Vins espagnols, Parker et confiture. (Jonathan Nossiter)

Publié le 9 Décembre 2008

 

Jonathan Nossiter à Deauville en 2020.
Jonathan Nossiter, 2020.

" Le vin terrifie les gens, parce-qu'il est lié à l'identité de la France. Chaque Français pense qu'il se doit d'avoir un avis, alors que le vin ne fait plus partie du quotidien de beaucoup de gens depuis une trentaine d'années. Les gens ont d'autant plus peur qu'ils n'ont pas de repères et doivent affronter, en plus,  snobisme, prétention, imposture...Et puis, on ne peut saisir d'un vin que des expressions momentanées, jamais son essence. Ce vin d'Anjou qu'on est en train de boire est affecté par l'ambiance de ce bar, surchargée d'égos, d'effluves climatisées contraires à l'essence d'un vin naturel. On est tous aplatis, ici. On l'aurait bu tranquillement à la maison, entre amis, avec peut-être un peu de vent passant par la fenêtre, il aurait été tout autre... C'est pour ça que les jugements définitifs sur les vins, sans parler des notes de Robert Parker, sont parmi les plus grosses conneries de la planète... Ces dernières années, on a vu des choses ahurissantes, comme ces nouveaux vins espagnols qui allient la prétention française au côté parvenu des Américains. Prenez le fameux Pingus, inventé par un Danois, Peter Sisseck, vendu 800 euros la bouteille après un évènement " opportun " en terme de marketing : le naufrage du bateau qui transportait le millésime 1995 aux Etats-Unis, et une note de 100 points par Robert Parker. Achetez un pot de confiture, ajoutez un peu d'alcool, et ça vous donne Pingus ! "

Jonathan Nossiter : entretien sur le thème du goût dans Télérama du 3 décembre 2008

 

Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits d'entretiens, #Dans la Presse, #Alcool

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