Publié le 16 Mai 2017

" N'est-ce pas l'une des vocations de la littérature de faire le récit sans pitié de l'ascendance et de l'oppression ? Dans une société, la nôtre, qui se réclame de la souveraineté populaire, mais où le parlement compte moins de trois pour cent d'ouvriers et d'employés, je trouve naturel de renouer avec cette tradition majeure...

   Au-delà des évènements qu'ils relatent, mes livres explorent une situation au long cours, un état général qui se reflète ici ou là dans des circonstances particulières. C'est cet état général, cette inégalité persistante entre les hommes, que le présent devine à travers les émeutiers de la Bastille ou les suicidés de mars 1938. Mes livres parlent avant tout d'aujourd'hui, parce que la vérité que nous poursuivons, c'est à partir des forces du présent qu'elle nous brûle."

 

Eric Vuillard, à propos de son dernier livre : " L'ordre du jour", dans le magazine Lire de Mai 2017

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Dans la Presse, #Littérature Française

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Publié le 12 Mai 2017

" Assise au bord du lit, elle se dit que ça n'allait pas, en fin de compte. Ses mains tremblaient. Elle les regarda. Jamais elle n'aurait cru qu'elle puisse être aussi fragile en dedans, assise là à frissonner, le nuage intérieur de nouveau au-dessus d'elle.

   Elle décrocha le téléphone et composa le numéro, elle attendit cinq sonneries. Pas de réponse. Pas de répondeur. Elle reposa le combiné, puis elle se leva pour aller à la fenêtre. La rue se dissolvait dans l'obscurité, et le reflet de son visage. Elle rappela le numéro, pas de réponse cette fois non plus. Elle finit par éteindre la lumière et s'allonger les mains croisées sur la poitrine, comme elle faisait quand elle était adolescente et pieuse, et qu'elle voulait prier pour s'endormir. Elle pensa à ces nuits où, complètement réveillée dans le noir, elle essayait d'inventer en rêve la vie qu'elle allait vivre, se demandant, s'inquiétant de savoir où elle irait, qui elle rencontrerait, ce qu'elle trouverait à faire ou à être, et si elle serait heureuse ou non dans cette vie là, si loin, dans ce là-bas magique, cet avenir qui tardait tant à arriver."

 

 Richard Bausch : extrait de " Couvert", dans le recueil de nouvelles " Quelque chose est là-dehors", Gallimard 2013

 

 

  Du même auteur, dans Le Lecturamak :

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Littérature Américaine

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Publié le 5 Mai 2017

" L' être africain subsaharien qui va entrer dans le futur est un être transformé, et il faut qu'il fasse la paix avec cette transformation. Il faut qu'il fasse la paix avec le fait qu'une part de lui vienne de ses oppresseurs. C'est avec cela qu'ils sont en lutte, c'est cela qu'ils doivent accepter. L'Afrique s'appelle l'Afrique parce que les Européens l'ont décidé ainsi. Nous sommes des Africains et des Noirs parce que d'autres nous ont définis ainsi. Je comprends la mélancolie, mais je la veux porteuse de créativité...

   J'indique les éléments problématiques dans les termes que nous employons. J'aimerais que l'on sorte des catégories raciales : que pourrait-on dire à la place de "blancs" et "noirs" ? "Métissage" est un terme racialisant, et même animalier. Je préfère parler "d'identité frontalière" en définissant la frontière non pas comme un lieu de rupture, mais comme un lieu de médiation. En Afrique, la frontière se pensait autrefois comme un lieu où les populations échangeaient...

   Je pense qu'un pays ne peut pas s'appeler "Côte d'Ivoire". Ni "Cameroun", qui vient du portugais "Camaro", qui signifie "crevette". Un pays ne peut pas s'appeler "crevette". Lorsque les navigateurs portugais sont entrés dans l'estuaire du Wouri, le fleuve qui traverse Douala, c'était une année exceptionnelle en écrevisses, voilà pourquoi le pays a été baptisé crevette ! Ce n'est pas pour rien que Thomas Sankara a rebaptisé son pays le Burkina Faso. Le Ghana a cessé de s'appeler "Côte de l'Or". Et pourquoi l'Afrique du Sud s'appelle ainsi ? Ce pays n'a pas de nom, vous imaginez un pays qui s'appellerait Europe du Sud ? ...

 

Léonora Miano, extrait d'un entretien pour le magazine Transfuge n°101, septembre 2016

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Publié le 1 Mai 2017

 

Alan Turing en 1936.

En décembre 2013, la reine d'Angleterre a accordé son pardon à Alan Turing, le savant qui a aidé à découvrir des codes secrets allemands pendant le Seconde Guerre mondiale puis a été inculpé pour homosexualité et s'est suicidé. Accorder son pardon est la manière monarchique de demander pardon, je présume. Au printemps 2014, l'exquis Premier ministre de Turquie, Erdogan, a présenté les condoléances de son pays pour les massacres des Arméniens en 1915. Cette manière des puissants de faire semblant de s'excuser : on pardonne à l'innocent, on présente des condoléances  pour un meurtre qu'on a commis, et on reste irresponsable. "Je vous présente mes condoléances", dit Hitler aux juifs. " Entrez au Panthéon, monsieur"

Charles Dantzig : Magazine Littéraire, juillet-août 2014

https://fr.wikipedia.org/wiki/Alan_Turing

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Dans la Presse

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