est léger, il est drôle. Personne ne se méfie. Pendant ce temps, je continue ma chronique. Vingt livres déjà... vous n'aurez pas de grand livre de moi, tout sera moyen, égal. Mon obsession, quand j'écris, c'est qu'on ne puisse pas me citer. Qu'il n'y ait que des annotations, du présent de l'indicatif, pas de réflexions ni de méditations, et surtout pas ces phrases qu'un lecteur a envie de noter quand il les croise dans un ouvrage. A ce titre, L'énigme du retour est une erreur dans mon travail : en vingt-cinq ans, c'est la seule fois où j'ai fait des phrases. J'étais trop bien habillé en quelque sorte ! Alors que la littérature, c'est comme un fer brûlant qu'on fait entrer dans le corps de l'autre - alors il ne faut pas que la personne voie le fer avant, sinon elle s'enfuit. Ne pas faire de littérature, c'est énorme, cela demande beaucoup de travail. En plus , vous ne serez jamais cité comme un grand écrivain. Il n'y a rien de plus facile qu'être un grand écrivain. Faire un livre moyen, être juste un bon écrivain : ça, c'est difficile. "

 

Dany Laferrière, entretien pour Télérama 3204 du 8 juin 2011

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Dany_Laferri%C3%A8re

 

https://bibliobs.nouvelobs.com/paroles-d-haiti/20100121.BIB4760/tout-bouge-autour-de-moi-par-dany-laferriere.html

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  • : "Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire c'est protester contre les insuffisances de la vie." Mario Vargas Llosa. Discours du Prix Nobel" Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
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