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1 septembre 2021 3 01 /09 /septembre /2021 22:41

1943

 

Premier brouillon de La Sœur et dernières lignes du manuscrit de Sortilège. Je les écris en écoutant la radio qui nous avertit d'une alerte aérienne. En rédigeant le dernier dialogue de Sortilège, je ne peux m'empêcher de penser qu'il faut me dépêcher parce que je n'aurai peut-être pas le temps de finir ma phrase ! Peut-on travailler ainsi ? Oui, on peut. N'est-ce pas une forme de folie, alors que Berlin est en train de disparaître que de travailler sur un roman et une pièce de théâtre ?  Ou n'est-ce que cela qui donne un sens à la vie et qui compte vraiment, n'est-ce pas ainsi que l'on peut et doit vivre et considérer que tout le reste, les Berlin, les Hambourg, les Kiev, les Varsovie, la rivalité sanguinaire de ces grandes nations despotiques, n'a pas plus d'importance que le cancer, une hémorragie cérébrale ou un malheur physique et existentiel ? Je crois que c'est là que réside la vérité. Une pensée, une œuvre, voilà la réalité ; le reste n'est que brouillard, cauchemar, rêve éternel monstrueux, dont l'homme se réveille, le temps d'une idée, le temps d'un éclair créateur..."

 

1946

 

" Oui... nous sommes dans l' "ère atomique " ; tout s'atomise, brûle, se désagrège sous l'effet de forces terribles, l'argent, la parole, la morale, la substance humaine et naturelle... La bombe atomique d'une tonne qui ferait  exploser la planète en dégageant une chaleur de douze mille degrés existe peut-être déjà ; et, un jour, un criminel, un fou ou un politicien, peu importe, la déclenchera ; alors la Terre sentira la carne. le monde et l'humus dégageront une odeur de charogne brûlée, tout ce qui est matière se disloquera et commencera à empester et une odeur amère se répandra sous le Soleil.

   ... On vient d'expérimenter des explosions atomiques dans l'atoll de Bikini ; pour une somme de cent dix millions de dollars, on assiste à une répétition générale du Jugement dernier ; on sacrifie quelques îles où, sous l'effet de la radioactivité, la terre se transforme en verre cristallin et on sacrifie soixante-dix vieux bateaux de guerre en les précipitant dans la fournaise à dix millions de degrés. Ni Dante ni Goethe n'ont rien rêvé de tel...

   ...Le style n'est pas que l'homme, le style est tout. Le jour où la bombe atomique a explosé au-dessus des îles Bikini, la radio américaine a demandé aux stations de surveillance météorologiques si elles n'avaient pas observé au moment de l'explosion des "phénomènes crépusculaires" partout dans le monde. Spengler serait ravi de la formulation. Moi aussi, je le suis.

   La quatrième bombe a été lâchée et l'amirauté a déclaré que le résultat était "satisfaisant" mais on sent dans le ton des déclarations et des articles de journaux une certaine déception, comme si la destruction n'était pas aussi parfaitement infernale que nombre de gens l'avaient espéré. Patience, mes chers amis !

 

 

 

Sándor Márai, extrait de "Journal Les années Hongroises 1943-1948, Albin Michel, 2019.

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak :

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31 juillet 2021 6 31 /07 /juillet /2021 08:57

" Ce qu'on fait aujourd'hui de la démocratie n'a pas grand chose à voir avec la res publica ; je parlerais plutôt de démocratie de marché. Avec un peu d'autodiscipline, c'est une forme d'existence très agréable, mais elle prendra vite fin, à cause de son évolution insolente vers la centralisation de l'argent et du pouvoir ; alors c'en sera fini de l'autodiscipline et de la douceur de vivre. N'est-ce pas une sorte de fascisme discret qui nous attend, avec parure biologique, restriction totale des libertés et relatif bien-être matériel ?..."

 

Imre Kertész, extrait de "Sauvegarde, journal 2001-2003", Actes Sud, 2012

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak : 

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23 avril 2021 5 23 /04 /avril /2021 17:08
soldats soviétiques à Budapest, 1945

Deux jours au cours desquels je n'arrive pas à me concentrer sur mes lectures. La machine ne fonctionne pas, la tension ambiante évoque une catastrophe universelle et, quelque part dans le cerveau, l'organisme ne peut percevoir ni les mots de Platon ni les informations des journaux. Durant ces deux jours je lis et je vis de l'Histoire : les Anglais débarquent en Sicile ( entre le 9 et 10 juillet 1943 ). Le sort de la région du monde à laquelle j'appartiens se décide ces jours-ci, et pour longtemps. Je lis et travaille, je respecte mon emploi du temps comme je peux, comme un fou qui poursuit ses obsessions au moment même où un tremblement de terre détruit tout autour de lui. Je crois que ce fou a raison, ce fou en moi et en chacun d'entre nous, d'accomplir parfaitement ses obligations et de s'en tenir à sa tâche. Tout ce qui concerne le sort de la Sicile, de l'Europe, l'attaque britannique, tout est éphémère. La pensée et le travail perdurent. J'éteins la radio qui annonce l'occupation de Syracuse par les Anglais et je reprends place à mon bureau pour lire Platon et travailler. Je ne ressens pas cela comme une échappatoire ni comme une posture artificielle. Ce qui serait artificiel de ma part serait de m'enthousiasmer à la pensée que telle ou telle armée occupe la Sicile ou Trifouillis-les-Oies. C'est l'affaire du monde. Mon affaire à moi, c'est d'assembler des idées subjectives à l'aide de postulats, même si ou peut-être justement parce que le monde s'écroule."

 

Sándor Márai, extrait de "Journal Les années Hongroises 1943-1948, Albin Michel, 2019.

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak :

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14 avril 2021 3 14 /04 /avril /2021 17:06
Sándor Márai.

" 1946

Et si tu pleurais ? Pourquoi pas ? Devant qui dois-tu faire preuve de maintien , de prestance ou d'importance ? Personne. Et puis, qu'est-ce que tout cela signifie ? Tu vis au milieu des ruines de ce qui était hier encore des foyers avec des ambitions, des chimères, de l'orgueil et de la passion. Aujourd'hui, à leur place, il n'y a plus que saleté, charognes, déchets. Tu te promènes sur le Bastion où tu t'est promené tous les jours pendant vingt ans, parmi des tombes de soldats et des carcasses de maisons - et alors ? Que reste-t-il de ce en quoi tu as cru, de ce que tu as affirmé et espéré durant ces vingt années ? Que vaut tout comportement humain ? Les hommes ont-ils tiré quelque leçon de cette guerre ? Tout est encore gangrené et à vif et déjà on se prépare à la prochaine, en criant à pleins poumons, comme si rien ne s'était passé. On fabrique de nouvelles bombes qui ne se contenteront pas de raser une ville jusqu'à ses fondations mais la feront disparaître entièrement, à tel point qu'il n'y aura plus rien qu'un désert et un trou à la place de toute création humaine. Et, une fois cette bombe "produite" (quel terme terrible !), pourquoi ne pas la larguer ? Qui pourrait l'empêcher ? Voilà la prévision dûment renseignée que je lis dans un journal américain : 1) dans cinq ans, toute puissance dont c'est l'ambition - et laquelle ne l'aurait pas ? - possédera la force atomique, 2) dans quinze ans, l'Amérique possédera dix mille bombes atomiques, capables de détruire tout territoire connu de la planète et 3) d'ici treize à vingt ans, toute grande puissance aura à peu près le même nombre de bombes atomiques. Et ainsi de suite. Dans les esprits, une joie et un empressement de plus en plus sauvages : nous détruire tous et détruire tout ce qui restera encore. Alors pourquoi ne pleurerais-je pas ?..."

 

Sándor Márai : Extraits de "Journal Les années hongroises 1943-1948" Albin Michel, 2019.

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9 avril 2021 5 09 /04 /avril /2021 17:12
Exposition Esnes-en-Argonne (Meuse) 2015, Maurice Genevoix Date	7 août 2015

Le 21 septembre 1914, Genevoix est envoyé sur le front de la Meuse, au nord de Verdun, à deux pas du bois de Saint-Rémy, où, le lendemain, Alain Fournier disparaît au combat. Barbusse, lui, est dirigé sur Soissons, puis en Artois et en Champagne. Les deux hommes partent armés de carnets, bien décidés à puiser dans la guerre matière à littérature. La fatigue et la lassitude leur font cependant perdre la régularité sinon l'envie d'écrire... Pour l'un comme pour l'autre, la guerre tourne court : Genevoix est blessé sur le front des Éparges, le 25 avril 1915, avec  deux balles dans le bras gauche, et une à l'épaule...Quant à Barbusse, il repousse à quatre reprises la proposition de passer caporal - par hostilité aux grades - et refuse son transfert dans la territoriale, qui regroupe les soldats les plus âgés. Il doit écrire à l'état-major pour obtenir de rester soldat parmi les troupes du front. Titulaire de la croix de guerre, deux fois cité, il tombe malade en juin 1915. Bien que placé parmi les brancardiers, un poste moins exposé, il multiplie les séjours à l'hôpital jusqu'à sa réforme définitive le 1er juin 1917. À cette date, ce grand échalas efflanqué est devenu une célébrité, et Genevoix a été remarqué... Publiés en 1916, Sous Verdun de Genevoix et Le Feu de Barbusse bouleversent. Voilà pour la première fois des récits qui ne cachent ni la misère des poilus ni l'horreur de la guerre. L'héroïsme guerrier en prend un coup fatal... Sous Verdun, premier volume des souvenirs de guerre du Ligérien, est salué par la critique. " C'est du Maupassant de derrière les tranchées", s'enthousiasme le Journal des débats". On voit la guerre, dans son horreur et sa vérité, toute frémissante." On lui promet le prix Goncourt 1916, mais Le Feu, publié d'abord en feuilleton dans L'Oeuvre puis chez Flammarion, lui vole la vedette. Succès d'estime pour Genevoix, qui voit son premier ouvrage flirter avec les 10 000 exemplaires, mais succès stratosphérique pour Barbusse : en quelques mois, Le Feu dépasse 200 000 exemplaires, et atteint aujourd'hui le million. Lauréat du Goncourt 1916, ce n'est plus un livre, c'est un phénomène ! Les poilus écrivent à l'auteur pour le féliciter et le considèrent comme leur porte-parole.

   Pourtant, aujourd'hui, c'est Genevoix, et non pas Barbusse, qui entre au Panthéon comme le représentant

Carte postale éditée lors de la mort d'Henri Barbusse, en 1935, par le Comité mondial contre le fascisme et la guerre (le nom de ce comité est la seule mention figurant au verso). Aucun crédit photographique apparent.

des écrivains de 14-18. Quelle est donc la raison de ce retournement de fortune ? La polémique, tout d'abord. À la différence de Genevoix, qui entend rester neutre, Barbusse n'a jamais dissimulé ses convictions. Attaqué par la presse conservatrice  en 1917, il est accusé de pacifisme - et donc de démoraliser les poilus avec un récit terrifiant et faux. Barbusse se défend en rappelant qu'il n'a rapporté que le vrai, mais tout change dans l'après-guerre quand il embrasse le communisme. Dès lors, il endosse le titre d'écrivain révolutionnaire, donnant au Feu une coloration qu'il n'avait pas à l'origine. Cet intellectuel engagé n'est plus consensuel. En entrant en politique, il est sorti de la littérature..."

 

Jean-Yves Le Naour, extrait d'un article pour le magazine Historia, Novembre 2020, à propos de son livre" La gloire et l'oubli, M.Genevoix et H.Barbusse, témoins de la Grande Guerre" Éditions Michalon, 2020.

"Une matinée chez Barbusse. Il habitait un appartement dans un immeuble bourgeois de la fin du siècle dernier, près du Champ-de -Mars. Un homme grand et maigre, une sorte de Don-Quichotte, triste, sympathique et anodin. il envisageait d'écrire un livre sur Zola. longue conversation, sur la guerre et la paix. Conversation dont le seul sens et l'unique conclusion furent que, au moment de nous quitter, nous sûmes que nous n'avions rien, rigoureusement rien à nous dire.

   Il fait partie de ces hommes dont on apprécie toujours la compagnie parce qu'on sent à leurs paroles qu'ils ne savent pas mentir et sont incapables de dissimulation. Il fait partie de ces hommes que l'on quitte avec un soupir de soulagement, comme si on venait d'échapper au danger d'être taxé d'immoralité... "

 

Sándor Márai : extrait de "Journal, les années hongroises, 1943-1948." Éditions Albin Michel, 2019

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 18:20

_ " L'incroyable cecité de la conscience humaine me bouleversera toujours. Ils parlent de déjeuner et de sieste et ne voient pas que le canapé où ils s'allongent est leur cercueil.

 

_ " Ecrire la Vérité ou ma vérité ? Ma vérité. Et si ce n'est pas la Vérité ? Alors écrire l'erreur, mais la mienne. "

 

-  " En fin de compte, qu'est-ce que la liberté ? Diriger nos pas chancelants dans la nuit polaire vers une étoile que nous avons choisie tout en sachant pertinemment que nous ne l'atteindrons jamais. Mais pourquoi avons nous choisi une étoile ? Parce qu'il fait sombre, à l'évidence...

 

 -  Je sais ce qu'est la liberté : la liberté est ce qui n'existe pas. Soupir, idéé, absolu. Nous vivons dans le concret, nous aspirons à l'absolu et nous finissons dans le néant, parce que la mort est la rencontre terrifiante du concret et de l'absolu et qu'elle constitue pour le sujet  une union ironique. Et la plus grande ironie est que le sujet n'en fait même pas l'expérience, parce que la mort n'est pas une expérience. "

 

 

_" Où ai-je lu cette excellente histoire du lord et de son majordome ? On demande à un jeune lord qui vit retiré pourquoi il ne prend pas part à la vie. Il est bouleversé par la question : qu'est-ce que la vie ? Eh bien, la société, les courses, les amis, se marier, fonder une famille, lui dit-on. Ah bon, répond alors le lord, si c'est ça la vie, mon majordome s'en charge pour moi. "

 

 

_  " L'artiste doit entamer son oeuvre dans le même état d'esprit qu'un criminel qui commet son forfait " ( citation de Degas )

     " C'est la moitié de la question; l'autre, c'est que, de nos jours, les autorités traitent les bons artistes comme des criminels " Imre Kertész  1964

 

-" Je n'ai jamais pensé au fait que j'étais juif, sauf quand j'étais en danger. Et encore, ma judéité ne se manifestait pas dans ces cas là  comme quelque chose d'intérieur , mais toujours comme une négativité, une limitation, une détermination exterieure - de même qu'on se définit comme nourriture vivante face à un requin dans l'océan ou à un tigre dans la jungle. Mais on ne peut pas se contenter d'être la nourriture des autres. je n'ai jamais pensé à la religion : je ne la comprends tout simplement pas, qu'il s'agisse  par exemple de le religion juive ou du bouddhisme, de la religion des adorateurs du feu, des serviteurs de Kali ou encore de celle des mormons. Pourtant ma judéité m'a permis de vivre l'expérience universelle d'une existence humaine assujettie au totalitarisme. Donc si je suis juif, je dis que je suis négation, négation de tout orgueil humain, négation de toute sécurité, des nuits tranquilles, de la vie spirituelle paisible, du conformisme, du libre choix, de la fierté nationale - je suis la page noire du livre des triomphes qui ne laisse pas transparaître l'écriture, je suis une négation, non pas juive, mais une négation humaine universelle, un mané, theckel, pharès sur le mur de l'oppression totale "

 

 

 

Dieu : mais pour l'amour de Dieu ! Ce qui compte, ce n'est pas de savoir s'il existe ou non, c'est uniquement de savoir pourquoi nous croyons qu'il existe ou non. _ ( Sans doute tiré d'un livre de Mary Mc Carthy )

 

_  Tout ce que le public salue avec joie comme les signes distinctifs d'un écrivain - ses tournures, les méandres de sa pensée, ses épithètes caractéristiques, sa prégnance reconnaissable entre toutes, la musique incomparable de son texte, et donc tout ce qu'on appelle " son style " - est pour l'écrivain un joug amer, un boulet dont il veut se libérer et qui le tire d'autant plus vers le bas.

 

_   Se préparer. Pour qu'elle ne nous atteigne pas comme un accident, comme un malfrat qui nous assommerait au coin de la rue. Beethoven : " Malheur à celui qui ne sait pas mourir "

 

Imre Kertesz : extraits de son "Journal de galère" Actes Sud, octobre 2010

 

 

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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 19:27

" En fin de compte, qu'est-ce que la liberté ? Diriger nos pas chancelants dans la nuit polaire vers une étoile que nous avons choisie tout en sachant pertinemment que nous ne l'atteindrons jamais. Mais pourquoi avons nous choisi une étoile ? Parce qu'il fait sombre, à l'évidence...

 

   Je sais ce qu'est la liberté : la liberté est ce qui n'existe pas. Soupir, idéé, absolu. Nous vivons dans le concret, nous aspirons à l'absolu et nous finissons dans le néant, parce que la mort est la rencontre terrifiante du concret et de l'absolu et qu'elle constitue pour le sujet  une union ironique. Et la plus grande ironie est que le sujet n'en fait même pas l'expérience, parce que la mort n'est pas une expérience. "

 

 

Imre Kertész : " Journal de Galère, Actes Sud 2010

 

 

 

 

 

 

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  • : Le Lecturamak - 2021 Centenaire Georges Brassens
  • : "Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire c'est protester contre les insuffisances de la vie." Mario Vargas Llosa. Discours du Prix Nobel" Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
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