Publié le 29 Septembre 2009

" ... et tous nous nous haissons les uns les autres, moi, Kitty; Kitty, moi. Voilà la vérité !... Pourquoi ces églises, ces sonneries et ces mensonges ? ... Seulement pour cacher que nous nous haissons les uns les autres... La lutte pour la vie, la haine, c'est la seule chose qui lie les hommes... Non, c'est en vain que vous partez ! dit-elle s'adressant mentalement à une compagnie, dans une voiture à quatre chevaux, qui devait aller en pique-nique à la campagne. Et le chien que vous emmenez ne vous aidera pas... Vous ne vous enfuierez pas de vous-mêmes... "

Tolstoi : extrait de " Anna Karénine "

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Littérature Russe, #Les Classiques

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Publié le 22 Septembre 2009

_" je ne te comprends pas, dit Lévine... comment ces gens ne te sont-ils pas odieux ? J'admets qu'il soit agréable de déjeuner au Lafite, mais est-ce que précisément ce luxe ne te révolte pas ? Tous ces gens, comme jadis les fermiers généraux, s'enrichissent par des moyens méprisables ...
_  Pas du tout - Lévine sentit qu'Oblonsky souriait en prononçant ces mots - si je vais chez eux, c'est que je ne les trouve pas plus malhonnêtes que n'importe quels riches marchands et gentilshommes. Les uns et les autres ont acquis également leur fortune par le travail et par l' intelligence.
_  Oui, mais quel travail ! Est-ce un travail, de se procurer une concession pour la revendre ?... Peux-tu comparer ce travail à celui d'un paysan ou d'un savant ? ... Toute rémunération disproportionnée au travail est malhonnête.
_  Et qui sera chargé d'évaluer le travail ?
_  L'acquisition de la fortune par des moyens malhonnêtes, par la ruse, continua Lévine ( mais il se sentait incapable de définir la limite entre l'honnête et le malhonnête ), comme par exemple, les fortunes acquises dans la banque, est un mal.L'acquisition d'énormes fortunes, sans travail correspondant, existait au temps des fermiers généraux, mais la forme seule a changé... Et de nos jours les chemins de fer, les banques, c'est aussi le pain sans travail.
_  Tout cela est peut-être vrai et spirituel... Puis il continua lentement, évidemment convaincu de la justesse de ses objections : - Mais tu n'as pas tracé la limite entre l'honnête et le malhonnête. Pourquoi par exemple, mes appointements sont-ils supérieurs à ceux de mon chef de bureau, qui connaît les affaires mieux que moi ? Est-ce malhonnête ?
_  Je ne sais pas
_  Eh  bien, voici ce que je dirai. Pourquoi gagnes-tu, par exemple , cinq mille roubles, tandis qu'avec plus de travail un paysan n'en recevra que cinquante ?...
_  Tu as raison, reprit Lévine, quand tu dis que mes cinq mille roubles de profit sont injustes. Je le sens, mais...
_  Oui, tu le sens, mais pas au point de donner ta terre aux paysans...
_  Je ne la donne pas, parce que personne ne me la demande. Et si même je le voulais, je ne saurais le faire, je ne saurais à qui donner.
_  Donne-la à ce paysan, il ne la refusera pas.
_  Comment faire ? Aller avec lui passer un acte de vente ?
_  Je l'ignore. Mais si tu sens  que tu n'as pas le droit...
_  Au contraire, je sens que je n'ai pas le droit de donner ce que je possède, parce que j'ai des devoirs, et envers la terre, et envers ma famille.
_  Permets. Tu considère cette inégalité comme une injustice : ton devoir est de la faire cesser.
_  Je tâche d'y parvenir en ne faisant rien pour l'accroître.
_  Ça, c'est du paradoxe !... Il faut prendre un parti : ou reconnaître que l'état de la société est ce qu'il doit être, et alors défendre ses droits, ou avouer qu'on profite de privilèges injustes, et dans ce cas, faire comme moi, en profiter avec plaisir.
_  Non, si tu reconnaissais l'iniquité de ces privilèges, tu n'en pourrais jouir agréablement. Moi du moins, je ne le pourrais pas. Le principal pour moi, c'est de ne pas me sentir coupable.
_  Au fait, pourquoi n'irions-nous pas faire un tour ? dit Stepan Arkadiévitch, déjà fatigué de cette conversation. Nous ne dormirons pas. Allons !
  Lévine ne répondit pas. Ce qu'il avait dit en causant, à savoir qu'il tâchait seulement de ne pas augmenter l'inégalité sociale le préoccupait. Peut-on se contenter d'une justice négative ? , se demandait-il...

Tolstoï : extrait de Anna Karénine


 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Les Classiques, #Littérature Russe

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Publié le 17 Septembre 2009

" Je suis né communiste.Vers l'âge de six ou sept ans j'étais coco à mort, promis à un fanatisme plus radical que celui de mon père, si c'est possible. Mais un jour, il s'est passé quelque chose.
   On partait en vacances, tous les six dans la voiture, la caravane derrière. Au moment de passer le Petit-Clamart, non loin du carrefour où, quelques mois plus tôt,  le général de Gaulle avait échappé à la mort, et alors que nous commentions cette tentative d'assassinat, j'ai dû dire ce que je pensais du général de Gaulle, ce qu'on devait tous penser du général de Gaulle : ce salaud, dommage qu'ils l'aient raté, dommage qu'il ne soit pas mort, voilà ce que j'ai dû dire, et dans le brouhaha de cette voiture, la radio, Lucien Jeunesse avec son jeu des Mille francs, j'ai entendu la voix de ma grand-mère, la seule voix féminine de la tribu :
  - Il ne faut jamais souhaiter la mort des gens, Christophe.
  D'où elle sortait ça, Mamie ? Et d'abord, comment on allait faire pour tuer les bourgeois, les curés, les capitalistes, si on ne souhaitait pas leur mort ? Ça ne tenait pas debout. Elle avait déraillé. Mieux valait oublier cette phrase incohérente.
   Mais cette phrase n'a jamais été oubliée, aujourd'hui encore je continue d'entendre la voix étrange de ma grand-mère, ce n'était pas vraiment sa voix, ça venait de beaucoup plus loin, elle-même ne s'était certainement pas reconnue. Je me souviens que ça avait jeté un froid dans l'ambiance survoltée de la voiture. Tandis que Lucien Jeunesse égrenait les secondes de la question rouge sur son triangle, mon grand-père faisait semblant de n'avoir rien entendu, mes oncles se forçaient à ricaner, mais le cœur n' y était plus. Nous étions tous en présence d'un énigme, effarés par ce commandement de Dieu sorti de la bouche de Mamie, et qui venait de sauver le général de Gaulle, notre pire ennemi...

Christophe Donner : extrait de " L'empire de la morale " Grasset 2001

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Littérature Française

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Publié le 8 Septembre 2009

" Respire, doucement, comme tu sais faire. A la fois, j'ai besoin de cette fébrilité, de cette excitation, de cette énergie, je trépigne, je renâcle comme un cheval avant la course. Attention, l'ouverture du rideau dans cinq secondes. Les murmures s'atténuent, quelques toux ponctuent les derniers mots et je tente d'apaiser ma poitrine. Il n'y a aucune raison pour que ça se passe mal. Au lever du rideau il y a le noir, un point d'orgue, un vol en stationnaire délicieux et troublant avant de donner vie, de décider le premier geste ou la première parole. Et le cheval se calme. Cette préparation, ce silence avant que l'archer touche les cordes, comme une prière, est une prière, et le public en salle sans le savoir prie aussi. L'acte qui suit est sacré. Voilà pourquoi j'ai le trac, cette peur, ce cabot qui me bouffe le ventre, comme si j'abordais l'inabordable d'un territoire interdit. L'ouverture même du rideau est sacrée puisque l'on va jouer le mystère de la vie en s'échappant du quotidien. Je n'allais pas répéter cette sonate à l'infini, chez moi et dans un théâtre vide pour le plaisir de souffrir seul. Sans public, on travaille en laboratoire, sans évaluation.
  Le spectateur est là pour vivre deux heures avec nous et partager un autre temps, une autre histoire. Notre premier souci est de faire en sorte que le voile de l'ennui ne descende jamais sur lui et qu'il n'ait à aucun moment les fesses qui le démangent. Le but, finalement, au théâtre, est de respecter les fesses des spectateurs. "

Bernard Gireaudeau : extrait de " Cher amour " Métallié 2009




 

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 6 Septembre 2009

L'amour c'est pareil qu'un chandail

Qu'on a tout neuf aux fiançailles

Jour après jour maille après maille

Il prend le blues et la grisaille

A trop rêver dans les grandes tailles

On perd parfois le goût du détail

 

Dès qu'elle nous serre dans ses tenailles           

La vie nous prend pour des cobayes... bye

 

Il n'est de poisson sans écaille

Ni de vernis qui ne s'écaille

Plutôt que de livrer bataille

Il faut que l'un des deux s'en aille

Vas pas t'imaginer de taille

A vivre heureuse sans représailles

Les illusions sont des canailles

Qui rêvent de te voir à la baille... bye

 

On a brûlé dans nos chamailles

La coque le mât le gouvernail

Et ces mots d'amour en pagaille

Qu'on se lisait la nuit en braille

L'amour ne dure vaille que vaille

Que ce que durent les feux de paille

T'as beau t'imaginer sans faille

Un jour il tombe en fin de bail... bye

 

On détricote la dernière maille

Et puis... on se dit "Bye... bye..."

 

texte de monsieur Romain Didier

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Chansons, #Chanson Française

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