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24 février 2015 2 24 /02 /février /2015 16:55
son feutre de travers

" Et que faudrait-il faire ?

Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,

Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc

Et s'en fait un tuteur en lui léchant l'écorce,

Grimper par ruse au lieu de s'élever par force ?

Non, merci.

Dédier , comme tous ils le font,

Des vers aux financiers ? se changer en bouffon

Dans l'espoir vil de voir, aux lèvres d'un ministre,

Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?

Non, merci.

Déjeuner, chaque jour, d'un crapaud ?

Avoir un ventre usé par la marche ? une peau

Qui plus vite, à l'endroit des genoux, devient sale ?

Exécuter des tours de souplesse dorsale ?...

Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais... chanter,

Rêver, rire, passer, être seul, être libre,

Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre,

Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,

Pour un oui, pour un non, se battre, - ou faire un vers !

Travailler sans souci de gloire ou de fortune,

A tel voyage, auquel on pense, dans la lune !

N'écrire jamais rien qui de soi ne sortît

Et modeste d'ailleurs, se dire : mon petit,

Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,

Si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !

Puis, s'il advient d'un peu triompher, par hasard,

Ne pas être obligé d'en rien rendre à César,

Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,

Bref, dédaignant d'être le lierre parasite,

Lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul

Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !

Edmond Rostand : extrait de Cyrano de Bergerac 1897

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publié par jmlire9258 - dans theatre
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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 19:28
Morceaux choisis de la pièce de Jean-Claude Brisville " Le Souper " :


                                           Quand on n'a qu'une parole...                     



http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/cb/Talleyrand_01.jpgTALLEYRAND   ... Si vous vous décidez à m'accompagner chez le roi demain soir, il vous faudra prêter serment... de fidélité

FOUCHE.       Ce ne sera que le huitième

TALLEYRAND.  Vous, huit, moi, douze.

FOUCHE.       On n'a qu'une parole, il faut donc la reprendre.



      Une France en crue !



 
TALLEYRAND.  ... Vous allez rire, monsieur Fouché, mais cette fois je suis sincère : dans ma jeunesse, j'ai eu une ambition pour la France. je l'aurais voulue exemplaire. On y aurait parlé la plus belle langue du monde et crée librement des chef-d'oeuvre dans tous les arts... Il est bien malheureux que l'Empereur n'ait pas eu cette idée de la France. Lui ne l'aimait que débordant de ses frontières naturelles. En crue, si j'ose dire. J'ai horreur de la démesure - et cette France là, batailleuse, aspirant à toute l'Europe, elle ne me disait rien qui vaille. Et puis, Napoléon, dans ses fureurs, a tué la douceur de vivre. La Restauration va ramener dans ses fourgons les privilèges, elle ne donnera pas du génie aux privilégiés.


                            

                             Règlement de comptes.
                            
                       ( Une tâche de sang sur les Aigles )



FOUCHE. ( froid )Si le roi connaît mon pouvoir, s'il sait qu'il a besoin de moi pour contenir les jacobins qui tiennent eux-mêmes la rue, qu'ai-je besoin d'un avocat ? La cause est entendue d'avance. Il  me suffit de me présenter seul à Saint-Denis. J'y serai reçu tout de suite, et je me ferai un un plaisir de saluer Sa Majesté de votre part.


TALLEYRAND. Elle a, vous le constaterez très vite, une mémoire de jeune homme et un entêtement de mule. Et avec cela rancunière, tatillonne, n'ayant rien oublié ni rien appris, et donnant quelquefois l'impression qu'elle préfère mourir en exil plutôt qu'être obligée de composer avec certaines gens. ( Un temps ) N'oublions pas que chez les rois l'intérêt politique est quelquefois subordonné à ce que l'on appelait jadis... comment l'appelait-on jadis, ce sentiment ? ...Oui, le sens de l'honneur. Pour Louis XVIII, par exemple, un mot dit par étourderie, un matin de janvier de 1793, peut lui demeurer  vingt ans dans l'oreille. ( Un temps. ) Il est vrai que ce mot pesait son poids d'acier et que l'homme qui l'écoutait, au banc des accusés, était son frère.( Un temps. ) Quel que soit le besoin qu'il ait d'un homme, il peut très bien lui refuser à jamais son pardon et lui interdire toujours son antichambre. Absurde, allez-vous dire... Et c'est pourtant ainsi que sont parfois les rois, et c'est compte tenu de ce qu'ils sont que vous ne pouvez négliger le soutien de mon art auprès du souverain.


FOUCHE. ( sarcastique ). Le soutien de votre art !


TALLEYRAND. Oui, pour faire oublier au roi Louis XVII qu'il y a de cela vingt-deux ans, vous avez fait couper en deux morceaux son aîné Louis XVI.


... Avec lenteur, Fouché se lève et les mains derrière le dos fait le tour du salon. Il s'arrête un instant devant le grand portrait poussiéreux et à demi dissimulé d'un jeune homme en costume de chasse, et soufflant sur la poussière il se tourne vers Talleyrand.
...

  FOUCHE. ( aimablement ) Et ce jeune homme. Un portrait de famille ?


TALLEYRAND. Le petit-fils du Grand Condé.http://napoleonbonaparte.files.wordpress.com/2007/10/blog-portrait-fouche.jpg

FOUCHE. Le duc d'Enghien ? ...


TALLEYRAND. Lui-même.

 FOUCHE.  Donc un Bourbon, cousin du roi. ( Un temps ) Enlevé en pays de Bade - un pays neutre - et par des cavaliers français, sur l'ordre de Bonaparte - jugé sans avocat - condamné sans la moindre preuve. Et exécuté la nuit même dans un fossé du château  de Vincennes.

 TALLEYRAND.  ( gravement ) Une tâche de sang sur les Aigles  

 FOUCHE  A vôtre avis, Vôtre Excellence, à quel véritable motif a obéi             Bonaparte dans cette affaire ? 

 TALLEYRAND. La rage. Une rage effrayante à propos des complots royalistes.

 FOUCHE On aurait pu tenter de lui faire entendre raison. 

  TALLEYRAND. Il était enragé. Il n'écoutait personne.

Il revient s'installer dans son fauteuil.

  FOUCHE En êtes-vous certain ? ( Fouché sort de sa poche une lettre qu'il déplie et se rapproche pour la lire à la lueur du candélabre de la table ) La copie de votre lettre à Bonaparte, en date du 8 mars 1804. ( Un temps ) L'original est en lieu sûr dans un de mes placards. ( Un temps ) J'ajouterai que je le tiens de Méneval, ancien secrétaire du Corse, et un de mes meilleurs agents auprès de lui. ( Il s'éclaircit la voix  et se met à lire à voix haute, et lentement. )  " J'ai beaucoup réfléchit à tout ce que vous m'avez fait l'honneur de me dire hier au soir... Voilà qu'une occasion se présente de dissiper toutes ces inquiétudes. La laisserez-vous échapper ? Elle vous est offerte par l'affaire qui doit amener très bientôt devant les tribunaux les auteurs, les acteurs et les complices de cette conspiration récemment découverte. Les hommes de Fructidor s'y retrouvent avec les vendéens qu'ils secondent. Un prince de la maison des Bourbons les dirige. Le but est votre assassinat. Vous êtes dans le droit de la défense personnelle. Si la justice doit punir avec rigueur , elle se doit aussi de punir sans faire le détail. Réfléchissez-y bien. " ( Fouché replie la lettre avec lenteur, la remet dans sa poche et, croisant les bras, regarde fixement Talleyrand ) Vous avez fait saisir le dossier de l'affaire d'Enghien en 1814, et vous l'avez brûlé. Sauf cette lettre enlevée du dossier par Méneval. Elle est donc passée dans le vôtre. Et maintenant nous voici sur le même rang, monseigneur. Le duc d'Otrante a fait guillotiner le frère, on le savait, mais on ignore encore à ce jour que le prince de Bénevent a fait fusiller le cousin.
 


                          Le vice au bras du crime



VOIX OFF. " Je me rendis à Saint-Denis. Introduit dans une des chambres qui précédaient celle du Roi, je ne trouvai personne ; je m'assis dans un coin et j'attendis. Tout-à coup une porte s'ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime. M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché ; la vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du roi et disparaît. Fouché venait jurer foi et hommage à son seigneur ; le féal régicide, à genoux, mit les mains qui firent tomber la tête de Louis XVI entre les mains du frère du roi martyr ; l'évêque apostat fut caution du serment. "
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, le 7 juillet 1815, vers onze heures du soir.
 
Extrait de la pièce de Jean-Claude Brisville : " Le souper " Editions Actes Sud- Papiers1989 

  http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Claude_Brisville

   http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9moires_d'outre-tombe                                     

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publié par jmlire9258 - dans theatre
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  • : " Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
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