Publié le 26 Novembre 2020

Salon du livre de Paris 2011 - Georges Wolinski
Georges Wolinski, 2011

" Écoutez-moi : vous tombez à l'eau, la nuit, loin de la terre. Le froid et le désespoir vous envahissent. Voiles au vent, silencieux, le bateau s'éloigne. Vous vous dites : ce n'est pas possible, c'est un cauchemar ! Vous hurlez ! Vous pleurez !

 

   Mon pauvre vieux, vous avez dépassé la date inscrite au dos de la boîte. Vous êtes périmé. On peut sauver un malade, on peut gracier un condamné, mais un naufragé, seul dans l'océan glacé, ne peut que nager vers sa fin. Qui c'est le naufragé ? C'est moi, c'est toi, c'est vous, c'est nous, c'est eux, les gens ! 

 

   Vous tombez à l'eau lorsque vous sortez du ventre de votre mère et que vous naissez. Vivre, c'est nager, nager, nager. Le bonheur, c'est de trouver une bouée où se raccrocher, avec marqué dessus : "Tout va bien." "

 

Georges Wolinski : extrait de "Le pire a de l'avenir" Éditions Le Cherche Midi, 2012.

 

 

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 23 Novembre 2020

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 20 Novembre 2020

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 13 Novembre 2020

Le photographe Reza Deghati, le 10 décembre 2010 à la FNAC Odéon, pour la présentation de son livre de photos: Derrière l'objectif de Reza .
Reza Deghati, 2010

C'est la photo d'une vieille dame assise par terre dans un marché aux poissons. À cause de l'histoire derrière cette image. J'ai 16 ans, cette femme m'émeut. J'ai à peine déclenché qu"elle m'interpelle :   "Pourquoi tu me prends en photo ?" Tétanisé, je lui réponds sans réfléchir : " Parce que votre vie m'intéresse."  " Assieds toi, mon fils, je vais te raconter ma vie parce que personne ne me l'a jamais demandé." Son fils pêcheur, père de six enfants, est parti un jour en mer sans jamais revenir. Depuis, le seul moyen qu'elle a trouvé pour subvenir aux besoins de la famille, c'est de venir au marché. Les autres pêcheurs lui donnent leurs restes, qu'elle vend. elle me montre un policier à l'entrée : " il faut que je lui donne la moitié de ce que je gagne, sinon il ne me laisse pas entrer." Je suis complètement révolté. j'ai été éduqué dans l'idée que le Chah est l'ombre de Dieu sur terre ; et les policiers les ombres du Chah pour protéger le peuple. Ce policier n'accompli donc pas son devoir... 

 

  Depuis son exil en France, Khomeiny avait promis que les femmes pourraient s'habiller comme bon leur semblerait ; que les Iraniens embrasseraient les idéologies qu'ils voudraient ; que l'argent du pétrole confisqué par le Chah reviendrait au peuple ; que l'eau, l'électricité, les transports en commun seraient gratuit. C'était un vieux monsieur qui avait l'air d'un grand-père bienveillant, donc on l'avait cru ! Mais dans l'avion qui le ramenait de Paris à Téhéran, où les Iraniens l'attendaient en héros, un journaliste lui avait posé cette question : " Vous rentrez de quinze ans d'exil. Que ressentez-vous?" Il avait répondu : " Rien." Cette absence de sentiment m'avait frappé. Comment un homme avec une telle histoire pouvait-il ne pas avoir d'émotion ?... Je l'ai retrouvé dans la chambre d'un grand appartement avec jardin. Les Iraniens ont appris plus tard qu'il y vivait, alors qu'il prétendait habiter une modeste maison. Dès que je suis entré, je l'ai regardé dans les yeux. Lui ne m'a pas dit bonjour. J'ai pris quelques photos, puis très vite, le Guide m'a dit : " ça suffit, je suis fatigué." J'ai répondu : " Monsieur, c'est moi qui travaille et c'est vous qui êtes fatigué ? " Deux gardes du corps m'ont sorti. À ce moment, j'ai compris que c'était un voyou et qu'on s'était fait avoir...

 

   En 1985, j'ai la possibilité de retourner en Afghanistan pour le magazine Actuel. Je tombe deux fois dans une embuscade russe, une véritable épopée. Je me retrouve finalement dans la vallée du Panchir, face à Massoud. Il a 32 ans, j'en ai 33. Je savais qu'il était francophile, cultivé, qu'il aimait les poètes Hafez et Rumi, les échecs et le football... Alors que l'aviation russe bombarde de partout, il est convaincu de mettre l'Union soviétique à terre. Je me souviens lui avoir demandé quelles étaient ses ambitions politiques, en cas de victoire afghane. " Vous vous souvenez de l'école du village que nous avons traversé en arrivant ? Je voudrais être instituteur, et y passer la fin de ma vie." Ce n'étaient pas les mensonges publicitaires de Khomeiny,   on sentait que c'était important pour lui. Une fois la guerre terminée, il voulait sortir tous les livres qu'il avait caché sous terre...

 

  Il n'y a pas de guerre propre, même dans les pays les plus civilisés. Massoud faisait face à l'armée russe, connue pour être sans foi ni loi. On ne peut pas lui imputer tous les actes ignobles, ni juger, depuis notre confort parisien, des atrocités dans le monde. Je ne dis pas que c'était un ange, mais Massoud a fait des choses rares. La manière dont il traitait les prisonniers, par exemple, était extraordinaire. Face aux soviétiques, il pensait que la meilleure manière d'unir les forces était de jouer sur la religion. Plus la guerre s'éternisait, plus les Afghans devaient se battre ardemment au nom d'Allah. Bien sûr, Massoud était religieux mais ce n'était pas un intégriste comme on peut le dire aujourd'hui...

   Fin 2000, j'ai passé un mois avec lui sur le front. Il se battait contre les talibans, Al-Qaïda, l'armée pakistanaise... Plus personne ne voulait l'aider, l'Occident ne s'intéressait plus à l'Afghanistan. Je l'ai ensuite revu à Paris, en avril 2001, lors de son unique voyage en Europe, sur invitation du Parlement européen. Devant une nuée de journalistes, il a dit que des actions se préparaient sur le sol américain. Il est mort deux jours avant le 11 septembre..."

 

Reza Deghati, dit REZA : extrait d'un entretien pour le magazine 6 MOIS N°20, Automne 2020/Hiver2021.

 

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 9 Novembre 2020

Funambule sur un fil de fer tendu au-dessus de la rue Saint-Denis dans le cadre du festival Montréal complètement cirque
Funambule, photo Jeangagnon, 17 juillet 2016

 

Il y avait là une certaine arrogance mais, sur le fil l'arrogance était affaire de survie. C'était le seul moment où il pouvait totalement se perdre. Il se faisait parfois l'impression d'un homme qui voulait se détester. Se débarrasser de ce pied. De cet orteil. De ce mollet. trouver le lieu de l'immobilité. Cela tenait au vieux principe de la guérison par l'oubli. Devenir anonyme pour soi-même, se laisser absorber par son corps. Cependant les réalités se chevauchent : il voulait que l'esprit accompagne la chair jusqu'au cœur du bien-être.

   Cela ressemblait à faire l'amour avec le vent. le vent qui complique tout, qui s'emporte, qui lentement se dédouble, nous contourne et revient. Et le fil était frère de la souffrance : il serait toujours là à lui étriller les pieds, à peser sur le balancier, lui élancer les bras, lui dessécher la gorge, cependant la joie dominait la douleur, alors qu'importe. Même chose avec le souffle. Que le câble respire, pour qu'il puisse s'effacer. La sensation de se perdre jusqu’au dernier nerf, jusqu'à la cuticule. C'était ça dans les tours. La raison flottait. Le temps disparaissait. Le vent soufflait et peut-être son corps le sentait-il dès avant sa naissance.

   Il avait commencé depuis longtemps quand les hélicos de la police sont arrivés. Deux moucherons de plus dans les hauteurs : pas de quoi s'affoler. Leurs battements conjugués semblables à une rupture de cartilage. Ils n'essaieraient pas de l'approcher, bien sûr. Ils n'étaient pas stupides à ce point, supposait-il. Il n'en revenait pas que les sirènes puissent couvrir tous les sons : c'était comme si elles s'écoulaient vers le ciel. Il y avait maintenant des dizaines de flics sur le toit, criant après lui, courant dans tous les sens. Tête nue, retenu par un harnais bleu, l'un d'eux se penchait dans le vide entre deux colonnes de la tour sud, le traitant d'enculé, putain sors de ce putain de câble, connard, magne toi le cul avant que je t'envoie l'hélico, on va t'arracher de là, tu m'entends, tête de nœud, dégage ! Et le fil-de-fériste pensait : " Mais en voilà un drôle de langage." Et d'ailleurs, comment attrape-t-on un funambule ? Souriant, il a fait demi-tour et remarqué d'autres agents, du côté opposé, plus calmes, courbés sur leur talkies-walkies. Il entendait presque les parasites. Non, il ne voulait pas se payer leur tête, il voulait simplement rester : sans doute ne pourrait-il jamais recommencer.

   Les cris, les sirènes, et les mornes sonorités du dessous. À laisser ronronner, fondre dans le bruit blanc. Le silence ultime qu'il cherchait était exactement au milieu, à trente mètres de chaque tour, et il fermait les yeux, immobile, sur un câble disparu, l'air de la ville dans les poumons.

  Des cris au mégaphone : 

   - On envoie l'hélico ! On envoie l'hélico ! Dégage !

  Il a souri : jamais ils ne le feraient.

   - Tout de suite ! C'est un ordre !

   Il s'est demandé si la mort se présentait ainsi, le monde et ses rumeurs dont on se détache si facilement.

   Il s'est rendu compte qu'il avait conçu le premier pas sans jamais imaginer le dernier. Donc finir en beauté. Se tournant vers le mégaphone, il a attendu un peu. Baissé la tête comme pour signifier son accord. Oui, il venait. Il a levé un genou. Sa silhouette noire est visible d'en bas. La cuisse bien haute pour souligner l'effet. Une arabesque avec la jambe. La marche du canard. Puis un pied après l'autre, ainsi de suite, machinalement, et enfin au pas de course, la plante bien au milieu du câble, les orteils de biais, le balancier le pus loin possible, jusqu'au rebord de béton. Jamais il n'avait couru si vite sur un fil.

   Le flic a dû reculer pour l'attraper. Il lui tombait dans les bras.

   - P'tit con, a-t-il dit, avec un sourire cette fois..."

 

 

Colum Mc Cann : extrait de "Et que le vaste monde poursuive sa course folle", Belfond, 2009

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #extraits de livres, #Littérature Irlandaise

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