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22 janvier 2022 6 22 /01 /janvier /2022 17:28

 

J’ai consacré ma maîtrise d’histoire au mariage et à la sexualité des clercs à l’époque mérovingienne. Au fur et à mesure que je descendais dans les tréfonds du droit canon du VIe siècle, je perdais pied avec la réalité, qui était à ce moment-là, en 2006, la mobilisation contre le contrat première embauche (CPE). Chaque jour je faisais une pause pour regarder la retransmission télévisée des séances à l’Assemblée nationale, et je me suis pris de passion pour les débats parlementaires – sujet auquel je consacrerais ma thèse. C’est ma fascination pour les débats qui m’a fait passer du Moyen Âge à la politique : j’ai un intérêt très ancien pour les mots, et lorsque je suis tombé sur L’Art d’avoir toujours raison, de Schopenhauer, j’ai eu l’impression d’avoir trouvé un trésor et de développer un pouvoir magique...

 

Le discours occupe une place centrale en permettant à chacun de se forger une opinion pour choisir ses représentants. C’est grâce au discours des candidats que l’on choisit l’orientation qui nous convient. Avec la multiplication des canaux de diffusion, le discours politique occupe plus d’espace qu’auparavant. D’où le retour en grâce des meetings, autrefois ringards, désormais diffusés en direct sur les chaînes d’info et les réseaux sociaux. Nous sommes donc davantage qu’hier exposés à ces discours. Le problème, c’est que le processus de démocratie représentative ne fonctionne que si ces discours sont honnêtes et que les candidats pensent ce qu’ils disent et disent ce qu’ils pensent. Or, on voit bien que ce n’est pas le cas. Le discours est moins un vecteur de débat éclairé qu’un instrument d’obtention du pouvoir. La conséquence, c’est un débat public tout sauf transparent...

Nous ne sommes pas égaux face aux discours, ni en tant que récepteurs, ni en tant qu’émetteurs. Pour avoir la parole, il faut bénéficier d’un accès aux canaux de diffusion. Le philosophe Bernard Manin remarque que notre régime politique est certes formé d’une composante démocratique, qui assure l’égalité dans la désignation des élus, mais aussi d’une composante aristocratique qui ne donne pas à tous les mêmes chances d’être élus selon notre origine, notre capital social ou économique. Et lorsque nous entendons ces discours, nous ne sommes pas non plus à armes égales face à des hommes politiques entourés de communicants qui sortent de grandes écoles et dont la production de discours est le métier. Il est par conséquent nécessaire de protéger son esprit face à cette arme que certains manient trop bien...

J’essaie de donner des clés à chacun pour décrypter ces discours et parvenir à se forger une opinion. Je propose que la rhétorique soit enseignée durant l’année de première, au lycée. C’est un projet politique : une société dans laquelle les individus sont plus éclairés et plus exigeants est une société où ils seront plus en mesure d’exercer leur citoyenneté. Une démocratie, c’est un régime où le pouvoir rhétorique est partagé..

 

 La rhétorique, c’est l’art de convaincre. Elle n’a pas besoin d’oralité : un tract politique, une lettre de motivation ou d’amour sont des actes rhétoriques. L’éloquence, c’est l’art de bien parler, de capter l’attention de son auditoire. Une partie des concours d’éloquence se préoccupent peu des arguments et se bornent à valoriser la figure du beau parleur. C’est aussi le cas du grand oral du bac, qui évalue moins l’art de convaincre que la capacité de bien présenter ses connaissances. Cela s’explique par le fait que l’éloquence est une compétence immédiatement valorisée dans le monde professionnel. Je regrette que l’école s’attache plus à ce que les élèves sachent animer des réunions qu’à ce qu’ils soient des citoyens critiques.

Les grandes fictions fondatrices de notre démocratie représentative se craquellent et les citoyens commencent à voir derrière le décor. La première fiction, c’est de faire comme si la volonté de la majorité était la volonté de tous. Lorsqu’un président est élu, il y a souvent en réalité une majorité de gens qui n’ont pas voté pour lui, soit en votant pour quelqu’un d’autre, soit en s’abstenant. La deuxième, c’est de faire comme si le consentement donné à un homme ou à une femme valait consentement à tout son programme. Beaucoup de gens votent en fait par dépit ou par défaut. La troisième, c’est de faire comme si le consentement à cet homme ou cette femme valait consentement à toutes ses décisions pendant cinq ans, qu’elles soient ou non dans son programme. Ces fictions ont longtemps tenu mais depuis le non au référendum sur la Constitution européenne en 2005, qui a pourtant abouti au traité de Lisbonne en 2007, les citoyens ont commencé à comprendre que la démocratie ne réalisait pas pleinement l’idéal d’un gouvernement par le bas. Sans parler du creusement des inégalités, malgré l’accroissement des richesses… Est née une prise de conscience des promesses non tenues de la démocratie représentative. Les Gilets jaunes ont contesté qu’il s’agisse d’un régime « pour le peuple, par le peuple », et aspiré à plus de délibération et de participation..."

 

Clément Viktorovitch : extrait d'entretien pour le magazine Télérama n°3757, du 12/01/2022

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20 décembre 2021 1 20 /12 /décembre /2021 17:47
Toni Morrison, Town Hall, New York 26 février 2008 par Angela Radulescu, Flickr.com.
Toni Morrison, Town Hall, New York 26.02. 2008 par Angela Radulescu

 

" Imaginez, visualisez comment ce serait de savoir que votre confort, vos amusements et votre sécurité ne reposent pas sur la privation d'autrui. c'est possible. mais pas si nous sommes attachés à des paradigmes dépassés, à une réflexion moribonde qui n'a pas été précédée ni parsemée de rêve. C'est possible, et c'est à présent indispensable. indispensable, car si vous ne nourrissez pas les affamés, ils vous mangeront, et leur façon de manger est aussi variée qu'elle est féroce. Ils mangeront vos maisons, vos quartiers, vos villes ; ils dormiront dans vos vestibules, vos allées, vos jardins, à vos carrefours. Ils mangeront vos revenus, parce qu'il n'y aura jamais assez de prisons, ni de halls, ni d'hôpitaux, ni de foyers temporaires pour les loger. Et dans leur quête de votre genre de bonheur, ils mangeront vos enfants, les rendront abrutis, terrifiés et désireux à tout prix d'avoir la vie endormie que peuvent offrir les stupéfiants. Peut-être avons-nous déjà abandonné l'intelligence créatrice de deux tiers d'une nouvelle génération à ce sommeil violent et empoisonné : torpeur si brutale qu'ils ne peuvent s'en éveiller de peur de s'en souvenir ; sommeil d'une insouciance si hébétée qu'il transforme notre état de veille en effroi.

   Il est possible de vivre sans défendre la propriété ni la céder, mais nous ne vivrons jamais de la sorte, à moins que notre réflexion ne soit criblée de rêves. Et c'est à présent indispensable, car si vous n'éduquez pas ceux qui n'ont pas d'instruction en leur transmettant le meilleur de ce que vous avez, si vous ne leur offrez pas l'aide, la courtoisie et le respect que vous avez acquis en vous instruisant, ils s'éduqueront eux-mêmes, et les choses qu'ils enseigneront ou celles qu'ils apprendront ébranleront tout ce que vous savez. Par "éducation", je n'entends pas entraver l'esprit, mais le libérer ; par "éducation", je n'entends pas transmettre des monologues, mais s'engager dans des dialogues. Écouter, supposer parfois que j'ai une Histoire, une langue, une opinion, une idée, une spécificité. Supposer que ce que je sais peut être utile, peut mettre en valeur ce que vous savez, l'enrichir ou le compléter. Ma mémoire est aussi nécessaire à la vôtre que votre mémoire l'est à la mienne. Avant de chercher un "passé utilisable", nous devrions tout savoir du passé. Avant de commencer à "réclamer un héritage", nous devrions savoir exactement ce qu'il est : dans sa totalité et d'où il vient. En matière d'éducation, il n'y a pas de minorités : seulement une réflexion mineure. Car si l'éducation exige des cours mais non du sens, si elle ne doit s'occuper de rien d'autre que de carrières, si elle ne doit s'occuper de rien d'autre que de définir et de ménager la beauté, ou d'isoler des biens en s'assurant que l'enrichissement est le privilège de l'élite, elle peut s'arrêter à la fin du cours élémentaire ou au VIe  siècle, où on l'avait maîtrisée. Le reste n'est que consolidation. La fonction de l'éducation au XXsiècle doit consister à produire des êtres humains empreints d'humanité. À refuser de continuer à produire génération sur génération d'individus formés à prendre des décisions commodes plutôt qu'humaines...

   Eh bien, à présent, vous pouvez vous demander : Qu'est-ce que tout cela ? Je ne veux pas sauver le monde ? Et ma vie ? Je n'ai pas demandé à venir. Je n'ai pas demandé à naître. Ah bon ? Moi, je vous dis que si. Non seulement vous avez demandé à naître, mais vous avez insisté pour avoir votre vie. Voilà pourquoi vous êtes ici. pas d'autre raison. Il était trop facile de ne pas être. Maintenant que vous êtes ici, vous devez faire quelque chose que vous respectez, n'est-ce pas ? ce ne sont pas vos parents qui vous ont rêvés : c'est vous. Je ne fais que vous inciter à poursuivre le rêve que vous avez commencé. Car rêver n'est pas irresponsable : c'est une activité humaine de premier ordre. Ce n'est pas du divertissement : c'est du travail. Quant Martin Luther King a dit : "Je fais un rêve", il ne jouait pas, il était sérieux. Quand il l'a imaginé, visualisé, crée dans son propre récit, ce rêve a commencé à exister, et nous aussi devons faire ce rêve, afin de lui donner du poids, l'étendue et la longévité qu'il mérite. Ne laissez personne, personne, vous persuader que le monde est ainsi fait et que, par conséquent, c'est ainsi qu'il doit être. Il doit être tel qu'il devrait être. Le plein emploi est possible. Postuler une force de travail de vingt à trente pour cent de la population à venir représente une profonde avarice, et non une mesure économique équitable.

   Toutes les écoles publiques peuvent être des environnements d'apprentissage sûrs, favorables et accueillants. Personne, ni les enseignants, ni les élèves, ne préfère la bêtise et, dans certains endroits, de tels environnements ont déjà été construits.

   Les envies de suicide peuvent être éradiquées. Aucun drogué ni aucun candidat au suicide ne veut en être un.

   Ennemis, races et nations peuvent vivre ensemble. Même moi, au cours des quarante dernières années, j'ai vu des ennemis nationaux fâchés à mort devenir des amis chaleureux qui se soutenaient mutuellement, et quatre amis nationaux devenir de ennemis. Il ne faut pas quarante ans pour être témoin de cela. Toute personne de plus de huit ans a été témoin de la nature pratique, commerciale, presque capricieuse des amitiés nationales. J'ai vu affecter des ressources à la cause des personnes privées de leurs droits, des discrédités et des malchanceux, et avant que nous n'ayons pu récolter les fruits de ces ressources, avant que la législation mise en place n'ait pu faire son oeuvre ( vingt ans ? ), on l'a démantelée. C'est comme suspendre l'Union en 1796 parce qu'il y avait des problèmes. Construire un pont jusqu'à la moitié et dire qu'on ne peut pas aller d'ici à là-bas.

   Cet engagement résolu doit être rêvé à nouveau, repensé, réactivé, par vous et par moi. Autrement, à mesure que le racisme et le nationalisme se consolideront, que les côtes et les villages deviendront et demeureront les sources des troubles et des conflits, que les aigles et les colombes planeront au-dessus des sources de richesses premières qu'il reste sur cette terre, que les armes à feu, l'or et la cocaïne détrôneront les céréales, la technologie et la médecine pour s'assurer la première place dans les échanges mondiaux, nous finirons avec un monde qui ne sera pas digne qu'on le partage ni qu'on en rêve...

   Vous allez occuper des positions importantes. Des positions dans lesquelles vous pourrez décider de la nature et de la qualité de la vie d'autrui. Vos erreurs peuvent être irrémédiables. Aussi, quand vous entrerez dans ces lieux de confiance, de pouvoir, rêvez un peu avant de réfléchir, afin que vos pensées, vos solutions, vos directions et vos choix concernant qui vit et qui ne vit pas, qui prospère et qui ne prospère pas, soient dignes de cette vie sacrée que vous avez choisi de vivre. Vous n'êtes pas sans recours. Vous n'êtes pas sans cœur. Et vous avez du temps."

 

Toni Morrison : extrait du discours de cérémonie de remise de diplômes à l'Université Sarah Lawrence, le 27 mai 1988; Tiré de l'ouvrage : "La source de l'amour propre" Éditions Christian Bourgois, 2019.

   

 

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16 décembre 2021 4 16 /12 /décembre /2021 18:09
Toni Morrison, 1998, **

 

" Les forces intéressées par les solutions fascistes aux problèmes nationaux ne se trouvent pas dans un parti politique ou un autre, ni dans une aile d'un seul parti politique ou une autre. Les démocrates n'ont pas une histoire d'égalitarisme sans tâche. Les libéraux ne sont pas non plus exempts de programmes de domination. les républicains ont compté dans leurs rangs tant des abolitionnistes que des défenseurs de la suprématie blanche. Conservateurs, modérés, libéraux ; gauche, droite, gauche dure, extrême droite ; religieux, laïcs, socialistes : nous ne devons pas nous laisser piéger par ces étiquettes du genre " Pepsi-Cola" ou "Coca-Cola", car le génie du fascisme, c'est que toute structure politique peut en héberger le virus et que quasiment tout pays développé peut en devenir un foyer convenable. Le fascisme parle la langue de l'idéologie, mais il n'est en vérité que marketing : marketing visant à s' assurer le pouvoir.

   On le reconnaît à son besoin de purger, aux stratégies qu'il utilise pour ce faire et à sa terreur des programmes vraiment démocratiques. On le reconnaît à sa détermination à convertir tous les services publics en missions d'entreprises privées, toutes les associations  à but non lucratif en association réalisant des bénéfices, de sorte que le gouffre étroit, mais confortable, séparant le gouvernement et les affaires disparaît. Il transforme les citoyens en contribuables, de sorte que les individus se fâchent ne serait-ce qu'à l'idée de bien public. Il transforme les voisins en consommateurs, de sorte que la mesure de notre valeur en tant qu'êtres humains n'est plus notre humanité, notre compassion ni notre générosité, mais ce que nous possédons. Il transforme le rôle de parent en motif de panique, de sorte que nous votons contre les intérêts de nos propres enfants : contre leur système de santé, leurs études, leur protection face aux armes. Et, en effectuant ces transformations, il engendre le parfait capitaliste, individu prêt à tuer un être humain pour obtenir un produit ( une paire de baskets, un blouson, une voiture ) ou à tuer plusieurs générations pour s'assurer le contrôle de divers produits ( pétrole, médicaments, fruits, or).

   Quand nos peurs auront toutes été adaptées en feuilletons ; notre créativité, censurée ; nos idées, "mises sur le marché" ; nos droits, vendus ; notre intelligence, transformée en slogans ; notre force, diminuée ; notre intimité, vendue aux enchères ; quand la théâtralité, la valeur de divertissement et la commercialisation de la vie seront complètes, nous nous retrouverons à vivre non dans une nation, mais dans un consortium d'industries, entièrement inintelligibles à nous-mêmes, exception faite de ce que nous verrons vaguement derrière un écran."

 

Toni Morrison : extrait de "Racisme et fascisme" 1995, chronique faisant partie de l'ouvrage " La source de l'amour-propre", Christion Bourgois éditeur, 2019, pour la traduction française.

 

** Photo : John Mathew Smith ( Celebrite-photos.com ) 

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12 août 2021 4 12 /08 /août /2021 21:58

 

G. Bernanos vers 1940.

"  "Nous savons parfaitement que dans une société dominée par l'argent, la liberté n'est qu'un leurre." (disait Bernanos). Pour lui, la démocratie est, ne peut qu'être en péril. À force de "bricolage", elle a perdu sa substance, ce que chacun peut voir : " Si vous vouliez rafistoler indéfiniment votre Démocratie Moderne, il fallait rafistoler en douce". D'où le plus grand péril, "l’anéantissement universel, non seulement des libertés, mais de l'Esprit de Liberté", avec "des démocraties sans démocrates, des régimes libres sans hommes libres", ce sous les auspices de la technique qui " décuplera, centuplera les moyens de défense et de répression". On est, ici, tout près d'Orwell, et peut-être, hélas, déjà chez nous. La solution à cette détresse, prévisible car désormais " l'Ennemi du monde a franchi les lignes", sera pour Bernanos, avant l'affaire des peuples, d'abord le fait d'individus. Elle réclame le héros, le saint, et surtout l'homme d'honneur et même de " l'honneur de l'Honneur " : " Vous demandez à le liberté de grands biens ; je n'attends d'elle que l'honneur". On se doute que le nombre de ces oiseaux rares, aujourd'hui comme en 1943, leur permet aisément de se compter. "

 

Jérôme Delclos, extrait de sa critique du livre de Georges Bernanos " Où allons-nous !", dans le magazine Le Matricule des Anges n°223, Mai 2021.

Sur Bernanos, dans Le Lecturamak :

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14 octobre 2020 3 14 /10 /octobre /2020 17:32
 Svetlana Alexandrovna Aleksievitch, un écrivain et une journaliste russophone biélorusse; lauréats du Prix Nobel de littérature, 2015
Svetlana Aleksievitch, photo Elke Wetzig

Je ne voulais pas être un garçon. je ne voulais pas être soldat, la guerre ne m'intéressait pas. Papa m'avait dit : " Il faut que tu deviennes un homme, à la fin! Sinon, les filles vont croire que tu es impuissant. L'armée, c'est l'école de la vie." Il faut apprendre à tuer... dans mon esprit, voilà à quoi ça ressemblait : des roulements de tambour, des rangées de soldats, des armes parfaitement conçues pour tuer, le sifflement des balles en plomb... et des crânes fracassés, des yeux arrachés, des membres déchiquetés... Les cris et les gémissements des blessés. Et les hurlements des vainqueurs, de ceux qui savent mieux tuer... Tuer, toujours tuer ! Avec une flèche, avec une balle, avec un obus ou une bombe atomique, peu importe, mais tuer... tuer d'autres êtres humains. Je ne voulais pas ! Et je savais qu'à l'armée, d'autres hommes allaient faire de moi un homme. Ou bien on me tuerait, ou bien c'est moi qui tuerais...

  Il y a des gens qui ne peuvent pas devenir de la viande humaine, et d'autres qui ne savent être que ça. Des crêpes humaines. J'ai compris que je devais mobiliser toute ma rage pour survivre. Je me suis inscrit dans la section sportive - le hatha-yoga, le karaté. J'ai appris à frapper au visage, à l'entrejambe. À briser une colonne vertébrale... Je frottais une allumette, je la posais sur ma paume et je la laissais brûler jusqu'au bout. Je ne tenais pas le coup, bien sûr... J'en pleurais... (Une pause). Je vais vous raconter une histoire drôle, tiens. C'est un dragon qui se promène dans une forêt. Il rencontre un ours. "Eh, l'ours, dit le dragon, viens chez moi vers huit heures, c'est l’heure de mon dîner. Je te mangerai."  Il continue son chemin, et il rencontre un renard. " Eh, le renard, je prends mon petit-déjeuner à sept heures. Viens, je te mangerai." Il poursuit son chemin. Un lièvre passe en sautillant. " Stop, le lièvre ! dit le dragon. Demain, je déjeune à deux heures. Viens chez moi, je te mangerai. - J'ai une question ! dit le lièvre en levant la patte.  - Vas-y ! - Est-ce qu'on peut ne pas venir ? - Bien sûr. Je te raye de ma liste."  Ils sont rares ceux qui sont capables de poser une telle question... Nom de Dieu ! "

 

Svetlana Alexievitch : extrait de " La fin de l'homme rouge..." Actes Sud, 2013

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak :

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7 septembre 2019 6 07 /09 /septembre /2019 09:45
Raoul Peck lors de la séance photo avec le jeune Karl Marx à la Berlinale 2017
Raoul Peck, 2017

Marx .

Les partis communistes à l'Ouest et les prétendus pays communistes de l'Est font tout sauf s'inspirer de Marx. Ce qui me séduit dans le travail de Marx et d'Engels, c'est cette capacité qu'ils ont de toujours se remettre en question et de ne pas prétendre avoir la vérité une bonne fois pour toutes. J'ai tenté toute ma vie de remettre en question les choses, tout en ayant une lecture structurelle du monde. Si on ne comprend pas dans quel monde on vit, il est difficile de porter un regard critique et de trouver des solutions à certains problèmes. Pour moi, Marx est la base car il a analysé la société capitaliste dans laquelle on est : une économie basée sur le profit et sur ce qu'on appelle pudiquement le "marché". Tout est soumis à cette vision du profit, jusqu'à l'absurde. On est capable de casser une communauté en fermant une usine, sous prétexte qu'en délocalisant 100 kilomètres plus loin, à l'étranger, on peut gagner 1,5 point à la Bourse. C'est cette espèce de machine aveugle que Marx décortique. Cette tendance maladive à accumuler de l'argent. En 2017, 82% des richesses produites sur la planète ont bénéficié aux 1% les plus riches : ça dépasse l'entendement...

Quand je parle d'approche marxienne, je ne colle pas une théorie à ce que je fais. Au contraire, et cela m'a peut-être sauvé de tout dogmatisme, j'ai voulu assimiler ces connaissances et les restituer de manière naturelle dans ce que je fais... J'ai la chance d'avoir été éduqué et formé dans un contexte occidental. Mais pendant que je vivais ces combats dans la réalité allemande, je les suivais aussi dans la réalité du tiers-monde, en Haïti ou ailleurs. Je n'ai jamais privilégié l'un aux dépens de l'autre. J'ai constamment vécu dans ces deux pays, je me suis aperçu au fur et à mesure des années que mes compagnons européens, eux, se recroquevillaient sur leur réalité nationale, et que cette espèce de solidarité avec le tiers-monde était en train de s'effacer... Cela a pris de formes diverses, par exemple beaucoup d'anciens militants de gauche sont entrés dans les partis écologistes, d'autres sont allés à la social-démocratie ou au Parti socialiste. Et cela correspond en France à la droitisation de ce parti qui a ouvert toutes les vannes pour laisser entrer le capital et l'embourgeoisement qui va avec. C'est un changement qui s'est effectué sur une trentaine d'années. À partir des années 1970, avec la grande crise pétrolière, la montée du chômage, on a vu triompher ce qu'on a appelé la "rationalisation" des appareils et dispositifs industriels et économiques. Partout, pas seulement dans les industries, mais aussi dans les institutions d'État, dans les universités, on coupe les budgets, et tout le monde se retrouve fragilisé. En même temps, ça correspond à une époque où on a de moins en moins honte de l'argent. On l'a vu après l'arrivée au pouvoir de Mitterrand : très rapidement on n'a plus honte de dire qu'on gagne beaucoup d'argent. Cela a des conséquences sur la politique. Ma génération est la dernière qui est sortie de l'université en étant quasiment assurée de trouver du travail... D'où une fragilisation générale et on n'a plus le temps de s'occuper des affaires des autres plus miséreux. C'est la montée d'un certain cynisme mais aussi d'une énorme capacité de mobilisation émotionnelle pour de "grande causes" ( La faim dans le monde, la guerre, un tsunami) de courte durée. Pourtant, en tant que Français ou Britannique, ce qui se passe en Afrique du Sud vous concerne, puisque vous profitez de l'exploitation qui se fait dans les mines d'or d'Afrique du Sud, dans les mines de diamant, sur les sites d'uranium, dans la fabrication de la bombe, etc. On peut décider de ne plus voir ces relations qui existent encore avec le pays de l'apartheid...Il en va de même pour Haïti, je pouvais constater que beaucoup de partis frères européens se désintéressaient des problèmes que nous pouvions avoir. Non par méchanceté, mais simplement parce qu'ils étaient préoccupés par leur propre survie...

 

Baldwin.

 

... Avec mes amis noirs américains, j'ai souvent eu un autre type de discussion. Par leur socialisation et leur vécu au quotidien dans une sorte de violence, d'abord, de racisme ensuite, latent et à fleur de peau, ils ont une patience très limitée envers toute dérive discriminatoire. D'ailleurs, un certain nombre de blagues vaseuses en France, genre " Bamboula ", " Banania " et autres subtilités bas de gamme, genre Agathe Cléry, ne passeraient pas. Ils ont grandi dans un milieu violent ( en termes de ségrégation ) et il est normal qu'ils voient du racisme partout. Car il est vraiment partout. Mais on  ne peut pas se laisser définir tous les jours par ce racisme. C'est comme si, en tant que femme, vous vous laissiez définir tous les jours par le fait que vous êtes une femme. Vous ne pouvez rien faire d'autre, vous ne pouvez pas être journaliste dans votre tête, vous ne pouvez pas être poète, skieur ou conducteur de métro, parce que, tout le temps, vous êtes préoccupée par le regard qu'on jette sur vous. Avec mes collègues noirs américains, par ma distance avec cette réalité, je pouvais leur dire de se méfier de cette mise sous tension permanente. Car le racisme est aussi un piège pour celui qui en est victime au quotidien. Cela finit par prendre beaucoup de place dans le cerveau, alors que celui qui vient juste de vous insulter( consciemment, ou pire, inconsciemment ) va pouvoir continuer sa journée dans l'insouciance... Aujourd'hui la chose est mieux connue, c'est cette espèce de racisme silencieux, qui ne dit pas son nom, de micro-racisme, ces moments où l'autre ne voit même pas qu'il a commis un acte ou une réflexion raciste, mais, vous, vous avez pris ça de plein fouet et vous restez toute la journée avec cette micro-agression. Et l'autre n'est même pas au courant. Donc, si vous passez vos journées à subir des micro-agressions et que lea autres s'en foutent, au bout d'un moment, vous plongez. Il faut trouver une parade à ça. Baldwin, c'est là son incroyable force, retourne le miroir vers celui qui agresse. Il dit : le problème c'est vous, ce n'est pas moi. Moi, je n'ai aucun problème avec ma tête, avec ma couleur, avec qui je suis. C'est votre regard le problème. Donc essayez de savoir pourquoi vous avez ce regard et d'où il vient, et surtout pourquoi vous en avez besoin. Baldwin dit à l'Amérique : pourquoi avez-vous eu besoin d'inventer le nègre ? C'est votre conscience, débrouillez-vous avec... C'est extrêmement libérateur... En France, il y a un tel déni de la question de couleur, de la question de race, de la question du racisme, comme si la République, une fois pour toutes, avait résolu ces problèmes et que le résidus n'étaient que des accidents. Non, c'est plus grave que ça...Chacun sa culture, chacun son mode de gestion des conflits. En France, il y a des films qui ne me font pas rire ( Agathe Cléry ) mais qui font rire une partie du public français. Ces films, si on les avaient tourné aux États-Unis, les salles de cinéma seraient boycottées ! Ils n'auraient pas pu être distribués. Il est facile de regarder vers les États-Unis, où les Noirs sont violents, où les policiers tuent les jeunes Noirs, mais aussi absurde que cela paraisse, il y a un certain nombre de règles et de limites. Tandis qu'ici on fait passer des choses sur le ton de la camaraderie : " Allez, ne te vexe pas ! C'est une blague. " Aux États-Unis, ça déboucherait sur une paire de claques parce que c'est inacceptable. En France, on sous-estime la colère qui existe dans le cœur de beaucoup de français qui sont nés ici, mais qui ont également une autre identité. Lorsque le lieu où vous êtes né semble ne pas vous octroyer les mêmes droits de citoyen, cela peut sérieusement vous ébranler.Chaque fois qu'une banlieue ou une partie du territoire se révolte, brûle des voitures, on prend quelques petites mesures, on met un peu d'argent et on a la paix pour un, deux ou trois ans. Mais le problème n'est pas réglé. Je suis plutôt inquiet pour l'avenir de cette ..société parce qu'elle est devenue tellement aveugle... Pendant ce temps, on ne prend pas le recul pour regarder où on en est aujourd'hui, et vers quoi on va...

 

Raoul Peck extrait d'un entretien sur France Culture diffusé du 27 au 31/08/2018 retranscrit dans la revue Papiers n°26, Octobre Décembre 2018

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23 décembre 2018 7 23 /12 /décembre /2018 19:40
Bertrand Badie, né le 14 mai 1950 à Paris, est un politologue français spécialiste des relations internationales. Il est professeur des Universités à l’Institut d’études politiques de Paris et enseignant-chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales (CERI).
B. Badie, Photo C. TRUONG-NGOC

Au début du XIXème siècle, à mesure qu'elle s'ouvrait au reste du monde, l'Europe aurait pu choisir de construire la mondialisation sur une base égalitaire dans le respect du droit et des cultures de chacun. Mais la volonté de dominer ce monde l'emporta, avec la mise en place d'un système international organisé sur un modèle hiérarchique reléguant ceux qui étaient extérieurs aux vieilles puissances dans la catégories des colonisés ou des dominés, comme le fut la chine au XIXème  et au début du XXème siècle. Ce choix, porteur de conséquences majeures, aurait pu trouver son point final dans l'épisode de la décolonisation, si celle-ci s'était passée convenablement. Ce ne fut pas le cas. Menée tambour battant, en l'espace de deux décennies, elle a largement échoué. D'abord parce qu'elle s'est souvent faite de manière violente, contribuant à alimenter et à aggraver la méfiance de part et d'autre. Ensuite car elle a débouché sur la construction, plus bricolée que pensée, de nouveaux systèmes politiques inadaptés à l'histoire des sociétés qui accédaient à l'indépendance. D'où une cascade d'États en faillite, de coups d'État militaires, de pulsions autoritaire ou populistes...

   Nous sortons de la grammaire classique de la géopolitique où les rapports de puissance étaient le moteur des relations internationales. Aujourd'hui la géopolitique est complètement dépassée par la configuration sociale du monde : les inégalités sont telles qu'elles créent des situations de décomposition et de tension à l'origine de la plupart des conflits qui ensanglantent la planète. L'insécurité alimentaire et sanitaire pèse considérablement plus lourd dans l'avenir de la stabilité internationale, et donc de la paix, que les missiles nord-coréens ou iraniens...

   À cela s'ajoute que l'être humain ne se laisse pas indéfiniment déterminer par sa situation d'infériorité. Il réagit, avec les moyens du bord. Et la violence disséminée, qu'on nomme souvent terrorisme, a sur les sociétés les plus développées un effet déstabilisateur qui va bien au-delà de la modicité des moyens investis dans ces nouvelles formes d'action. Si vous vous tournez sur les vingt dernières années, celles de notre nouveau millénaire, vous constaterez qu'un Ben Laden a eu plus d'influence qu'un George W.Bush sur la confection de l'agenda international..."

 

Bertrand Badie, extrait d'entretien pour Télérama 3594, du 28/11/2018

 

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26 septembre 2018 3 26 /09 /septembre /2018 07:30
Pankaj Mishra "Mille ans de servitude" , article  in The new york revue of books
Pankaj Mishra
"  Beaucoup de logements indiens sont encore dotés de simples latrines, qui consistent en un grand trou dans le sol. Les excréments sont ramassés la nuit par des "vidangeurs manuels" qui, écrit Sujatha Gilda dans "Des fourmis parmi les éléphants...", "évacuent la merde humaine" avec " pour seuls outils un petit balai et un seau en fer-blanc. La plupart sont des femmes. Autrefois, elles "remplissaient d'excréments leurs paniers en feuilles de palmier et les transportaient sur la tête sur une dizaine de kilomètres jusqu'à un endroit en périphérie de la ville où elles étaient autorisées à les déverser". Les paniers ont aujourd'hui cédé la place un peu partout à des seaux  et des charrettes. Mais le nettoyage des toilettes, des fosses septiques, des caniveaux et des égouts revient toujours aux dalits, qu'on appelait autrefois les intouchables...

   L'Inde, la plus grande démocratie du monde, se trouve également être la société la plus hiérarchisée du monde. Ses citoyens les plus riches et les plus puissants, issus en grande majorité des hautes castes, sont très loin de se rendre compte de leurs privilèges ou de réaliser le cruel handicap que représente le fait d'appartenir à une caste inférieure. Les dalits sont très peu représentés dans le cinéma populaire, les pubs et les feuilletons télévisés. Aucun musée d'envergure ne commémore leur longue souffrance...Beaucoup de dalits sont encore traités comme des "intouchables", malgré les droits égaux que leur octroie la Constitution indienne. 

   Cette Constitution a été rédigée à la fin des années 1940, avec le concours de B.R.

 

Bhimrao Ramji Ambedkar, surnommé Babasaheb Ambedkar, est un juriste et homme politique indien. Il est le principal rédacteur de la constitution de l'Inde, un leader des intouchables, et un initiateur du renouveau du bouddhisme en Inde, cherchant à dépasser le système des castes. Wikipédia
B.R. Ambedkar,

Ambedkar, un dirigeant dalit, dont la réputation de penseur audacieux a été éclipsé par le culte voué à ses rivaux des castes supérieures, Jawaharlal Nehru et Mohandas Gandhi... Mais en Inde, les nobles intentions de la loi s'accompagnent rarement du nécessaire changement des mentalités. L'institution de la caste, le groupe social auquel les Indiens appartiennent par leur naissance, reste le plus grand obstacle à la création d'une société égalitaire.

   Dans la hiérarchie, un brahmane occupe le sommet en raison de la "pureté" de ses fonctions de prêtre et d'érudit, et le dalit est relégué au rang le plus bas en raison de sa proximité avec las excréments et autre substances corporelles. Ambbedkar, par exemple, appartenait à une caste inférieure dont les membres étaient contraints de marcher avec un balai attaché à la taille, de façon à faire disparaître leurs empreintes de pas manifestement contaminantes. Comme beaucoup de militants, il était profondément exaspéré de voir que les dalits, en se voyant refuser l'accès à l'éducation et à la propriété, avaient été "totalement mis hors d'usage", comme il l'a écrit dans 'L'abolition de la caste" (1936). : " À cause du système de castes, ils ne pouvaient pas recevoir d'instruction. Ils ne pouvaient pas réfléchir et trouver le moyen de s'en sortir. Ils étaient condamnés à être humbles ; ne sachant pas comment s'échapper et n'ayant pas les moyens de le faire, ils se sont fait à la servitude éternelle, qu'ils ont acceptée comme leur sort inéluctable"...

 

Pankaj Mishra : extrait de Mille ans de servitude, article paru dans  The New Review of Books, relayé dans le magazine Books n°89, Mai-juin 2018

  

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6 mars 2018 2 06 /03 /mars /2018 18:22

" Au Tchad, nous accueillons quatre cent mille réfugiés venus de la République centrafricaine. L'État est trop pauvre pour les prendre en charge financièrement - ce sont les Nations unies qui apportent des moyens -, mais on leur ouvre un espace qu'ils peuvent occuper, gratuitement. Ils ont une place à table. C'est le fondement de la société : faire une place à l'Autre. Dans mon film ( Une saison en France, ndlr) un personnage évoque la conférence d'Évian, en 1938 : il s'agissait d'accueillir les Juifs qui fuyaient le nazisme, et tous les pays ont refusé, comme le raconte le livre de Raphael Delpard La Conférence de la honte.* La question est de savoir si, quatre-vingt ans plus tard, on a évolué. On a le sentiment que la politique d'accueil des réfugiés en Europe n'a pas changé. Alors même que les mouvements de population ne vont pas s'arrêter."

Mahamat-Saleh Haroun, entretien pour Télérama 3551, du 31/01/2018

*Éditions Michalon

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mahamat_Saleh_Haroun

Photo credit: WIPO|OMPIonVisualHunt/CC BY-NC-ND

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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 16:56

" Comme en Algérie avec les kabyles et les harkis, les gouvernements de la IVRépublique avaient tenté de rallier à la cause de l'Union française un certain nombre de populations, certaines catholiques et d'autre pas, comme les Méos, un peuple guerrier qui vivait dans les montagnes du haut Tonkin. Que de promesses on a faites à ce peuple dont bien sûr aucune n'a été tenue! Assurés du soutien de la France, ils se sont battus à nos côtés mais lorsque le corps expéditionnaire,  après les accords de Genève, a dû plier bagage, on les a abandonnés à leur sort, c'est à dire aux représailles sanglantes du Viêtminh. Des officiers ont bien sûr tenté de faire respecter la parole donnée : près de mille civils accompagnaient la Légion étrangère qui se refusait à les abandonner lors de l'évacuation de Cao Bang, au risque qui d'ailleurs lui fut fatal, de ralentir sa marche dans la jungle. Mais ces officiers n'ont pas eu plus de chance qu'avec les harkis. Le peuple méos a tenté de fuir à travers la jungle et les montagnes  vers le Laos. Soutenu un moment par les Américains puis a nouveau abandonné, il a été décimé et continue de l'être par le régime communiste du Laos. Abandonné  à son sort funeste sur les bas-côtés de l'Histoire, il meurt sans émouvoir personne. Un journaliste témoin de ces souffrances, Cyril Payen, a publié aux éditions Robert Laffont  Laos, la guerre oubliée, un récit sur ce génocide dont la France ne semble guère se soucier. Voilà un dossier dont devraient pourtant se préoccuper Kouchner et Rama Yade en souvenir d'une parole donnée et non tenue..."


Jean-Marie Rouart : " Cette opposition qui s'appelle la vie " Grasset 2009

 

 




 

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  • : Le Lecturamak
  • : "Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire c'est protester contre les insuffisances de la vie." Mario Vargas Llosa. Discours du Prix Nobel" Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
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