Un Vélasquez dans le bus à l'heure de pointe.( Pierre Michon )
Publié le 28 Mai 2008
" C'était un matin dans un bus, je n'avais pas couché chez moi et je rentrais pour écrire, je repassais en esprit des phrases que j'allais mettre noir sur blanc. Je relève la tête, il y avait une femme en face de moi, ni belle ni laide, ni vieille ni jeune, et elle m'est apparue à l'instant avec violence comme un Vélasquez. C'était prodigieux. C'était trop fort, trop plein. J'ai détourné le regard pour y échapper, et debout il y avait un autre Vélasquez avec un attaché-case, et derrière des petits Vélasquez avec des cartables, des princes superbes et des nabotes, toute la cour d'Espagne à l'heure de pointe dans un bus de la ligne A. J'ai sauté du bus au premier arrêt, j'étais dans un état inouï, immontrable, je ne savais pas si je riais aux éclats ou si je sanglotais. C'est ce jour là peut-être que je me suis dit que j'écrirais sur les peintres, je leur devais bien ça."
Pierre Michon. extrait de " Le roi vient quand il veut " Éditions Albin Michel, 2007.
Du même auteur, dans Le Lecturamak :
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