Publié le 26 Février 2014

Sur le collier du chien que tu laisses au mois d'août

Sur la vulgarité de tes concours de pets

Sur l'étendard nazi et sur le drapeau rouge

Sur la rosette au coin du vieillard officiel

Sur les blousons kaki, sur les képis dorés

Sur le cul blanc des féministes

Sur le mandrin des misogynes

Sur le béret obtus des chauvins aveuglés

Sur la croix des cathos, le croâ des athées

Sur tous les bulletins et sur toutes les urnes

Où les crétins votants vont se faire entuber

Sur l'espoir en la gauche

Sur la gourmette en or de mon coiffeur de droite

Sur la couenne des connes aplaties sur les plages

Sur l'asphalte encombré de cercueils à roulettes

Sur les flancs blancs d'acier des bombes à neutrons

Que tu t'offres à prix d'or sur tes impôts forcés

Sur la sébile humiliante et dérisoire

Qu'il faut tendre pourtant à tous les carrefours pour aider à

freiner l'ardeur des métastases

Sur le mur de la honte et sur les barbelés

Sur les fronts dégarnis des commémorateurs

Pleurant au cimetière qu'ils ont eux-mêmes empli

Sur le petit écran qui bave encore plus blanc

Sur l’encéphalogramme éternellement plat

Des musclés, des Miss France et des rockers d'enfer

Sur l'étendard vainqueur de la médiocrité

Qui flotte sur les ondes hélas abandonnées

Aux moins méritants des handicapés mentaux

Sur la Bible et sur Mein Kampf

Sur le Coran frénétique

sur le missel des marxistes

Sur les choux-fleurs en trop balancés aux ordures

Quand les enfants d'Afrique écartelés de faim

Savent que tu t'empiffres à mourir éclaté

Sur le nuage

Sur la lune

Sur le soleil atomique

Sur le cahier d'écolier de mes enfants irradiés

J'écris ton nom

HOMME

 

Pierre Desproges : extrait de " chroniques de la haine ordinaire, vol 2 " Éditions du Seuil, 2004

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Poésie, #humour

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Publié le 14 Février 2014

Michèle Lesbre lors du salon du livre de Paris 2017.

 

" Sur le quai du métro, il n'y avait que quelques voyageurs et un vieil homme près duquel je me suis arrêtée. Il portait un imperméable beige et tenait une canne. Sur l'autre quai, une publicité pour des sous-vêtements masculins révélait le corps lisse et hâlé d'un jeune athlète , peut-être ai-je un souvenir précis de cette affiche à cause du petit homme voûté, de sa canne, de ce face-à-face insolite...

A un moment, mon regard a croisé le sien. Il m'a souri, je lui ai souri aussi. il avait une allure assez délurée malgré la canne et sa voussure, une sorte d'élégance fragile, quelque chose de désuet mais de charmant...

Puis le ronflement sourd de la rame qui s'approchait à grande vitesse a provoqué un frémissement parmi les rares voyageurs. le vieil homme s'est tourné vers moi avec toujours ce sourire limpide, j'ai cru qu'il allait me demander quelque chose, mais il a sauté sur les rails comme un enfant qui enjambe un buisson, avec la même légèreté...

Lorsque le bandonéon s'est de nouveau frayé un chemin dans le vacarme qui secouait la ville, un des danseurs est venu me chercher et tous les couples se sont remis en mouvement avec nous.

Il m'a dit, C'est Borges, un poème, vous le connaissez ?

J'ai dit oui, que je connaissais Borges, mais pas l'espagnol. J'ai ajouté que j'aimais une phrase de lui, Les dieux tissent des malheurs afin que les générations futures ne manquent pas de sujets pour leurs chants. Je ne savais plus où je l'avais lue.

Il m'a dit encore, pour moi, ce tango, c'est comme cette pluie mais à l'intérieur de moi, vous comprenez ?

Oui, je crois que je comprends, ce soir surtout.

A cause de l'orage ?

Non...

Je me suis alors souvenue de ce personnage d'un film hongrois qui prononçait des mots semblables dans un bar enfumé, alors qu'une pluie diluvienne noyait le paysage alentour.

Connaissez-vous la pluie intérieure ? demandait-il à l’assemblée un peu éméchée, et personne ne répondait.

J'ai murmuré à l'oreille de l'homme, Pour moi elle va durer, et j'ai évoqué le vieil homme...

Il m'écoutait, je lui ai parlé longtemps... Avant que je ne m'en aille, il a juste prononcé ces quelques mots, Son sourire vous a donné quelque chose qu'il faut garder.

Michèle Lesbre : extrait de " Écoute la pluie " Sabine Wespieser Éditeur, 2013

https://www.telerama.fr/livres/ecoute-la-pluie%2C94519.php

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mich%C3%A8le_Lesbre

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Littérature Française, #Poésie

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Publié le 6 Février 2014

" J'ai beaucoup traîné sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale en Lorraine, à Verdun, en Argonne... Je me suis alors intéressé à tout, même à ce que l'on vend dans les boutiques de souvenirs : une carte postale de Pétain à côté d'une autre qui donne la recette de la quiche lorraine... Mais ce qui m'a le plus frappé, c'est que la guerre de 14-18, qui est tout de même finie depuis 91 ans, a en ces endroits, une présence absolument incroyable, à la fois matérielle et fantomatique. Le plus stupéfiant, c'est peut-être le lieu-dit " Les Eparges" où la terre, au sens physique, n'est pas sortie du cauchemar de la guerre. C'est aujourd'hui recouvert d'arbres, mais il y a un vrai effet de linceul, parce que ces "couverts", comme on disait, sont venus recouvrir une terre encore abîmée et bouleversée dans sa surface même. Et c'est si impressionnant et tellement pétri de deuil qu'on ne peut pas rester longtemps et qu'on finit par s'enfuir. Même si on ne savait pas qu'il y a 50 000 corps au-dessous de cette forêt trouée et aussi, il faut le dire, très belle, très calme, on le sentirait encore, on sentirait que quelque chose ne va pas. Peut-être que dans quelques siècles ce sera passé, effacé, peut-être qu'effectivement les ondes ne sont pas infinies, mais peut-être aussi qu'elles le sont : prenez la grotte Chauvet, 26 000 ans en arrière, et hop ça ressort. Et là le plus incroyable peut-être ce sont les traces de ce jeune homme qu'on a retrouvées, qui n'était pas un de ceux qui ont peint les parois, il avait juste pénétré dans la grotte 3 000 ans plus tard et l'on a ses pas, son chemin, la trace de son passage, quelque chose de si furtif, de si lointain, devenant soudain si proche. ou prenez encore Le Creusot. Toute la ville a été créée au XIXème siècle autour de la forge et aujourd'hui on a tout enlevé. Du coup, quand on s'y promène, on a l'impression de traverser une banlieue dont le centre n'est nulle part et on ressent donc toute la ville comme un vaste lamento autour de la forge disparue. C'est une ville d'une tristesse très profonde, pas accablante, mais très profonde. Peut-être donc qu'en vérité rien ne disparaît véritablement.

Jean-Christophe Bailly : extrait d'entretien pour la revue Vacarme, Hiver 2010

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Christophe_Bailly

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits d'entretiens, #Dans la Presse

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