Publié le 29 Octobre 2018

Willy Stöwer  (1864–1931)Stöwer_Titanic_(colourized).jpg
Willy Stöwer (1864–1931)Stöwer_Titanic_(colourized).jpg

" En fait, je n'aime pas que les choses soient trop évidentes, je n'aime pas non plus trop expliquer les choses. Dans Sombre dimanche, une des femmes se brise le cou et meurt. Je ne voulais pas que le lecteur sache laquelle, parce que je ne le savais pas moi-même... Cela aurait pu être n'importe qui, et le lecteur aurait pu choisir. Dans les premiers livres je savais plus ou moins ce que je faisais parce que les choses tournaient autour de ma mère, de mon père et de mes tantes... Lorsqu'il s'est agi d'écrire sur Scott, sur le Titanic , sur la Crimée, je ne savais plus ce que je faisais. Mais je savais comment tricoter l'intrigue...

  Lorsque j'écris, je travaille jour et nuit. Je ne sors pas. Il m'arrive de ne pas me coucher, mais de simplement faire un somme sur le canapé. Souvent, je ne prends pas de bain, parce que le plaisir de prendre un bon bain après cinq jours, et de me laver les cheveux, me revitalise. Je fume, mais je ne bois pas. Lorsque j'écris des articles pour les journaux, il m'arrive de boire un verre, ou si je suis bloquée dans un livre, je peux boire un coup. Je vis comme ça jour et nuit pendant quatre mois, et puis c'est fini, le livre est terminé et je prends un bon bain...

 

  Mon mari, Austin Davies, a été le professeur de John Lennon à la Liverpool Art School. En fait, le soir où nous nous sommes séparés, mon mari donnait une fête chez nous à laquelle étaient venus les Beatles, John Lennon, Stuart Sutcliff - celui qui est mort - et je ne me rappelle plus qui. La fête a duré trois jours et trois nuits ; je suis partie m'installer au bout de la rue chez une amie avec les enfants, et nous avons par la suite divorcé à l'amiable. Je n'ai jamais revu les Beatles..."

 

Beryl Bainbridge : extrait entretien réalisé en 2000 . Paris Review Anthologie volume 2, Christian Bourgois, 2011

https://en.wikipedia.org/wiki/Beryl_Bainbridge

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits d'entretiens, #Littérature Anglaise

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Publié le 15 Octobre 2018

Belfast
Belfast

Seulement tard dans la nuit et d'un point de vue élevé, vous contemplez la ville comme une chose unique, un phénomène unifié. quand tous dorment, le chaos diurne trouve son unité et, au moins géographiquement, la ville apparaît comme une entité globale. On la voit entourée de ses cercles de basalte noir, de montagnes, de falaises et de plateaux. On aperçoit dans la vaste baie la mer obscure qui lape les fondations de la métropole et mouille jusqu'à son cœur. On remarque alors que Belfast est, très littéralement, une décharge. Son centre est bâti sur un terrain plat qui n'était tout simplement pas là il y a deux siècles. On a déversé de la terre dans la mer et on y a construit Belfast. Terre rapportée, artifice urbain. La ville est une plage surélevée, un contrefort. Les autochtones disent qu'elle est sortie de l'eau comme une déesse, mais en vérité elle a été jetée à la mer et n'a point coulé.

Belfast, c'est Rome avec davantage de collines ; c'est l'Atlantide sauvée des flots. Et, où qu'on soit, où qu'on regarde, les rues brillent comme des bijoux, comme de menues guirlandes d'étoiles. 

Selon certains, la ville compte 279 000 habitants, 130 000 hommes et 149 000 femmes, et tous ces gens se pressent sur 11 489 hectares. Selon certains, il y a ici un million et demi d'âmes - le Grand Belfast est aussi Belfast. Deux cathédrales, quelques quais, un port, de nombreuses collines et montagnes. Une ville située au niveau de la mer et tout au bord des terres.

Mais indépendamment du nombre de ses habitants et de sa taille, elle est magique. Cette nuit là, les rues exhalent une odeur lasse et éventée, l'air est plein de regret et de désir. Le temps semble passer et passé. La ville apprend à vieillir."

 

Robert Mc Liam Wilson : extrait d'Euréka Street, Christian Bourgois, 1997.

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Littérature Irlandaise

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Publié le 11 Octobre 2018

Changer les manuels.

lin bisannuel ( à vérifier )
lin bisannuel (?) photo L.V. avril 2018

" Lorsque j'ai commencé à étudier la biologie végétale à l'université, j'éprouvais de l'intérêt pour la nature et pour la science, pas encore pour les plantes. Je pense d'ailleurs que les vrais connaisseurs des plantes ne sont pas les scientifiques, qui étudient en laboratoire, mais les jardiniers, qui les observent et les comprennent. C'est pendant mon doctorat que j'ai éprouvé un choc. Je devais regarder comment une racine se comporte face à un obstacle. La théorie disait que la racine bute sur l'obstacle et le contourne. J'ai construit une petite boîte transparente pour pouvoir faire des photos. C'était stupéfiant : la racine n'attendait pas de rencontrer l'obstacle pour le contourner. Plus extraordinaire, elle empruntait toujours le chemin le plus court. Cela voulait dire deux choses : elle "savait" avant de le rencontrer qu'il y aurait un obstacle. Et elle était en mesure d'en calculer la longueur. Une révolution ! De telles capacités sont censées être spécifiques du monde animal. J'ai dit à mes professeurs qu'il fallait changer les manuels. J'avais 27 ans, et j'ai commencé à regarder les plantes autrement. Mon combat contre ceux qui niaient les capacités d'analyse du monde végétal a commencé. Et pendant des années, les découvertes se sont enchaînées. Il fallait vraiment changer de perspective...

         

 Quand Aristote se plante.

   J'ai alors pris conscience du mépris dans lequel on tient le monde végétal. J'ai commencé à lire tout ce qui avait été écrit sur le sujet à travers l'Histoire. Ce qui m'a frappé, c'est l'absence des plantes dans la littérature, l'art, la philosophie, la religion... On en parle d'un point de vue esthétique, ou en fonction de leur usage, mais pas en tant qu'organismes vivants. Dans la Bible, Noé n'emporte sur l'Arche que des animaux. Et Daniel Defoe raconte pendant deux cents pages que Robinson Crusoé (1719) est entouré de végétaux et ne rencontre qu'au bout de deux mois son premier être vivant : une chèvre ! Jusqu'à Carl von Linné (1707-1778), et surtout Charles Darwin (1809-1882), notre vision du monde végétal a en effet été marqué par Aristote, qui a établi une répartition des êtres vivants selon qu'ils étaient ou non dotés d'une "âme". Les plantes n'héritaient que d'une âme de bas niveau, assez proche des choses inanimées. Aristote a eu force de loi sur les sciences, en particulier sur la biologie. Pourtant, cinquante ans avant lui, Démocrite avait pensé qu'on pouvait comparer les arbres à des hommes renversés, la tête enfoncée dans le sol. Et l'élève préféré d'Aristote, Théophraste, nous a légué le plus ancien traité de botanique, classant les espèces végétales selon des critères scientifiques. Lui était un fervent disciple de l'intelligence des plantes. mais on a préféré s'en tenir à Aristote....

 

Mouvement. 

 Il y a de multiples manières de définir l'intelligence. La plupart du temps, ses définitions la cantonnent à l'homme et aux animaux qui lui sont les plus proches. Nous sommes obsédés par l'idée qu'elle nous appartient en propre. Je me suis battu contre cette conception absurde... L'intelligence revêt de multiples formes, mais elle est toujours dominée par la nécessité de résoudre des problèmes. Sans cette capacité, il ne peut y avoir de vie. Ce que font les plantes pour les résoudre, tout comme les animaux mais de façon différente, est incroyablement complexe. Certains objectent que le cerveau d'un animal s'adapte vite à de nouvelles situations, alors qu'une plante ne sait pas s'adapter, ou du moins très lentement, par le processus de l'évolution. Je pense exactement l'inverse ! Ce sont les animaux qui sont incapables de s'adapter. Souvent, il ne résolvent pas les problèmes, mais se déplacent pour les éviter ! Une plante, si elle n'a pas assez d'eau ou pas assez de nutriment, ou si elle subit un danger, doit résoudre le problème immédiatement pour survivre. Les plantes s'adaptent non à cause de l'évolution, mais parce qu'elles sont immobiles. Voilà la différence majeure entre le monde végétal et le monde animal : le mouvement.

 

Résistance au stress.

   Les plantes ne cessent de communiquer. Elles échangent des informations sur l'état du sol, la présence de prédateurs. Très récemment, dans notre laboratoire, nous avons sélectionnés deux groupes de plantes et soumis l'un des deux à un stress - du sel dans le sol. Les plantes de ce groupe ont émis une substance chimique dans l'atmosphère qui est arrivée au second groupe, et ce groupe a développé une résistance à ce stress, en changeant sa physiologie. Le premier groupe n'a mis que quelques minutes à émettre cette substance chimique. Et, en une journée, l'autre groupe était capable de résister..."

 

Stefano Mancuso : extraits d'entretien pour Télérama 3567 du 23/05/2018

 

 Pour aller plus loin :

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Dans la Presse, #Sciences

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Publié le 5 Octobre 2018

Le méchant aussi, le malheureux aussi, l'homme d'exception aussi doivent avoir leur

Nietzsche : Le Gai Savoir , 1882
Nietzsche

philosophie, leur bon droit, leur soleil éclatant ! Ce n'est pas la pitié envers eux qui est nécessaire ! - cette trouvaille de l'arrogance, si longuement que l'humanité l'ait apprise et s'y soit exercée jusqu'à présent - ce ne sont pas des confesseurs, des êtres qui exorcisent les âmes et remettent les péchés qu'il nous faut instituer pour eux ! Mais une nouvelle justice ! Et un nouveau mot d'ordre ! Et de nouveaux philosophes ! La terre morale aussi est ronde ! La terre morale aussi a ses antipodes ! Les antipodes aussi ont droit à l'existence ! Il reste encore un autre monde à découvrir - et plus d'un !

Aux navires,  philosophes ! "

 

Nietzsche : Le Gai Savoir , 1882

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #philosophie, #Les Classiques

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