Publié le 20 Juin 2018

John dos Passos, N.York 1940

" Elle s'installa , heureuse, sur la banquette de cuir du taxi, respirant à pleins poumons l'air matinal aux senteurs de rivière. Le chauffeur lui sourit jovialement quand il eut fait glisser la malle de dessus son dos sur le marchepied.

   "Pas légère, miss.

    - Je regrette que vous ayez eu à la porter seul.

    - Oh ! J'peux en porter de plus lourdes. 

    - Conduisez moi à l'hôtel Brevoort, 5e Avenue, près de la 8e Rue."

  Quand il se pencha pour mettre le moteur en marche, l'homme repoussa sa casquette, laissant retomber sur ses yeux ses cheveux roux bouclés.

   "Ça va , j'vous conduirai où vous voudrez", dit-il. Et il sauta sur le siège dans le taxi trépidant. Quand ils débouchèrent dans la lumière ensoleillée et vide de Broadway, un sentiment de bonheur s'éleva en elle en sifflant comme une fusée. L'air la fouettait au visage, frais, excitant. Le chauffeur lui parlait par-derrière, par la fenêtre ouverte. 

   "J'pensais que vous alliez prendre un train pour vous en aller quelque part, miss.

    - Je m'en vais bien quelque part.

    - Ça sera une belle journée pour s'en aller quelque part.

    - Je me sauve de chez mon mari." 

  Les mots lui échappèrent avant qu'elle ait pu les retenir.

   " Il vous a fichu dehors ?

    - Non, je ne peux pas dire ça, dit-elle en riant.

    - Moi, ma femme m'a fichu dehors, il y  a trois semaines.

    - Comment ça ?

    - Elle a fermé la porte à clef une nuit que je rentrais tard et elle a refusé de m'ouvrir. Elle avait fait changer la serrure pendant que j'étais à travailler.

    - Tiens, c'est une idée assez comique.

    - Elle prétend que j'étais trop souvent soûl. J'n'irai pas la retrouver et j'n'ai pas envie de l'entretenir, non plus... Elle peut bien me faire coller en prison, si elle veut... J'm'en fous... J'vais prendre un appartement avec un copain dans la 22e Avenue. On aura un piano et on vivra tranquilles sans s'occuper des jupons.

    - Le mariage ne vaut pas cher, hein ?

    - J'vous crois. Ce qui nous y pousse c'est très bien, mais se marier, ça ressemble au lendemain matin. "

 

  John Dos Passos :  extrait de Manhattan Transfer, Gallimard , 1928

https://www.babelio.com/auteur/John-Dos-Passos/68395/critiques

Photo credit: Archives of American Art, Smithsonian Institution on Visualhunt / CC BY-NC-ND

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Littérature Américaine

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Publié le 8 Juin 2018

" Il n'y a pas trace d'une évidence cannibale traversant les sociétés. Le cannibalisme est un phénomène évanescent : ses frontières sont "si floues qu'il en devient indéfinissable comme pratique constituée ", avance Lévi-Strauss. Ce que l’anthropologue doit décrypter, ce sont ses représentations, les sources, les discours, la façon dont les acteurs sociaux le symbolisent, le traduisent, le ritualisent. Car le cannibalisme ne s'énonce jamais comme un fait brut ; il est pris dans un échange, une relation. En ce sens, comme le dit l'anthropologue Marshall Sahlins, il "est toujours symbolique même quand il est réel". Par le langage, dans un contexte particulier, des acteurs produisent un récit sur le cannibalisme. C'est l'observateur extérieur qui accole le mot de cannibale à des pratiques très diverses...

L'accusation stéréotypée est toujours brandie pour stigmatiser, soumettre, spolier le peuple prétendument cannibale. Dans sa Chronique des Indiens Guayaki (1977), l'ethnologue Pierre Clastres a bien analysé ce mécanisme ; aux XVIème et XVIIème siècles, la guerre contre les tribus indiennes fut légitimée par leur cannibalisme : "La liste des populations cannibales s'allongeait à proportions des besoins en esclaves des colons", écrit-il...Accuser les Indiens de cannibalisme justifiait de les massacrer et de leur prendre leurs terres. Le même phénomène s'est produit avec les Aborigènes, soumis par les Anglais en Australie. Le mythe cannibale a toujours légitimé la possession coloniale. Le cannibalisme, c'est un imaginaire, mais qui produit du réel...

Le penseur hollandais du XVIIIème siècle Cornelius De Pauw est le premier à avoir suggéré que la découverte de l'Amérique pouvait être vue comme un gigantesque processus de dévoration des Indiens américains par les Européens. Cette plasticité du cannibalisme en fait un concept très productif : il mobilise toujours plusieurs réalités et joue en différents sens. Dialectique, il peut se retourner en son contraire car on est toujours le cannibale de l'autre. En Afrique, les Blancs aussi étaient vus comme des cannibales. Le cinéaste John Huston, lors du tournage au Congo Belge de l'Odyssée de L'African Queen (1951), fit face à cette angoisse : craignant d'être mangés par l'équipe, les figurants du village voisin ne se présentèrent pas le premier jour ! Les Indiens des contreforts des Andes pensaient aussi que les Européens étaient des cannibales, qui utilisaient leur graisse pour alimenter leurs machines, accroître leurs forces et produire davantage..."

Mondher Kilani  : extrait d'un entretien pour Télérama 3561, du 11/04/2018, à propos de son livre " Du goût de l'autre. Fragments d'un discours cannibale" Seuil 2018

Photo credit: Philippe Clabots (#PhilippeCPhoto) on Visualhunt / CC BY-NC-SA

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits d'entretiens, #Anthropologie, #Dans la Presse

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Publié le 4 Juin 2018

"Je suis cet homme

qu'on ne voit pas

dont le cœur cogne

sans résultat

Je suis cet homme

qu'on n'écoute pas

une cloche qui sonne

qu'on n'entend pas

 

Dieu seul me voit   ? "

 

Bertrand Betsch, extrait de " Dieu seul me voit " de l'album " la nuit nous appartient "

( le point d'interrogation final est de l'auteur de ce blog)

Photo credit: mpix46 on VisualHunt.com/ CC BY-NC-SA

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Chansons, #Chanson Française

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