Publié le 30 Août 2023

 

 

Soudain, tu es là, me sautant

Aux yeux, au détour d'un sentier.

photo L.V, 2019

Tu es là, ardente sur ta hampe,

Fleur rose éclose au nom secret,

Seule au milieu de tout, et tout

L'univers ne paraît plus vain !

 

Milliards d'années après la lave

Originelle, un jour tu es.

D'où viens-tu ? D'où ce pur désir

De couleur, de parfum, d'un port

Unique et parfait ? Es-tu signe

De ce Tout né un jour du Rien ?

 

Soudain, tu es là, me prenant

À la gorge, arrachant de moi

Un cri muet de consentement : 

Je sais alors que je suis là

Pour la rencontre, que ce cri

Est le oui qu'un rien dit à Tout.

 

                                                    

François Cheng : extrait de "La vraie gloire est ici", Éditions Gallimard, 2015

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak : 

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Littérature Française, #Poésie

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Publié le 26 Août 2023

Portrait par Eugène Dabit (1935)

 

Conduire l'histoire au lieu de la subir.

 

" Le débarquement américain, ça paraît très loin. mais ce que je cherche à retrouver , c'est le débarquement vu à l'instant où il se réalisait. Alors, il n'y avait pour ainsi dire plus de passé. l'avenir était ouvert. On  a pu croire, en 1944, que l'avenir était libre, comme on l'a cru en 1918 ; qu'une ouverture allait se faire dans les choses, comme en 1917 pour la révolution bolchevique, qu'une chance était donnée à un bien, sinon au bonheur. Mais, aujourd'hui, les mêmes événements, vous les contemplez et il n'y a pas eu ce bien. Alors, quand on dit que je suis pessimiste, il y a de quoi l'être, non ?...

   Moi, j'ai le malheur de ne pas croire en Dieu. je ne compte donc pas sur l'éternité, je compte sur les hommes. Et, jusqu'à présent, je m'aperçois que c'est partout la même incapacité à dominer les choses, à conduire l'histoire au lieu de la subir. C'est la grande ambition des hommes, de conduire l'histoire ; et bien ! ça ne marche pas, il se peut que ça marche un jour, mais pour l'instant, non...

 

                               **************

 

La question du choix dans un monde absurde.

 

Tout n'est pas dérisoire, oui, tout est peut-être lâche. Nous critiquons avec de fortes raisons la société qui nous entoure. Mais quelle est la raison profonde de notre malaise ? C'est que nous acceptons ce que, en même temps, nous refusons. Essayez donc d'avaler un aliment que vous détestez. Vous allez vomir. C'est ce que nous faisons chaque jour. La plupart des gens passent leur temps à vomir, à avoir envie de vomir...                                                                    

   Les thèses de Camus sur l'absurde sont exactes. Le monde est absurde. mais à l'intérieur de ce monde absurde, et Camus lui-même le découvre dans Le Mythe de Sisyphe, il y a une option obligatoire. Un choix. un bien et un mal. Essayons de vivre dans l'absurde total pendant huit jours. Ce n'est pas possible. On devient fou. Il faut choisir. C'est ce choix qui constitue, qui institue une morale, un ordre..."

 

                                    ********** 

  

 Roman.

 

Je pense, j'ai toujours pensé que le roman n'est pas aussi mort qu'on le croit, mais il a été détourné de sa destination première qui est de parler au grand nombre. Dès qu'il s'adresse au petit nombre, le roman devient conférence. C'est le cas du Nouveau Roman, du roman d'avant garde. Il n'y a ni avant-garde, ni arrière-garde. Il y a des écoles. À bas les écoles ! En réalité, il faut conduire une aventure personnelle. Si on ne se met pas en question, si on ne court pas une vraie aventure, au bout de laquelle on sera vainqueur ou vaincu, avec le risque de se casser la gueule, alors, ça n'a aucun intérêt...

 

                                    **************

Religion.

 

Je ne suis pas du genre anticlérical, je ne l'ai jamais été. Je connais des gens qui sont des rationalistes à tout crin, des gens assez limités. Dieu est un problème, mais il se trouve que je ne pense pas à lui, et que lui ne pense pas à moi... Comme disait Jean Grenier, qui était le maître de Camus et qui est mon ami depuis ma dix-huitième année, c'est à Dieu de faire le premier pas. En ce qui me concerne, il ne l'a pas fait. S'il le fait, on verra, je reste ouvert...

 

                                  ****************

 

Vieillesse.

 

Je crois que la nature vous accompagne à tous les âges  et on finit non pas par accepter comme ça, facilement, mais on s'arrange avec certains ralentissements, certaines difficultés, jusqu'au moment où on sentira que ça va s'arrêter... Pour moi, voyez-vous, le fond du problème, c'est qu'à partir d'un certain âge, non seulement les capacités sont différentes, mais encore la capacité d'entreprendre. On sait d'une façon certaine qu'on n'aura pas le temps de faire ce qu'on a envie de faire, et cela est ennuyeux.

 

Louis Guilloux : extrait d'un entretien avec Gilles Lapouge, Magazine Lire n°11-12, été 1976. recueil "Les grands entretiens de Lire", par Pierre Assouline, Éditions Omnibus, 2000. 

 

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Publié le 24 Août 2023

 

PRÉFACE.

 

La poésie contemporaine ne chante plus... elle rampe

Elle a cependant le privilège de la distinction... elle ne fréquente pas les mots mal famés... elle les ignore

On ne prend les mots qu'avec des gants : à "menstruel" on préfère "périodique", et l'on va répétant qu'il est des termes médicaux qu'il ne faut pas sortir des laboratoires et du codex

Le snobisme scolaire qui consiste, en poésie, à n'employer que certains mots déterminés, à la priver de certains autres, qu'ils soient techniques, médicaux, populaires ou argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baisemain

Ce n'est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baisemain qui fait la tendresse

Ce n'est pas le mot qui fait la poésie mais la poésie qui illustre le mot

Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s'ils ont leur compte de pieds, ne sont pas des poètes, ce sont des dactylographes

Le poète d'aujourd'hui doit appartenir à une caste

à un parti

ou au "Tout Paris"

Le poète qui ne se soumet pas est un homme mutilé

La poésie est une clameur. Elle doit être entendue comme la

musique. Toute poésie destinée à n'être que lue et enfermée dans sa typographie n'est pas finie. Elle ne prend son sexe qu'avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l'archet qui le touche

L'embrigadement est un signe des temps. De notre temps

Les hommes qui pensent en rond ont les idées courbes

Les sociétés littéraires c'est encore la Société

La pensée mise en commun est une pensée commune

 

Mozart est mort seul, accompagné à la fosse commune par un chien et des fantômes

Renoir avait les doigts crochus de rhumatismes

Ravel avait dans la tête une tumeur qui lui suça d'un coup toute sa musique

Beethoven était sourd

Il fallut quêter pour enterrer Bela Bartok

Rutebeuf avait faim

Villon volait pour manger

Tout le monde s'en fout

L'Art n'est pas un bureau d'anthropométrie

La lumière ne se fait que sur les tombes

Nous vivons une époque épique et nous n'avons plus rien d'épique

La musique se vend comme le savon à barbe

Pour que le désespoir même se vende il ne reste qu'à en trouver la formule

Tout est prêt : les capitaux

La publicité

 La clientèle 

Qui donc inventera le désespoir ? 

 

Avec nos avions qui dament le pion au soleil. Avec nos magnétophones qui se souviennent de "ces voix qui se sont tues", avec nos âmes en rade, au milieu des rues, nous sommes au bord du vide,

ficelés dans nos paquets de viande à regarder passer les révolutions

N'oubliez jamais que ce qu'il y a d'encombrant dans la Morale, c'est que c'est toujours la Morale des Autres

Les plus beaux chants sont les chants de revendication

Le vers doit faire l'amour dans la tête des populations. À l'école de la poésie et de la musique, on n'apprend pas. ON SE BAT !

 

Léo Ferré, extrait de "Testament Phonographe", Éditions Plasma, et Gufo del Tramento, 1980

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #ANNIVERSAIRE, #Chanson Française, #Poésie

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Publié le 20 Août 2023

" Tout le monde idolâtre le présent. Les femmes se ruinent à s'acheter la robe à la mode. les gens tiennent absolument à avoir lu le dernier livre et les pauvres Américains que je connais se mettent sur la paille pour accumuler des gadgets dont ils n'ont nul besoin et qu'ils ne savent où mettre. Le présent, c'est ce mur contre lequel on bute, comme une mouche prise dans une bouteille. Par exemple, l'adoration du roi de France, au XVIIe siècle, ne se justifie pas plus que l'adoration de l'objet de consommation de nos jours. Pourquoi ces gens s'aplatissaient-ils devant le roi ? Pourquoi ont-ils trouvé si bien, un peu plus tard, les conquêtes de l'Empire ? Pourquoi n'ont-ils pas tenté de faire autre chose ? Presque personne n'essaye parce qu'ils est extrêmement difficile de voir où les événements vous emmènent....

 

J'ai la manie de relire de très grands écrivains du passé, que ce soit Dostoîevski ou Dickens, pour rechercher ce qu'il y a de durable, d'éternel, de plus profond en eux. Et de séparer cela de ce qui est mortellement ennuyeux ou même intolérable à quelques décennies de distance. on trouve chez Dickens, lorsqu'il se laisse aller, une profondeur de psychologie égale à celle de Dostoïevski. Puis soudain, on tombe dans les bienséances victoriennes : l'honnête homme qui finit presque toujours par triompher ; la jeune fille dont le triste sort s'arrange grâce à un bel héritage ou un mariage avec des rentes... Dickens voulait plaire à ses lecteurs, et dans ces moments là, il pensait comme eux ou croyait qu'il pensait comme eux. Ce qui revient au même...

 

Marguerite Yourcenar :  extrait d'un entretien avec Claude Servan-Schreiber, Magazine Lire n°10, juillet 1976. recueil "Les grands entretiens de Lire", par Pierre Assouline, Éditions Omnibus, 2000.

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Littérature Française, #Le Présent

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Publié le 16 Août 2023

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #ANNIVERSAIRE

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