Publié le 14 Mars 2015

 

" Quand on rit, est-ce qu'on rit au premier degré ou est-ce qu'on est capable de ne pas prendre les choses telles qu'elles sont écrites et présentées ? Le principe du rire est justement de créer le décalage entre ce qui est écrit ( et que l'on pourrait prendre au premier degré) et notre esprit critique ( qui nous fait dire : mais non, évidemment, c'est de l'humour). Aujourd’hui, il semble que l'on ne sache plus dire si tel roman relève de l'humour ou pas : on a peur que ce soit vrai. On lit au premier degré. Au degré le plus basique. Dans le cas Houellebecq , par exemple, il s'agit d'un conte drôlatique. Lui-même l'a expliqué, je crois. Or aujourd'hui beaucoup disent qu'il, faut prendre ce roman au pied de la lettre, que c'est islamophobe, que Houellebecq se rend complice de cette soumission qu'il met en scène dans son roman...C'est totalement absurde. Il faut apprendre à lire. Et mettre des limites au politiquement correct, qui est en train de nous dévorer. L'écrivain à droit au politiquement incorrect, aux hypothèses les plus folles, les plus farfelues. Voila ce qu'il faut enseigner aujourd'hui à l'école. Deux priorités donc : premièrement, apprendre à lire ; deuxièmement, accepter le politiquement incorrect. Et j'ajouterai, troisièmement,; apprendre à faire la différence entre le réel et l'imaginaire. Certaines de nos élites, politiques, mais aussi journalistiques, sont obsédées par le moralisme. Et ce sont les mêmes qui viennent ensuite défiler pour la liberté d'expression... En faisant de la conformité au politiquement correct la valeur numéro un, on tue la littérature.

 

Elisabeth Badinter : extrait d'entretien, dans le magazine Lire, Mars 2015

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits d'entretiens, #Littérature Française, #philosophie

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Publié le 9 Mars 2015

 

" Qu'est-ce que provoquer ? C'est avoir le courage d'affronter des idées reçues. De s'opposer à la pensée majoritaire. Dire quelque chose qui va contre le consensus. La provocation peut être de mauvais goût, absurde, engendrer critiques et réactions, mais elle est nécessaire. Provoquer, au sens artistique du terme ( je ne parle pas de la provocation à la violence), nous oblige à ouvrir les yeux, à casser le monde dans lequel on vit pour se mettre à réfléchir. La provocation, quand elle vient de l'artiste, suscite la réflexion : on est d'accord ou on n'est pas d'accord et, en disant cela, on pense par soi-même au lieu de rabâcher des idées reçues. Prenez Picasso : c'était de la provocation, à l'époque. Giacometti, idem. Quand ils représentent un monde de façon aberrante pour les yeux de leurs contemporains, ceux-ci peuvent crier tant qu'ils le veulent ou bien ils peuvent se mettre à réfléchir, à élargir leur vision du monde, à voir dans les œuvres provocatrices de nouvelles hypothèses et de nouveaux paysages. La provocation est donc très précieuse. Elle est absolument nécessaire en démocratie...

Il ne suffit pas d'épater le bourgeois pour être provocateur. Mais dès qu'un artiste, un intellectuel, parfois un politique, introduit un élément qui casse les lignes, alors il y a provocation au sens noble du terme. Le provocateur n'est pas celui qui veut se faire mousser mais celui qui parvient à nous faire changer d'avis sur nos certitudes, nos sensations, notre vie... "

 

Élisabeth Badinter : extrait d'entretien dans le magazine Lire, mars 2015

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Dans la Presse, #philosophie

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