Publié le 22 Janvier 2016

 

" Après sept ans passés à Stanford, Thiel (Cofondateur et PDG de PayPal, NDLR) partit faire son stage à Atlanta ( il passa des entretiens avec les juges de la Cour Suprême Antonin Scalia et Anthony Kennedy mais ils ne le prirent pas - le premier revers de sa vie, et un traumatisme). Puis il fut embauché par le vénérable cabinet d'avocats new-yorkais Sullivan et Cromwell où il se spécialisa dans le droit boursier. Là; la situation commença à lui échapper un peu. Il dit plus tard avoir vécu à New-York "une crise de quart de vie brutale". Le boulot l'ennuyait. S'il avait été marxiste, il aurait parlé de travail aliéné - consacrer quatre-vingts heures par semaine à une chose à laquelle il ne croyait pas dans le seul but d'espérer devenir avocat associé au bout de huit ans, avec les quarante prochaines années de sa vie toutes tracées devant lui. Ses principaux rivaux étaient dans la même pièce, juste à côté de lui, ils se battaient comme des fous pour des enjeux fixés en interne, sans aucune valeur transcendante. Et c'était le problème le plus grave : Thiel commençait à remettre en cause la compétition. A la fac de droit, il n'avait pas autant travaillé et il n'avait pas eu ses notes habituelles, parce qu'il ne savait plus très bien à quoi elles pouvaient lui servir. Au lycée, il savait - les bonnes notes servaient à entrer dans les bonnes universités ...

Après sept mois dans le cabinet d'avocats, il démissionna et partit travailler comme trader de produits dérivés - options sur devises - au Crédit suisse. C'était stimulant pour son esprit mathématicien et il resta plus longtemps à Wall Street qu'au cabinet d'avocats, mais pas beaucoup. Le problème était le même que chez Sullivan et Cromwell : il était engagé dans une compétition effrénée avec ses collègues sans être vraiment convaincu des enjeux plus généraux de ce qu'il faisait...

Il y avait une dimension philosophique à sa crise de quart de vie brutale. A Stanford, il avait assisté à une conférence de René Girard,et il en était venu à se passionner pour les livres du philosophe français. Girard avait développé une théorie du désir mimétique, selon laquelle on apprenait à vouloir les mêmes choses, qui tentait d'expliquer les origines de la violence. La théorie avait une dimension mythique et sacrée - Girard, un catholique conservateur, expliquait le rôle du sacrifice et du bouc émissaire dans la résolution des conflits sociaux - qui séduisait Thiel, en proposant une base pour la croyance chrétienne sans le fondamentalisme de ses parents...

Il y avait un terme contemporain pour ce que Girard décrivait : le "statut social". A New York, la lutte pour le statut était terrible partout. Tout le monde était au-dessus de quelqu'un d'autre dans un gratte-ciel infini - tu regardais en bas et tu n'en voyais pas le bout, tu regardais en haut et tu n'en voyais pas le bout, et tu passais des années à monter les marches, en te demandant tout du long si tu avais réellement progressé ou s'il ne s'agissait que d'une illusion d'optique.

Pendant l'été 1994, Thiel loua une maison dans les Hamptons avec son colocataire et d'autres amis. Le week-end tourna au cauchemar. Tout était hors de prix, la location médiocre et il fallut se battre avec tout le monde du début à la fin - un exemple classique de produit dont le coût n'avait rien à voir avec sa valeur réelle. New York était trop cher- c'était sa conclusion. Les avocats devaient porter des costumes de marque, les banquiers devaient boire et manger luxueusement. En 1996, Thiel gagnait environ cent mille dollars par an au Crédit suisse et son colocataire trois fois plus. Il avait trente et un ans, trois ans de plus que Thiel, et il était fauché. Il dût emprunter de l'argent à son père.

C'est à ce moment là que Thiel quitta New York et décida de s'installer dans la Silicon Valley pour de bon...

George Parker : extrait de : "L'Amérique défaite" Éditions Piranha 2015

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 14 Janvier 2016

 

" La littérature ne peut rien. A part faire évoluer les esprits. Mais c'est un processus lent, très lent. je pense à ce que la littérature a fait pour moi... Elle a changé mon esprit. J'avais 13 ans, ma prof de lettres m'a donné tout Stendhal à lire. C'était une vieille dame très pauvre, mais une grande maîtresse de classe. Elle était francophile. Quand j'étais en première, elle m'a fait découvrir Apollinaire, puis Rabelais, et j'ai dévoré tous ces écrivains avec mon frère, qui était un très grand lecteur. Faire mûrir l'esprit, c'est ce que peut la littérature. Ça rend les imbécillités plus visibles, je pense. La littérature peut présenter les choses de façon plus claire, parce qu'elle n'a pas de préjugés politiques. Je croirais plus facilement un romancier qu'un sénateur. J'ai une idée que je tente de faire admettre : chaque représentant au Congrès devrait passer un examen en littérature et en histoire mondiale. Ça montrerait à quel point ils sont idiots. Ils ne savent rien, pour la plupart d'entre eux. Regarde Donald Trump aujourd'hui ou Sarah Palin hier, tu sais la nana sexy qu'ils avaient dégotée il y a quelques années au Tea Party ! Bon vous avez la même chose en France, hein, avec Marine Le Pen qui fait 20% des voix ou plus... En moins sexy. Leurs discours est le même : que ce soit les Mexicains ou les Arabes, foutons les dehors à coup de fusil ! Sais-tu qu'il y a eu un sondage cette année* :ils ont interrogé les gens des droites religieuses au sujet de la torture ; eh bien tous étaient unanimement d'accord pour autoriser le supplice de la baignoire ! Pourquoi les chrétiens de ce pays approuvent-ils la torture ? C'est dingue, non ?J'ai failli me noyer à plusieurs reprises à la pêche, et je sais d'expérience qu'il n'y a rien de plus déplaisant que cette sensation de se noyer. La baignoire... N'avons-nous rien appris de l'histoire ? De la Résistance et de l'Occupation en France ? "

Jim Harrison : extrait d'un entretien pour le magazine Lire, octobre 2015

* aux États-Unis

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Dans la Presse, #Littérature Américaine

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