LA DENT DURE
Gustave Flaubert, à propos de Musset : (Lettre à Louise Collet, 5-6 juillet 1852)
"Il est dans les idées reçues qu’on ne va pas se promener avec un homme au clair de lune pour admirer la
lune, et le sieur de Musset est diablement dans les idées reçues : sa vanité est de sang bourgeois. Je ne crois pas, comme toi, que ce qu’il a senti le plus soient les œuvres d’art. Ce qu’il a senti le plus, ce sont ses propres passions. Musset est plus poète qu’artiste, et maintenant beaucoup plus homme que poète — et un pauvre homme.
Musset n’a jamais séparé la poésie des sensations qu’elle complète. La musique, selon lui, a été faite pour les sérénades, la peinture pour le portrait et la poésie pour les consolations du cœur. Quand on veut ainsi mettre le soleil dans sa culotte, on brûle sa culotte et on pisse sur le soleil. C’est ce qui lui est arrivé."
À propos de Jules Michelet : (Lettre à Théophile Gauthier, 27 janvier 1859)
"Tu retrouveras ta patrie encore plus stupide que tu ne l’as quittée ! Les hommes maintenant portent des manches à gigot. Cet amour du manche de gigot me semble un indice obscène
D’autre part
Correspondance, choix de Bernard Masson.
À propos de Bossuet : (Lettre à Guy de Maupassant, 15 août 1878)
" Si vous voulez vous distraire... ne lisez pas ce que je viens de lire aujourd'hui : Politique tirée de l'Écriture sainte, par Bossuet. L'aigle de Meaux me paraît décidément une oie.
Correspondance , choix de Bernard Masson.
À propos de lui-même et de son livre en cours Bouvard et Pécuchet. (Lettre à Léonie Brainne, 30 décembre 1878) :
" Les préoccupations matérielles ne m’empêchent pas de travailler, car jamais je n’ai pioché avec plus d’acharnement. Je prépare maintenant les trois derniers chapitres de mon livre... et Polycarpe* est perdu dans la métaphysique et la religion. Et avant de me remettre à écrire il faut que j’aie expédié un travail que j’ose qualifier de gigantesque. Il y aurait de quoi me conduire à Charenton si je n’avais pas la tête forte. D’ailleurs, c’est mon but (secret) : ahurir tellement le lecteur qu’il en devienne fou. Mais mon but ne sera pas atteint, par la raison que le lecteur ne me lira pas ; il se sera endormi dès le commencement.
* un des surnoms qu'il se donne.
Correspondance , choix de Bernard Masson.
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Paul Léautaud, à propos d'Anatole France et de Flaubert :
"M. Anatole France est certainement l'un des dix écrivains qui comptent à notre époque.
"Je crois bien que ce que je préfère dans doute l'œuvre de M. France, ce sont les études qu'on a écrites sur son auteur."
" Quand on songe qu'on dit : un grand écrivain, de ce pauvre Flaubert, qui ne fut qu'un ouvrier de style, - encore que ce style soit d'une uniformité désespérante et glacée, - sans intelligence ni sensibilité. "(5 février 1901, Journal Littéraire)
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Prosper Mérimée, à propos de Baudelaire, 1857 :
" Je n'ai fait aucune démarche pour empêcher de brûler le poète dont vous me parlez, sinon de dire à un ministre qu'il vaudrait mieux en brûler d'autres d'abord. Je pense que vous parlez d'un livre intitulé : " Fleurs du mal " , livre très médiocre, nullement dangereux, où il y a quelques étincelles de poésie, comme il peut y avoir dans un pauvre garçon qui ne connaît pas la vie et qui en est las parce qu'une grisette l'a trompé. Je ne connais pas l'auteur, mais je parierais qu'il est niais et honnête, voilà pourquoi je voudrais qu'on ne le brûlât pas ".
Prosper Mérimée, parlant de Baudelaire dans une lettre adressée à Mme de La Rochejacquelein, du 29 août 1857.
Recueilli dans le numéro 323 du magasine " L' histoire " de Septembre 2007
Marcel Proust, à propos de Zola, dans " Le Côté de Guermantes", 1920 :
" - Zola un poète !
- Mais oui, répondit en riant la duchesse, ravie par cet effet de suffocation. Que Votre Altesse remarque comme il grandit tout ce qu'il touche. Vous me direz qu'il ne touche justement qu'à ce qui...porte bonheur ! Mais il en fait quelque chose d'immense ; il a le fumier épique ! C'est l'Homère de la vidange ! Il n'a pas assez de majuscules pour écrire le mot de Cambronne. "
Flaubert, dans sa correspondance avec Georges sand, à propos de Thiers :
"...Rugissons contre Monsieur Thiers !
Peut-on voir un plus triomphant imbécile, un croûtard plus abject, un plus étroniforme bourgeois ! Non ! rien ne peut donner l'idée du vomissement que m'inspire ce vieux melon diplomatique, arrondissant sa bêtise sur le fumier de la Bourgeoisie ! Est-il possible de traiter avec un sans-façon plus naïf et plus inepte la philosophie, la religion, les peuples, la liberté, le passé et l'avenir, l'histoire, et l'histoire naturelle, tout ! et [le] reste ! Il me semble éternel comme la Médiocrité ! Il m'écrase...
Réponse de Sand à Flaubert :
21 décembre 1867.
Enfin ! voilà donc quelqu'un qui pense comme moi sur le compte de ce goujat politique. Ce ne pouvait être que toi, ami de mon cœur. Étroniformes est le mot sublime qui classe cette espèce de végétaux merdoïdes...
Louis Calaferte, à propos d'Alain, dans "L'or et le plomb, carnets 1968/1973", Éditions Denoël, 1981 :
" Propos sur la religion, d'Alain. De la consternante faiblesse de pensée du causeur de salon. "
Angelo Rinaldi, à propos de Marguerite Duras , dans son ouvrage "Dans un état critique" à propos
d'une pièce d'Elio Vittorini :
" Vittorini était très bel homme. Marguerite Duras en fut raide dingue amoureuse. Il lui enseigna la phrase courte qu'elle transforma vite en maniérisme bouffon. Vieille chamelle ployant sous les honneurs, elle n'eut pas un agenouillement pour confesser sa dette. Aujourd'hui, l'un et l'autre s'en explique chez les morts, en lever de rideau "
ALEXANDRE DUMAS, à propos de FLAUBERT :
" C'est un géant qui a abattu une forêt pour faire une boite d'allumettes "
JULES RENARD, sur MALLARME :
" Mallarmé est intraduisible même en français
Eric Miles Williamson, à propos de Joyce Carol Oates et John Updike :
" En tant qu'offenseuse littéraire professionnelle , elle est encore pire que John Updike, cette avalanche de médiocrité. Car si elle produit plus de livres que lui, ils ne sont pas aussi bons..."
Pierre Jourde, à propos du roman de Marie Darrieussecq : " truismes"
"Truismes est une petite crotte desséchée, affectée de tous les tics de style contemporains. Ca se voudrait méchant, c'est très bête. Le sujet même est plein d'enseignements. Il est curieux d'observer, ces derniers temps, combien de jeunes femmes écrivains mettent en scène avec délectation l'humiliation de femmes idiotes. On dirait de la nostalgie."