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30 septembre 2022 5 30 /09 /septembre /2022 23:59

Octobre aux pigeons bleus vient glacer sur nos lèvres

le jus, poisseux et fort, de nos midis mordus

Des houles de vent haut gonflent et puis soulèvent

la marée des prairies où les pommes ont plu.

 

Or, levant mes regards vers le nid de la lune

je vis sa feuille d'or rouler par le grand ciel

Telle une feuille d'arbre, insolente et mi-nue

Que pousseraient les vents sur la terre de sel.

 

Les brouillards, éveillés au bord des marécages

Et qui dansent, la nuit, emmêlés aux feuillages

Contemplaient le voyage et regardaient finir

L'arbre du jeune été parmi ses fruits jaunis. "

 

Luc Bérimont : extrait de "Le sang des hommes, poèmes, 1940-1983" Éditions Bruno Doucey, 2015.

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22 septembre 2022 4 22 /09 /septembre /2022 23:03
Photo L.V., automne 2018

Nous l'avions éventé fort avant dans la nuit

Quêtant au fond de l'air l'odeur des gibiers moites

La lune de l'été remontait les forêts

Elle se mettait nue pour que l'automne tarde.

 

Mais au matin voici qu'il pleut sur les vergers

Les poires et le vin passent la porte ouverte

Les fruits dorment, mouillés, dans les paniers d'osier

Les pommiers ont largué leurs poids de pommes vertes.

 

Automne, ah ! que n'as-tu un cœur tel à m'offrir

Pavoisé de hauts feux qui berceraient mes chambres

Et que n'ai-je des fruits, ou des mots, à mûrir

Salés un peu, et doux des fumées de septembre ? "

 

Luc Bérimont : extrait de "Le sang des hommes, poèmes, 1940-1983" Éditions Bruno Doucey, 2015

 

 

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15 septembre 2022 4 15 /09 /septembre /2022 23:35

ANNIVERSAIRE : LUC BÉRIMONT, né le 16 septembre 1915.

 

Rémouleur.

 

Septembre avait l'ardeur d'un chien roux dans les vignes

Une flamme tremblait au bord de la maison

Maintenant, c'est le vent qui dévale les combes

Les arbres calcinés qui rongent les gazons.

 

La pluie pieds nus, la pluie rôdeuse d'avant l'aube

marche sur les hangars et les troupeaux transis

la fenêtre capture un vol d'oiseaux sauvages

Qui rament des forêts de bronze dans l'air gris.

 

Il ne restera rien que le pain, que la neige

Que le rayon gelé dans le bas du coteau

le ciel des quatre vents vire comme un manège

Et l'hiver, sur les grès, aiguise les couteaux. "

 

Luc Bérimont : extrait de "Le sang des hommes, poèmes, 1940-1983" Éditions Bruno Doucey, 2015.

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30 juillet 2022 6 30 /07 /juillet /2022 11:08

 

 

« Mécontent de tous et mécontent de moi-même, je voudrais bien me racheter et m’enorgueillir un peu dans le silence et la solitude de la nuit. Âmes de ceux que j’ai aimés, âmes de  ceux que j’ai chantés, fortifiez-moi, soutenez-moi, éloignez de moi le mensonge et les vapeurs corruptrices du monde ; et vous, Seigneur mon Dieu ! accordez-moi la grâce de produire quelques beaux vers qui me prouvent à moi-même que je ne suis pas le dernier des hommes, que je ne suis pas inférieur à ceux que je méprise."

 

Baudelaire : extrait de "À une heure du matin", poème en rose repris dans " Le spleen de Paris". 

Cité par Rainer-Maria Rilke dans " Les carnets de Malte Laurids Brigge

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8 juillet 2022 5 08 /07 /juillet /2022 14:25

Sûrement les poissons n'ont pas découvert l'eau

ni les oiseaux l'air. Les hommes ont en partie bâti

des maisons parce que les étoiles les gênaient

et inculqué des âneries à leurs enfants

Parce qu'ils avaient massacré le dieu en eux.

Le politicien debout sur les marches de l'église

adore la grandeur de cette stupidité,

ampoule grillée qui jamais n'imagina le soleil."

 

Jim Harrison : extrait du recueil de poèmes "Une heure de jour en moins", 1965-2010, Éditions Flammarion 2012 pour la traduction française.

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12 juin 2022 7 12 /06 /juin /2022 23:16

 

 

L'orage après-demain. ( Fernando Pessoa )

Premier présage de l'orage d'après-demain.

Les premiers nuages blancs et bas menacent dans le ciel blafard.

De l'orage d'après-demain ?

J'en suis certain, mais la certitude, est mensonge.

Etre certain c'est ne pas voir.

Il n'y a pas d'après-demain.

Ce qu'il y a, c'est : 

Un ciel bleu un peu terne, des nuages blancs à l'horizon,

Et une touche de sale en bas qui virerait au noir plus tard.

Voici ce qu'il y a aujourd'hui

Et comme aujourd'hui pour l'instant c'est tout,

Qui sait si je serai mort après-demain ?

Si je suis mort après-demain, l'orage d'après-demain

Sera un autre orage que ce qu'il serait si je n'étais pas mort.

Je sais bien que l'orage ne me tombe pas des yeux,

Mais si je ne suis plus de ce monde, le monde sera différent - 

Puisque je n'en serai plus -

Et l'orage tombera sur un monde différent et ce ne sera pas le même orage.

Quoi qu'il en soit, que tombe ce qui doit tomber quand ça tombera.

 

10 juillet 1930.

 

Fernando Pessoa, " Poèmes jamais assemblés", Éditions Unes, 2020.

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak : 

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28 décembre 2021 2 28 /12 /décembre /2021 23:19

 

Sûrement les poissons n'ont pas découvert l'eau

ni les oiseaux l'air. Les hommes ont en partie bâti

des maisons parce que les étoiles les gênaient

et inculqué des âneries à leurs enfants

Parce qu'ils avaient massacré le dieu en eux.

Le politicien debout sur les marches de l'église

adore la grandeur de cette stupidité,

ampoule grillée qui jamais n'imagina le soleil.

 

 

Jim Harrison : extrait du recueil de poèmes "Une heure de jour en moins", 1965-2010, Éditions Flammarion 2012 pour la traduction française.

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak :

 

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7 décembre 2021 2 07 /12 /décembre /2021 18:28

 

 

En suivant vers l'est le jour de l'anniversaire du Bouddha,

   le 9 avril 1978, je passe devant mon lieu de naissance

   à Grayling, Michigan, fais 500 km plein sud jusqu'à

   Toledo, puis repars sans raison vers l'est à New York -

   la cloche de mon cœur sonne le glas depuis des mois

   en attendant que je veuille reprendre ma vie en main ;

   trois corneilles de chez moi ont suivi ma voiture

   jusqu'à la rivière Delaware où

   elles ont fait demi-tour : l'une s'est dressée, toute noire 

   et majestueuse sur un faisan récemment tué

   par une voiture : tout ce temps

   compter en silence, compter les corneilles,

   les ingrédients du jour

   inchangés, hormis de rares coups

   de chance

   de malchance

   de hasard aveugle

   tout cela gravé dans le marbre par l'habitude,

   figé tandis que le jour s'écroule seconde après seconde : 

   sur la voie un train ne peut pas

   prendre un virage à angle droit, telle n'est pas

   la nature des trains,

   mais nous croyons qu'un homme peut plonger

   dans un étang, le traverser à la nage et grimper

   dans un arbre, même si peu d'entre nous le font."

 

Jim Harrison : " Suiveurs", poème faisant partie du recueil " Une heure de jour en moins", Flammarion, 2012.

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak : 

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26 mars 2021 5 26 /03 /mars /2021 00:14

 

Au chargement

Les camions sur les quais partiront pour Rungis

L'Italie Guingamp la Grèce

ou ailleurs

 

On m'avait pourtant bien prévenu

" Tu verras

Le chargement

C'est physique "

Haussement d'épaules

Pousser des carcasses

Ici ou ailleurs

 

Au chargement on est cinq

Plus un chef

Quant au physique

Il faut passer des rails de l'usine à ceux des camions

Les aiguillages sont foireux

Mal accommodés

Les crochets sur lesquels pendent les bêtes sont souvent à changer

Les camions pas à niveau

C'est-à dire que souvent

Les rails sont en montée

Et qu'il faut pousser

Les carcasses sur des rails qui montent tels des Golgotha de calvaires

 

Un camion

C'est une bonne heure de taf au moins

Le rythme est effarant

Ça crie ça hurle dans tous les sens pour être sûr que l'injonction soit bien entendue par le collègue

Par trois fois à chaque fois

Malgré le barouf de l'usine

"Charge charge charge

Pousse pousse pousse "

On oublie parfois un aiguillage

" Rail rail rail

Putain de bordel

Rail rail rail "

Trop tard 

Une carcasse de cochon ou de vache est tombée

On s'y met à cinq

Remettons la bête au crochet

On sue et on se tait

 

Deux cent cinquante cochons par camion

Chacun charge à son tour trois bêtes

Soit six crochets de demi-cochons suspendus

Arrange l'aiguillage

Et il faut pousser

Il faut bien tasser dans ce camion

Les bœufs ou les cochons

On sue encore à trouver un interstice de place

À pousser comme des damnés

Où pourront se nicher les dernières bêtes

Les camions dégueulent

Nous presque..."

 

Joseph Ponthus, extrait de " À la ligne, feuillets d'usine " Éditions de La Table Ronde, 2019.

 

 

 

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24 mars 2021 3 24 /03 /mars /2021 18:27

 

Entre quelques tonnes de sabres de grenadiers et de lieus

Aujourd'hui j'ai dépoté trois cent cinquante kilos de chimères

J'ignorais jusqu'à ce matin qu'un poisson d'un tel nom existât

 

Mes chimères sont arrivées après la pause

Drôle de poisson avec deux belles nageoires en bas du ventre pouvant ressembler à des ailes

Peut-être que leur nom vient de là

Ou non

 

Ça a suffi à mon bonheur de la matinée

Me dire que j'avais dépoté des chimères

 

Ce 31 après-midi je passe à l'agence d'intérim

récupérer mon acompte vu que nous sommes

réglementairement payés le 11 du mois suivant

L'acompte s'élève au maximum à soixante-quinze pour cent du temps travaillé

Les ressources humaines de l'usine n'ont pas encore validé mes horaires de ma dernière semaine de travail

Soit payé cinquante pour cent de ce que j'escompte

 

Une chimère de plus...

 

 

Ça a débuté comme ça

Moi j'avais rien demandé mais

Quand un chef à ma prise de poste me demande si j'avais déjà égoutté du tofu

Quand je vois le nombre de palettes et de palettes et de palettes que je vais avoir à égoutter seul et que je sais par avance que ce chantier m' occupera toute la nuit

 

Égoutter du tofu

 

Je me répète les mots sans trop y croire

Je vais égoutter du tofu cette nuit

Toute la nuit je serai un égoutteur de tofu

 

Je me dis que je vais vivre une expérience parallèle

Dans ce monde parallèle qu'est l'usine...

 

Je pense que le tofu c'est dégueulasse et que s'il n'y avait pas de végétariens je ne me collerais pas ce chantier de fou de tofu...

 

Les gestes commencent à devenir machinaux

Cutter

Ouvrir le carton de vingt kilos de tofu

Mettre le sachet de trois kilos environ chaque sur ma table de travail

Cutter

Ouvrir les sachets

Mettre le tofu à la verticale sur un genre de 

passoire horizontale en inox d'où tombe le liquide saumâtre

laisser le tofu s'égoutter un certain temps

 

Un certain temps

Comme aurait dit Fernand Raynaud pour son fût du canon

Qui se souvient encore de Fernand Raynaud et de ses sketches qui semblent aujourd'hui si datés...

 

J'égoutte du tofu

Une fois le tofu égoutté

Je le mets dans une cuve filme la cuve la place dans un coin de l'atelier en attendant qu'elle serve à je ne sais quel plat cuisiné

Ce n'est plus mon chantier

 

De temps en temps

Les grands sacs où j'entrepose mes déchets cartons et sachets plastique

Je les emporte aux poubelles extérieures avec un transpalettes

C'est bien ça

Aller aux poubelles

Ça change un peu

 

Il y a peu

Dans mon ancienne usine

J'étais dépoteur de chimères

Ça claquait plus quand même...

 

Joseph Ponthus : extraits de "À la ligne, Feuillets d'usine", Éditions de La Table Ronde, 2019.

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  • : Le Lecturamak
  • : "Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire c'est protester contre les insuffisances de la vie." Mario Vargas Llosa. Discours du Prix Nobel" Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
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