Publié le 27 Janvier 2009

Julien Gracq (27 juillet 1910 - 22 décembre 2007), né Louis Poirier, écrivain français. Photographie prise en 1951
Julien Gracq, en 1951

" Un écrivain ne peut jamais lire un de ses  livres comme le fait un lecteur vierge, puisqu'il l'a écrit, lentement, péniblement. En revanche, l'écrivain qui relit un de ses ouvrages ( opération tout à fait singulière, qui implique un porte-à-faux continuel ) se rapproche de la position qui est celle du relecteur normal : il est capable de censurer et de frapper partiellement de " non-dit ", en se relisant, tout ce qui se situe au-delà de la page qu'il parcourt. Et son texte, quand il se remet ainsi dans la position du lecteur, lui paraît un texte lisse, qui se tisse de page en page avec régularité : le travail de l'écriture, les ratures, les hésitations, les ajouts, ne lui laissent pas de souvenirs vivants et s'éclipsent dans le sentiment de la "réalisation". Mais le livre ne s'est nullement fait comme il le relit, sortant régulièrement page après page comme d'une rotative. Il le sait, mais il le sait abstraitement : il a tendance à se relire comme un lecteur le lit. C'est ce que j'appelle " retirer les échafaudages ". Les échafaudages sont retirés avant qu'on ne livre l'ouvrage aux lecteurs. Mais ils sont retirés aussi pour l'architecte, chaque fois qu'il revisite la maison construite par lui.

Julien Gracq : " Entretiens " José Corti 2002                                  

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 21 Janvier 2009

" L'air du temps, le goût du jour, vous vous en apercevez avec le recul, ont parfois laissé leur marque étrangère sur vos pages comme des traces de doigts. Il arrive de se dire - tout en sachant fort bien que c'est de vous : " Comment ai-je pu écrire ça ? ". Disons, si vous voulez, qu' à travers la série échelonnée de mes livres, " ce que j'ai été " offre parfois quelque résistance à " ce que je suis "."

Julien Gracq : extraits de "Entretiens"Éditions José Corti, 2002

Voir les commentaires

Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits d'entretiens, #Littérature Française

Repost0

Publié le 19 Janvier 2009

Michael Connelly en 2010

" Quand j'écris un roman, je ne pars jamais d'un plan détaillé. J'ai en tête deux choses : le début et la fin. Et tout ce qui vient au milieu ne compte pas. C'est du jazz, de l'impro... Travailler avec un plan, c'est comme travailler avec un patron, un patron qui vous dit ce que vous devez faire. Et ce patron, franchement, je m'en passe très bien ! "

Michael Connelly : entretien dans le n° 21 de Transfuges  ( mai-juin 2006 )


 

Voir les commentaires

Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits d'entretiens, #Littérature Américaine

Repost0

Publié le 14 Janvier 2009

Derrière un col de mousse

J'attends des heures

Vingt ans qu'j'attends qu'il m'pousse

Des ailes au cœur

Et le temps passe et ma vie s'use

Comm' fait la glace au fond d'une Suze

Vingt ans qu'au bar des pêcheurs du port

J'attends qu'ça mord

 

J'y vois passer des hommes

Des moins que rien

Moins ils ont, plus ils donnent

Moins ils ont rien

Et quand l'un d'eux remet la sienne

C'est comm' s'il te disait " je t'aime "

Vingt ans qu'au bar des pêcheurs du port

J'attends qu'ça mord

 

On parle du cul des dames

Jamais plus haut

Y a si longtemps qu'nos femmes

Ont tourné l'dos

Cinq doses de pleurs, une de pastis

Sur les splendeurs du temps jadis

Vingt ans qu'au bar des pêcheurs du port

J'attends qu'ça mord

 

Derrière un col de mousse

Je prie l'Bon Dieu

Pour qu'Il m'arrange en douce

Les règles du jeu

L'éternité et tous ses Saints

Contre un tiercé à 100 contre un

Vingt ans qu'au bar des pêcheurs du port

J'attends qu'ça mord

 

Si par malheur je meurs

D'avoir trop bu

Priez pauvres pêcheurs

Pour mon châlut

J'ai peur qu'au bar de l'Eternel

Y ait rien à boire que l'eau de ciel

Vingt ans qu'au bar des pêcheurs du port

J'attends qu'ça mord

 

Romain Didier

Voir les commentaires

Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Chanson Française, #Chansons

Repost0

Publié le 12 Janvier 2009

Abdellah Taïa lisant l'un de ses propres romans à l'Internationell Författarscen (International Writers 'Stage) à Kulturhuset à Stockholm. Photographe: Håkan Lindquist

" Je n'aime pas la langue française. Depuis toujours. Depuis moi au tout début. L'enfance. L'injustice déjà. Chez mon oncle. Le frère de mon père. Grand. Fort. Maigre. Jaune. Traître. Il a tout pris. Tout l'héritage. Il a dit à Mohamed, mon père : " On n'a pas le même sang ; tu es le fils du pêché... Notre mère t'as eu avec un autre homme. On n'est pas du même père. Tu comprends ? " Mohamed, toute sa vie, n'a jamais compris, rien compris. Il est resté dans le choc. Tout perdre. La mémoire. Le frère. Le lien. Le nom. L'avenir. On l'a jeté dans le doute. Le doute éternel. Il y est resté. Il nous l'a transmis. A nous, ses enfants. A moi surtout. Le doute de sa propre existence. Le doute la tête baissée, le dos courbé, les mains sur les joues, dans la mélancolie, dans le noir et le sexe brûlant.
  Non, vraiment, je n'aime pas la langue française. Les cousines, les filles mauvaises de l'oncle jaune, disaient devant nous, devant moi petit, 5-6 ans, des mots dans cette langue étrangère, pas à moi, jamais à moi, pour marquer ce qui nous séparait.. Elles étaient belles, des héroînes de films égyptiens. Elles fumaient. Elles faisaient l'amour libre. Elles étaient cruelles. Avaient des yeux petits, très petits. Qui me faisaient peur. Peur. Aujourd'hui encore j'ai peur de ces yeux, de leur lumière, des phrases françaises qu'ils soulignaient. Des phrases assassines. Des insultes. Du racisme. Riches. Pauvres.
  Je n'avais pas le choix.
  Il fallait choisir son camp.
  Alors, devant une photo en noir et blanc d'Omar Sharif beau, beau, beau chrétien devenu musulman pour épouser la star égyptienne Faten Hanama, je l'ai juré, crié. " Le français, jamais. JAMAIS; "
  C'était la guerre... "

Abdellah Taïa :
" autoportrait " Transfuges n° 21 ( mai-juin 2008 )

 

 

Voir les commentaires

Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Dans la Presse, #Littérature Marocaine, #Cinéma

Repost0