Les aigrettes de feu

Publié le 3 Juin 2008

" Toutes les dénégations de Flaubert sur sa souffrance et sur son mal à écrire cachent un extraordinaire appétit pour le plaisir : un plaisir  qui lui a fait fermer sa porte, ne plus avoir de femmes , se débarrasser de tout le reste pour se mettre dans les auteurs latins, dans ses tas de papier, ses carnets , ses notes, ses petits quadrillages... et dans l'illumination de ses phrases,  parfaites. Ce qu'il cherche, c'est le miracle d'un embrasement de la langue, que les mots se mettent à scintiller et à flamboyer : il appelle ça les "aigrettes de feu " . Je me demandais ce qui fait la différence entre Huysmans et Flaubert. La voilà. Les "aigrettes de feu". Dans Huysmans, ça sent l'huile de coude, il n'y a pas d'inspiration. C'est mat, c'est pas mal, on le lit avec plaisir mais...on sent que chez Flaubert il y a des phrases qui l'ont tordu de joie et de douleur, Huysmans non : c'est un bon faiseur."

Pierre Michon : " Le roi vient quand il veut "

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak :

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