Vertige de la pensée. ( Nicolas Bouvier )

Publié le 7 Mai 2021

" Il faisait un peu moins froid. Une de mes élèves s'était mise à penser. ( Les autres pensaient sans doute aussi, mais jugeaient plus avisé de n'en rien laisser paraître.) C'est la lecture d'Adrienne Mesurat* - ce trouble, ce quotidien sournois, cette vie qui se consume enfouie sous la province - où elle croyait, je ne sais comment, retrouver sa propre histoire, qui l'avait ainsi mise en branle. Elle y pensait même la nuit. De fil en aiguille elle s'était mise à penser sur n'importe quoi, vertigineusement, sans savoir comment s'arrêter. C'était l'hémorragie, la panique. Il lui fallait sans cesse de nouveaux livres, et des leçons supplémentaires, et des réponses à ses questions : si même une française pouvait être aussi malheureuse ?...si ma barbe était existentialiste ? ou ce que c'était que l'absurde - deux mots qu'elle avait trouvés dans une revue de Téhéran..."

Nicolas Bouvier : extrait de "L'usage du monde" à compte d'auteur, Librairie Droz, Genève,1963. Julliard, Paris, 1964...

 

Du même auteur, dans   Le Lecturamak :

 

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