Publié le 25 Août 2017

Winedale Shakespeare Festival

" Le chien montre les dents, le malheureux s'enfuit

   C'est une parabole de la vie politique,

   Le pouvoir n'est rien d'autre que la loi du plus fort.

   Si le chien est puissant, le chien est couronné,

   Un chien a le pouvoir, ce chien EST le pouvoir.

   Eh toi le policier aux mains tachées de sang,

   Tu frappes une putain mais c'est toi le coupable,

   Tu mérites les coups, c'est toi qui la désire !

   Tu veux faire avec elle ce pourquoi tu la fouettes !

   Et le banquier fait pendre un misérable escroc !

   Sous les habits troués tous les vices apparaissent

   mais toges, robes et fourrures cachent tout !

   En haillons une paille de Pygmée vous transperce !

   Mais le mal en armure d'or brise l'épée de justice !

   Personne n'est coupable, non, personne, personne !

   C'est moi qui te le dis, moi qui ai le pouvoir

   De coudre les lèvres de mes accusateurs !

   Trouve des yeux de verre et en bon politique

   Dis que tu vois très bien ce que tu ne vois pas..."

 

William Shakespeare :" Le roi Lear", dans une traduction d'Olivier Py, Actes Sud, 2015

 

  
  

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #theatre, #Les Classiques

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Publié le 18 Août 2017

" Avec les pêcheurs et la vie sur le fleuve, les belles péniches et leurs mariniers, vivant à bord, les remorqueurs avec leurs cheminées qui se rabattaient d'avant en arrière au passage des ponts, tirant tout un train de péniches, les grands ormes sur les berges de pierre, le long du fleuve, les platanes, et, par endroits, les peupliers, je ne pouvais jamais me sentir seul au bord de la Seine. Il y avait tant d'arbres dans la ville, que vous pouviez voir le printemps se rapprocher de jour en jour jusqu'au moment où une nuit de vent chaud l'installerait dans la place, entre le soir et le matin. Parfois d'ailleurs les lourdes pluies froides le faisaient battre en retraite et il semblait qu'il ne viendrait jamais et que ce serait une saison de moins dans votre vie. C'était le seul moment de vraie tristesse à Paris, car il y avait là quelque chose d'anormal. Vous vous attendez à être triste en automne. Une partie de vous-même meurt chaque année, quand les feuilles tombent des arbres dont les branches demeurent nues sous le vent et la froide lumière hivernale ; mais bous savez déjà qu'il y aura toujours un printemps, que le fleuve coulera de nouveau après la fonte des glaces. Aussi, quand les pluies froides tenaient bon et tuaient le printemps, on eût dit la mort inexplicable d'un adolescent.
   Et même si le printemps finissait toujours par venir, il était terrifiant de penser qu'il avait failli succomber."

 

Ernest Hemingway : extrait de "Paris est une fête", Gallimard, 1964

 

 

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Publié le 1 Août 2017

Miguel Bonnefoy

" Adulte, dans la rue, il ne cherchait  qu'à produire l'effet d'un individu quelconque, absolument anonyme, pris entre mille autres, dont la mesure et la sobriété, la pudeur et la convenance, ne seraient prises en défaut nulle part. Il évitait toute dispute, toute violence, puisqu'il ignorait ses droits et ne pouvait les défendre. Il réfléchissait d'une manière télégraphique, en supprimant les prépositions. Devant les autres, il ne se taisait que pour sentir le silence le protéger à la façon d'une carapace, comme d'autres ne parlaient que pour sentir sur leur langue l'impatience de leurs propos. Étranger à la beauté des phrases, la discrétion était sa demeure. Et dans cette torpeur, il ignorait les inconvénients de son silence comme le sage ceux de sa sagesse.

   Il fit ici et là de petits métiers obscurs, à la fois coursier et manœuvre de chantier, tantôt serveur dans un antre infréquentable, tantôt tanneur dans des entrepôts puants. Il travaillait quand il pouvait, sans âpreté ni avarice, gérant l'argent comme l'eau qu'on boit, seulement quand on a soif. Il évitait les gagne-pain officiels et fuyait les écoles. Du peuple qui l'avait vu naître, il ne portait dans ses veines que la résistance et la servitude.

   Ce n'est pas de vivre dans la misère qui rend misérable, mais de ne pas pouvoir la décrire..."

Miguel Bonnefoy, extrait de " Le voyage d'Octavio" Payot et Rivages, 2015.

 

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