Publié le 1 Février 2012
" Pour ne rien vous cacher, lorsque je lis, d'Homère à Faulkner, et avec eux tous les auteurs qui au fil des siècles ont fait avancer la conscience humaine contre les forces de l'ignorance et de l'obscurité, j'ai du mal à ne pas réprimer un sanglot. Je me sens littéralement écrasé. Mais je me rappelle simplement ce fait : nous sommes les vivants. Ils ont eu leur jour, ils en ont livré le sens avec une intelligence, une sensibilité à quoi il semblerait que rien ni personne ne puisse plus atteindre. En ce sens mes initiatives sont misérables, d'oser prendre encore la plume. Mais d'un autre côté, pour les adeptes de la culture rationnelle que nous sommes depuis la Renaissance, le monde reste une énigme. il est neuf chaque jour, et il nous appartient de le déchiffrer. C'est notre affaire, à nous les vivants, d'interroger ce mystère. Et même si nous échouons finalement, au moins aurons-nous livré bataille. Nous nous serons efforcés de percer l'énigme à quoi le monde et nos vies s'apparentent. On aura l'éternité pour se reposer de nos peines. "
Pierre Bergounioux : extrait d'un entretien pour Télérama du 1er février 2012