Publié le 1 Juillet 2008

Q : _  " A  Aix-en-Provence, pour le choeur de ZaÏde, vous avez sélectionné des jeunes du quartier du Bois-de-l'Aune. Un quartier réputé difficile, où vous répétez. Dans quel but ?

R : _  " Quand je l'ai monté à Vienne, en 2006, c'était avec des SDF, des malades d'une clinique psychiatrique. A New York, c'était avec des sans-papiers. Tous s'exprimaient dans le décor de la production, pendant vingt minutes, avant d'enchaîner sans temps mort sur l'ouverture de l'oeuvre. Car Zaïde parle des gens bafoués, des exploités, des déracinés, des réprouvés du libéralisme. Dans le cadre du très chic festival d'Aix se tiendra un colloque sur l'esclavagisme aujourd'hui, sous toutes ses formes. Voilà qui justifie la présence de ces jeunes Français d'origine arménienne, roumaine, congolaise, gitane, algérienne. Et il y a la jeune choriste Mélanie... Après deux jours , elle a demandé à parler. Elle a fait face à tout le monde. Pour témoigner. Pour la première fois. Les larmes paralysaient ses mots. Puis, dans un souffle à peine audible, elle a raconté : les viols durant son enfance, la prostitution entre la France et la Roumanie. Aux mots mère, puis sexe, elle éclatait en sanglots. Le silence était irrespirable. alors j'ai demandé que nous chantions le chœur pour Mélanie, rien que pour elle. Je n'ai jamais entendu une unisson d'une telle profondeur. C'était le regroupement d'une communauté autour de quelqu'un qui souffre.
La culture n'est pas une distraction. Elle aide à affronter nos gouffres comme nos petites lâchetés. Elle cicatrise le tissu blessé, celui de l'individu comme celui d'une société tout entière. M. Sarkozy devrait s'en préoccuper avant d'amputer sévèrement les budgets concernés. "

Peter Sellars (  entretien dans Télérama )
 

 




 

 

 

 

 

 

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits d'entretiens, #Dans la Presse, #theatre

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Publié le 30 Juin 2008

DANS MA RUE



La voisine est gentille
Le mari est sympa
Et les enfants pareil
Quand on s'croise
A la grill'
On s'dit comment ça va?
On pense de quoi j'me mèle
On s'dit qu'ça s'rafraîchit
Qu' c'est l'hiver qui s'annonce
Et qu'i' fait plus chaud l'été
Comm' on s'dit qu'des conneries
Et qu'on s'fiche des réponses
C'est pas d'main qu'on va s'fâcher



La sortie des écoles
La queue des superettes
Le métropolitain
Ca m'donne des idées folles
Des envies d'île déserte
Des projets tibétains
C'est bourré d'gens qu'il faut
Pas mettre au pied du mur
Ils le savent même pas eux-même
Si les gens sont normaux
C'est pas dans leur nature
C'est seul'ment qu'y'a pas d'problème



Si dans ma rue, y'a qu'des gens tranquilles
C'est faute de guerre civile
Si dans ma rue y'a pas d'tortionnaires
C'est qu'on n'est pas en guerre
Si dans ma rue y'a pas d'collabos
C'est faute de gestapo
Les gens gentils sont souvent des salauds
En manque de scénario



On fait des apéros
On partage les merguez
En jogging et basket
On fait tout comme il faut
Pas un mot qui déplaise
Pas d'raison qu'on s'déteste
C'est des gens, t'y crois pas
Des mamies-confiture
Des "Bon Dieu sans confession"
Vas savoir c'qu'ils f'raient pas
A la Kommandantur
Pour des oeufs et du jambon



Si dans ma rue, y'a qu'des gens tranquilles
C'est faute de guerre civile
Si dans ma rue y'a pas d'tortionnaires
C'est qu'on n'est pas en guerre
Si dans ma rue y'a pas d'collabos
C'est faute de gestapo
Les gens gentils sont souvent des salauds
En manque de scénario



Quand j'me blesse au journal
Que j'm'écoeure au vingt heures
Que j'me brûle à l'IFOP
J'rêve de battre à la voile
Tous les r'cords de lenteur
J'ai l'humeur misanthrope
J'ai le blues asocial
J'ai le blues parano
J'ai le blues qui S.O.S
Si tout baigne au bercail
C'est pas grâce aux agneaux
C'est qu'les loups vont à la messe



Si dans ma rue, y'a qu'des gens tranquilles
C'est faute de guerre civile
Si dans ma rue y'a pas d'tortionnaires
C'est qu'on n'est pas en guerre
Si dans ma rue y'a pas d'collabos
C'est faute de gestapo
Les gens gentils sont souvent des salauds
En manque de scénario

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Paroles : Romain Didier
Musiques : Romain Didier
Reprise sur le disque : Délassé
Editions : Abacaba

 

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Chansons, #Chanson Française

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Publié le 27 Juin 2008

"Une oeuvre que je ne peux pas recontextualiser ne m'intéresse pas. Dans les années 1980, j'ai refusé de monter, à Glyndebourne, La Clémence de Titus, le dernier opéra de Mozart. Je ne comprenais pas cette histoire de cité brûlée, de roi sauvé de la mort et qui finit par gouverner avec ses assassins. Cette belle utopie m'agaçait. Il a fallu la libération de Nelson Mandela pour m'éclairer. Mandela,  qu'on donnait pour mort, arrive au pouvoir, organise la commission Liberté et Réconciliation pour mettre meurtriers et victimes face à face, et invite ses ennemis d'hier à participer au gouvernement afin que tous se sentent en sécurité parce que responsables de leur avenir. Vous réalisez ? Le dernier message de Mozart est une réponse au terrorisme !

Peter Sellars : extrait d' entretien dans Télérama n° 3050

 

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 23 Juin 2008

" Je me souviens avoir pensé au suicide, a sa paradoxale utilité. Plaçons un chimpanzé dans une cage trop petite, close par des croisillons de béton. L'animal deviendra fou furieux, se jettera contre les parois, s'arrachera les poils; s'infligera lui-même de cruelles morsures, et dans 73 % des cas il finira bel et bien par se tuer. Pratiquons maintenant une ouverture dans une des parois, que nous placerons vis-à-vis d'un précipice sans fond. Notre sympathique quadrumane de référence s'approchera du bord, il regardera vers le bas, il restera longtemps près du bord, il y reviendra plusieurs fois, mais généralement il ne basculera pas ; et en tout cas son énervement sera radicalement calmé. "



Michel Houellebecq : " Extension du domaine de la lutte "

 

Du même auteur, dans Le Lzecturamak : 

 

 

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 18 Juin 2008

"... dans nos sociétés, le sexe représente bel et bien un système de différenciation,  tout à fait indépendant de l'argent ; et il se comporte comme un système de différenciation au moins aussi impitoyable. Les effets de ces deux systèmes sont d'ailleurs strictement équivalents. Tout comme le libéralisme économique sans frein, et pour des raisons analogues, le libéralisme sexuel produit des phénomènes de paupérisation  absolue. Certains font l'amour tous les jours ; d'autres cinq ou six fois dans leur vie, ou jamais. Certains font l'amour avec des dixaines de femmes ; d'autres avec aucune . C'est ce qu'on appelle la " loi du marché " . Dans un système économique où le licenciement est prohibé, chacun réussit plus ou moins à trouver sa place. Dans un système sexuel où l'adultère est prohibé, chacun réussit plus ou moins à trouver son compagnon de lit. En système économique parfaitement libéral, certains accumulent des fortunes considérables ; d'autres croupissent dans le chômage et la misère. En système sexuel parfaitement libéral, certains ont une vie sexuelle variée et excitante ; d'autres sont réduits à la masturbation et la solitude. Le libéralisme économique, c'est l'extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. De même , le libéralisme sexuel, c'est l'extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société... Certains gagnent sur les deux tableaux ; d'autres perdent sur les deux . Les entreprises se disputent certains jeunes diplômés ; les femmes se disputent certains jeunes hommes ; les hommes se disputent certaines jeunes femmes ; le trouble et l'agitation sont considérables.



Michel Houellebecq : " l'extension du domaine de la lutte "

http://www.cheztom.com/rencontres-extension-du-domaine-de-la-lutte-michel-houellebecq-ad

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Littérature Française

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