Un peuple d'huîtres
Publié le 14 Novembre 2008
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" Je ne suis pas un professionnel des coquillages, mais il paraît que les huîtres font leurs perles à partir d'une blessure. La perle serait une sorte de cicatrice, un produit de la résistance à une agression. Si l'agression est trop forte, j'imagine que l'huître meurt sans faire de perle. Ou peut-être que la perle, au contraire, est d'une beauté proportionnelle à l'intensité de la blessure.
Ecrire un livre, en soi, est quelque chose de difficile. Ça ne saurait être un projet. Viser, c'est toujours rater. Balzac le disait à peu près dans ces termes : personne n'oblige un honnête garçon à écrire un livre. Lire devrait suffire. L'ambition, voilà l'ennemi. Personnellement, je n'ai plus de projet de livres. On ne peut pas d'un côté trouver qu'il y a trop de livres publiés et de l'autre ne rien faire pour endiguer le flot. Un écrivain responsable, de nos jours, se doit de ne rien publier. Mais il faudrait le courage. Glenn Gould le disait : il y a des moments où il faut éviter le clavier pour rester fidèle à la musique. Il y a des moments où un livre doit rester sans papier. Fermer l'huître, et attendre...
Je crois que bientôt la littérature va redevenir un devoir de Français. Les mots vont reprendre leur sens. Sous le manteau. Humanité. Résistance. L'armée des ombres va reprendre du service, le temps des métaphores et des poèmes codés va revenir. Les sanglots longs. Les violons. L'automne. A nouveau, enfin, quelque chose à dire. Un peuple d'huîtres va sentir le couteau, nous aurons des perles.
Ollivier Pourriol : entretien dans Le Magazine Littéraire n°459 Décembre 2006