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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 18:12

" J'ai porté des bidons de résine synthétique

Un produit dangereux réputé asphyxiant

Qui sert à fabriquer des sols lisses et brillants

Dans les halls des cliniques, les salles de gymnastique

J'étais intérimaire, c'est-à-dire moins que rien

Celui que le patron peut toujours congédier

Sans que jamais ne bronche aucun des ouvriers

J'essuyais le mépris de ces frères humains


Au temps de ma jeunesse, j'étais un misérable

Me tuant à sécher le ventre des citernes

Avec de la sciure mélangée à du sable

Avant de tout repeindre d'une couleur si terne

Comme chauffeur-livreur, j'ai travaillé six mois

C'était une boucherie qui faisait abattoir

On entendait les bêtes, leurs cris et leur effroi

On sentait leurs carcasses pourrir au dépotoir


J'ai été couchettiste dans les wagons de nuit

Nous partions de Genève, nous allions jusqu'à Rome

Dans mon compartiment je caressais l'ennui

Pourtant j'étais parfois le plus heureux des hommes

Parmi les couchettistes nous étions quelques-uns

A louer une Vespa pour aller à la mer

Vers neuf heures du matin nous commencions à jeun

A boire de la bière et des liqueurs amères

Et puis nous repartions à la tombée du soir

Titubant jusqu'au train, au bras d'une Romaine

Elle nous offrait enfin un baiser sans histoire

Nous en gardions le goût au moins pour la semaine


De ces petits boulots, j'en ai fait des dizaines

Grouillot d'imprimerie, manœuvre de chantier

J'ai haï le travail et le monde ouvrier

Les ordres répétés, les hurlements obscènes

Et j'ai haï ma vie et tout ce temps perdu

Les journées fatigantes et les nuits provisoires

ces heures désolantes, ces gestes dérisoires

Tous ces mots étouffés et ces malentendus


Je me revois aussi dans le Quartier latin

Crevant de solitude et recherchant quelqu'un

Un regard, une voix, dans le petit matin

Des mots de rien, de peu, même des lieux communs

Je voulais qu'on me parle de la pluie, du beau temps

Et des banalités qu'on se dit au comptoir

Devant un verre de vin pour faire durer l'instant

Ou bien les yeux mouillés sur le bord du trottoir "


Frédéric Pajak : poème extrait du " Manifeste incertain T3 " Editions Noir Sur Blanc 2014

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publié par jmlire9258 - dans Poésie
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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 18:44
Alcools et confusion

" Il était une fois

Un homme qui commença

A boire à dix-huit ans.

Voilà son enterrement

A quatre vingt ans mourut

De ça bien entendu

Il était une fois

Un enfant qui mourut

A l'âge de un an

Voilà son enterrement

Bien sûr il n'a pas bu

Cet enfant qui mourut

Par là on voit très bien

Que l'alcool n'y est pour rien. "

Bertold Brecht : la petite chanson

A une époque où règne la confusion, où coule le sang

Où l'on ordonne le désordre,

Où l'arbitraire prend force de loi,

Où l'humanité se déshumanise...

Ne dites jamais " c'est naturel"

Afin que rien ne passe pour immuable.

Dans la règle trouvez l'abus

Et partout où l'abus s'est montré

Trouvez le remède !

 

Faites en sorte

Quand vous quitterez ce monde

de n'avoir pas seulement été bons

Mais de quitter un monde bon.

 

Bertold Brecht : " A une époque où règne la confusion"

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bertolt_Brecht

 

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 17:29
et l'infinie vanité de tout

Tu te reposeras pour toujours,

Mon cœur las. Est morte l'ultime illusion,

Qui me faisait croire immortel. Morte. Je sais bien,

Dans mes rêves les plus chers,

Que non seulement l'espoir mais aussi le désir s'est éteint.

Repose pour toujours. Tu as assez

Battu. Rien ne mérite

Tes fièvres, et d'aucun soupir n'est digne

La terre. Amertume et ennui,

La vie, jamais rien d'autre ; et fange est le monde.
Apaise-toi, maintenant. Désespère

Une dernière fois. A notre espèce le destin

N'a donné que de mourir. Méprise désormais

Et toi-même, et la nature et la brutale

Puissance qui, cachée, régit le malheur universel,

Et l'infinie vanité de tout.

Giacomo Leopardi : " A soi-même", Chants 1833

http://fr.wikipedia.org/wiki/Giacomo_Leopardi

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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 17:15

Le savoir nous rassure-t-il ou nous rend-il plus inquiet ?

 

Dans le savoir y-a-t-il de l'espoir ou du désespoir ?

 

Est-il un chemin de salut ou de perdition ?

 

Mais d'abord, sommes-nous devant une certitude ou un doute ? une vérité ou une supposition ? Et que le savoir soit ceci ou cela mène-t-il au salut ?

 

Puis... quel salut ?

 

Notre doute augmente avec notre savoir. Tout savoir est un doute.

 

Qui sait plus s'inquiète plus, désespère plus et se perd plus

 

Chaque nouveau savoir est un nouveau doute et un nouveau désespoir. Comme si l'optimisme et l'ignorance ne faisaient qu'un. Comme si l'ignorance était le salut !

 

Le savoir n'est pas la lumière qui éclaire le tunnel. Tout juste un rayon qui, à peine dissipe-t-il une obscurité, fait apparaître d'autres obscurités, d'autres inconnus. Ceux qui entrent dans le tunnel de leur savoir n'ont devant eux que l'obscurité et la mort dans l'obscurité.

 

L'ignorant n'entre pas dans les tunnels et n'a pas besoin d'une lumière. Son ignorance le sauve, et il meurt à l'entrée du tunnel, dans la lumière.

 

L'ignorance est-elle lumière et le savoir obscurité ? Est-ce à cause du savoir que les suicidés se suppriment, que les meurtriers tuent et que ceux qui n'osent pas se suicider ou tuer meurent dans le coin silencieux de leur solitude ?

 

Leur solitude où ils ont réservé un coin pour la parole et un autre pour l'adieu à la parole ?

 

 

Chaque savoir est ignorance. Chaque ignorance est certitude.

Chaque savoir est inquiétude. Chaque ignorance est tranquillité.

 

Ce qui annule leurs différences, ce qui les unit, c'est la mort.

 

Mais celui qui sait meurt dans l'inquiétude de son savoir.

 

Alors que l'ignorant meurt dans la tranquillité de l'ignorance.

 

 

 

Wadih Saadeh : extrait de " Le texte de l'absence et autres poèmes "

Actes Sud 2010

 

http://www.lelitteraire.com/article4084.html

 

 

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publié par jmlire9258 - dans Poésie
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