Publié le 21 Novembre 2018

Platon ( Raphael QS )

- Avançons donc, dit Socrate (à Agathon). Récapitulons les points sur lesquels nous sommes d'accord. N'est-il pas vrai que l'Amour premièrement, s'adresse à certains objets, ensuite qu'il s'adresse à ceux dont il éprouve le manque ?

  - Si, dit-il

  - Souviens-toi donc maintenant de quels objets, dans ton discours, il est amour. Si tu veux, je vais te le rappeler moi-même : tu nous disais, je crois, à peu près, que les dieux avaient réglé leurs différends grâce à l'amour du beau, car ils ne peut y avoir d'amour du laid. Ce sont à peu près tes paroles, n'est-ce pas ?

  - Oui, c'est bien cela 

  - Tu réponds exactement ce qu'il faut, camarade, et s'il en est comme tu le déclares, l'Amour ne devrait-il pas être amour de la beauté, et non point de la laideur ? (Agathon en fut d'accord). N'avons-nous pas admis qu'il aime ce dont il manque, et qu'il ne possède pas ?

  - Si

  - L'Amour manque donc de beauté, et n'en possède pas ?

  - Forcément.

  - Mais quoi ? Ce qui manque de beauté et ne possède en aucune façon la beauté, est-ce que toi tu l'appelles beau ?

  - Non point.

  - Dès lors, es-tu encore d'avis que l'Amour est beau, s'il en est  ainsi ?

  - Je risque fort d'avoir parlé sans savoir ce que je disais. 

  - Pourtant ce que tu as dit était très beau, Agathon. Mais encore une petite question : les choses bonnes ne sont-elles pas en même temps belles, selon toi ?

  - Elles le sont, à mon avis.

  - Alors, si l'Amour manque de ce qui est beau et si les choses bonnes sont belles, il doit manquer aussi de ce qui est bon.

  - Pour moi, Socrate, je ne suis pas taillé à te contredire : qu'il en soit comme tu dis.

  - Non, aimable Agathon, c'est la vérité que tu ne peux contredire ; Socrate, lui, on peut le contredire aisément.

 

Platon, extrait de " Le Banquet" env. 380 avant J.C

 

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Les Classiques, #philosophie, #Littérature Grecque

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Publié le 19 Novembre 2018

Shabbat à Williamsburg, où vit une très importante communauté hassidique ( juif orthodoxe).
Shabbat à Williamsburg, où vit une très importante communauté hassidique ( juif orthodoxe).

"J'ai une question à te poser annonça Chezky  dans le hall de la synagogue, où nous avions l'habitude de nous retrouver avant les prières du vendredi soir. As-tu déjà songé au fait que tes croyances religieuses, comme ta naissance dans l'État de New-York, résultent d'une succession de hasards et de coïncidences ? Et que si tu avais grandi dans une famille catholique ou musulmane, tu serais tout aussi convaincu par leurs enseignements que tu l'es des nôtres aujourd'hui ? Toi qui tiens tant à croire aveuglément, n'es-tu pas troublé par le caractère terriblement arbitraire de tes croyances ?"

   Aussi élémentaire soit-elle, cette question ne m'avait jamais traversé l'esprit jusqu'alors. Elle n'appelait pas vraiment de réponse, d'autant que les grands sages du judaïsme l'avaient résolu depuis longtemps - j'en étais convaincu. De quel droit aurais-je remis en cause une telle évidence ?

   La question me tarauda pourtant toute la soirée. J'éprouvais un léger agacement envers Chezky. Pourquoi se montrait-il si insistant me demandai-je en rentrant chez moi. Je revenais sans cesse au problème rhétorique qu'il m'avait posé, comme on ne peut s'empêcher de gratter une cicatrice qu'il faudrait laisser tranquille. Quelle était la solution ? Malgré moi, je ne pouvais m'empêcher de m'interroger : si je n'avais pas été élevé dans la religion juive, l'aurais-je choisie ? Si ,mes parents et mes professeurs ne m'avaient pas appris à réciter le Chema Israël à deux ans, "Torah Tsiva Lanou Moshe" à trois ans, les prières et les Psaumes à quatre, la Bible à cinq et le Talmud à huit ans, aurais-je cru à ces principes fondateurs comme j'y croyais à présent ?...

 

   Ainsi que je l'apprendrais par la suite, beaucoup de croyants ayant perdu la foi perçoivent dans les apports de la recherche scientifique le catalyseur de leur changement de vision du monde. C'était mon cas : la plupart de mes lectures dans ce domaine me déconcertaient. Les idées que j'avais toujours tenues pour acquises, confiant dans la parole des rabbins, certains que les textes sacrés recelaient des vérités absolues, m'apparaissaient désormais comme douteuses, voire fallacieuses. L'univers n'avait pas six mille ans, comme je l'avais toujours cru, mais plutôt quatorze milliards d'années ; loin d'être l'espèce noble et privilégiée façonnée par la main de Dieu à partir d'une poignée de terre au sixième jour de la Genèse, l'homme partageait un ancètre commun avec le chimpanzé - et même avec tout le règne animal. Sur ce point au moins, les Sages du Talmud, qu'on nous disait infaillibles, s'étaient manifestement fourvoyés...

     En posant sur le Talmud un regard plus critique, je m'apercevais que l'enseignement des Sages était entaché, comme tous les écrits de leur époque, par la superstition, la misogynie et la xénophobie, autant de failles qui ne faisaient pas nécessairement de ces auteurs des vauriens, mais les rendaient soudain plus humains et plus ordinaires à mes yeux.

   Enfin, rien ne fut plus dévastateur pour ma foi que la prise de conscience du caractère profondément humain de la Bible hébraïque, notre texte le plus sacré. Dès l'instant où je commençais à entrevoir la main de l'homme, et non celle de Dieu, dans ces pages splendides et bouleversantes, infiniment complexes, tissées de poésie et de métaphores, je ne fus plus capable de revenir sur mes pas.

  D'après le Zohar, le texte du XIIIème siècle qui a donné naissance à la mystique juive, "Dieu a contemplé la Torah et créé l'univers" La Torah, divine et éternelle, est le modèle et la matrice de toute création.

    Je l'avais cru, moi aussi. À présent, je posais un autre regard sur le texte sacré. Je découvrais que La Torah, l'essence même de notre foi, loin d'être un document immuable transmis de génération en génération depuis trois mille cinq cents ans, résultait manifestement d'un assemblage de fragments issus de la Haute Antiquité, patiemment compilés et remaniés au cours des siècles suivants. Telle était du moins la vision qu'en offraient tous les spécialistes de la datation des textes bibliques. Rien ne m'obligeait à les croire, mais les preuves qu'ils avançaient à l'appui de leurs démonstrations me parurent irréfutables. Soudain, le caractère profondément étrange de ce texte - ses contradictions, ses anachronismes, cette accumulation déconcertante de crimes fratricides, de génocides, de miracles et de drames familiaux - prenait sens à mes yeux, mais un sens bien différent de celui qui m'avait été inculqué. Si, d'un point de vue historique et anthropologique ( point de vue que soutenaient les récentes découvertes archéologiques et la comparaison avec d'autres textes antiques du Proche-Orient), la Bible ouvrait indéniablement une fenêtre fascinante sur le monde de nos ancêtres, d'un point de vue théologique, pour moi, elle ne tenait plus la route..."

 

Shulem Deen : extrait de "Celui qui va vers elle ne revient pas" Globe, l'école des loisirs, 2017

 

   Critiques de Presse :

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Littérature Américaine

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Publié le 11 Novembre 2018

Le long du quai les grands vaisseaux que la houle incline   

en silence oscillent                                                      

Un vieux gréement à La Rochelle, photo L.V, juin 2018
Vieux gréement, photo L.V, 2018

comme les berceaux que la main des femmes

balance.

Vient le jour des adieux.

Et ce jour là les grands vaisseaux, fuyant le port qui diminue, sentent leur masse retenue

par l'âme des lointains berceaux. "

 

Pascal Quignard : extrait de" Dans ce jardin qu'on aimait", Grasset et Fasquelle 2017

https://www.babelio.com/livres/Quignard-Dans-ce-jardin-quon-aimait/950318

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak : 

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #poésie, #Littérature Française

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Publié le 6 Novembre 2018

Il y a un conte de fées sur un prince et des pierres noires. Au sommet d'une montagne de cristal se trouve une

Jeanette Winterson photo mariusz kubik
Jeanette Winterson

princesse, c'est-à-dire l'objet qui a la plus haute valeur, l'objet désiré. Le prince, le héros, le sujet en quête, veut atteindre la princesse, cet objet de très grande valeur. Il commence à escalader la montagne, qui est en cristal et donc extrêmement glissante et difficile. Pendant un temps, il se débrouille bien. Puis ces pierres noires qui sont sur son chemin se mettent à parler et elles disent : " Tu es idiot. Pourqupoi grimpes-tu cette montagne ? Tu n'arriveras jamais au sommet. En tout cas quand tu arriveras au sommet, cela ne vaudra pas le coup, il n'y a rien." Ou alors : " Tu vas mourir de soif, tu vas mourir de faim. " Cela continue durant toute l'ascension  ; il devient de plus en plus déprimé, et il pense : " Je n'arriverai jamais, jamais au sommet. " Ensuite, bien sûr, le héros finit par arriver au sommet et libère la princesse. Il regarde derrière lui et se rend compte que les pierres noires étaient les âmes de tous ceux qui avaient échoué avant lui et qui ne voulaient donc pas que quelqu'un d'autre réussisse, parce que la seule chose qui les justifiait était leur échec. C'est une histoire utile si vous êtes écrivain, parce que la route est pleine de pierres noires. Tout ce que vous savez, c'est qu'il y a cette chose de très grande valeur, inestimable, que vous voulez continuer à tenter d'atteindre. Chaque fois , en grimpant la roche glissante, sans aucune impression que vous allez y arriver, vous devez simplement vous boucher les oreilles et continuer à grimper."

 

Jeanette Winterson : extrait d'entretien pour Paris Review, 1997. Paris Review anthologie, volume 2, Christian Bourgois, 2011

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeanette_Winterson

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits d'entretiens, #Littérature Anglaise, #Échec

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