Publié le 15 Juillet 2008

" Les citoyens des autres pays ont sans nul doute remarqué que notre république est en péril. Nous sommes en permanence contrôlés par des escrocs de bas étage et par des va-t-en-guerre maléfiques qui, lassés des Arabes, stigmatisent aujourd'hui les Mexicains, mon groupe ethnique préféré. J'ai récemment tenté d'écrire un texte intitulé Le zen de l'arraisonnement, mais malgré ce titre plutôt chic je m'attends à avoir des problèmes pour le publier dans le New York Times.
Un jour où je pêchais la truite, j'ai failli me noyer dans une grande rivière aux eaux turbulentes. Mes waders se sont remplis et j'ai été emporté par le courant. Inutile de se débattre. J'ai donc renoncé à la vie et je me suis détendu en vue de mes derniers instants. Tel un fétu de paille consentant, la rivière m'a transporté jusqu'à un tourbillon où j'ai semé la panique parmi un groupe de colverts. Le visage à demi plongé dans la boue, j'ai observé quelques insectes intéressants en recrachant de l'eau. Bien que dénué de l'intervention du moindre fonctionnaire du gouvernement, cette expérience a été franchement pénible.

Jim Harrison : " Rage et appétit " Inédit publié dans le dernier n° de Lire daté juillet-août 2008

 

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 10 Juillet 2008

J.Harrison, 2010

 " Je me suis réveillé l'autre nuit en proie à une douleur vraiment atroce dans le bas de l'abdomen. Je me suis tortillé et promené dans toute la maison, tel un poisson échoué. Une ambulance m'a emmené aux urgences de l'hôpital de Nogales. Au bout de cinq heures et de trois piqûres de morphine, j'ai accouché d'un parpaing. A l'aube le nouveau-né était posé à côté de moi sur le lit, enveloppé dans un lange. L'euphémisme décrivant cette expérience est  expulsion d'un calcul rénal. 
 Bizarrement cet après-midi là, le monde a acquis une beauté transcendante tandis qu'au bord de la rivière je marchais dans mon canyon préféré. La splendeur  de certains cailloux parfaitement banals, la beauté du mesquite et des chênes verts accrochés  à la paroi de la falaise à côté de la tanière d'une vieille femelle de couguar m'ont arraché des larmes de joie. Quand la douleur est à son comble, l'âme hurlante émet de redoutables nuées d'effluves pestilentiels. Mais dès que le pire est passé, on se retrouve au moins temporairement débarassé de son ego et de la substance absurde de sa personnalité. Plus rien ne vient interférer avec la luminosité de ce qui a toujours été , plus rien ne vous empêche de converser avec le couple de  magnifiques passereaux hépatiques qui viennent si récemment d'écouter votre dernier poème en date. Comme le scanner a révélé que j'ai dix-huit autres calculs rénaux, je vais certainement revivre cette expérience. Si ça vous chante d'essayer, trouvez donc une traverse de chemin de fer bien rouillée pour vous l'enfoncer dans la vessie avec un marteau de forge. Aujourd'hui je regrette les milliers de yaourts et de bols de flocons d'avoine que j'ai ingérés au petit-déjeuner pour présever ma santé, une manière vraiment répugnante d'entamer sa journée. Ce matin, j'ai savouré un bol roboratif de ragoût de tripes, appelé ménudo, qui présente toute la texture délicatement féminine de la tripe molle. La meilleure façon de le préparer consiste à inclure un pied de veau dans la casserole. A table, on ajoute du cilantro haché, de l'oignon cru et quelques chiletepines sauvages et moulus, cueillis dans les environs de Sonora, à la chaleur volcanique."

Jim Harrison. Extrait de " Rage et Appétit " , Inédit paru dans Lire n°367 ( juillet-août 2008 )

 

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Publié le 9 Juillet 2008

" Si vous êtes un écrivain, vous êtes dans le commerce de la consolation. Je reçois des lettres de l'un de mes fans, qui vient à toutes mes lectures, qui prend des photos de moi, un type adorable, et qui se trouve être l'un des oncologistes les plus célèbres de New York. S'il prend plaisir à lire mes livres à la fin de sa journée, je ne peux pas expliquer à quel point cela me réjouit... Mon père a agonisé pendant deux mois avant de mourir, et la seule chose qui l'a aidé était  The World at Night, qu'il a lu et relu . Qu'est-ce qu'un écrivain pourrait demander de plus ? Je voudrais être sur votre table de chevet, le soir, et même si vous ne lisez que pendant vingt minutes, je voudrais que ce soit un de mes livres que vous choisissiez de lire. Ce sont des compagnons, et c'est pour cela qu'ils ont été écrits."

Alan Furst : entretien dans Transfuges n° 20 Mars-Avril 2008

 

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 7 Juillet 2008

" Je me souviens qu'après avoir écrit The Polish officer, j'ai reçu une lettre d'une femme qui habitait à Jersey ou à Guernesey. Son mari était dans la Résistance et a été fait prisonnier. Juste avant d'être fusillé, devant le peloton d'exécution, les Allemands lui annoncent qu'un  pot-de-vin a été payé pour sa libération. Le problème, c'est qu'ils l'avaient déjà pratiquement vidé de son sang... Pourquoi ? Parce qu'avant d'abattre quelqu'un, ils lui prenaient son sang, car ils en avaient besoin pour leur blessés. C'est exactement ce que l'on ne  trouve pas dans les livres. C'est ce genre de détails que je mets dans les miens. Un roman est aussi une source de savoir."

Alan Furst : entretien dans Transfuges n° 20  ( mars-avril 2008 )

 

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 1 Juillet 2008

Q : _  " A  Aix-en-Provence, pour le choeur de ZaÏde, vous avez sélectionné des jeunes du quartier du Bois-de-l'Aune. Un quartier réputé difficile, où vous répétez. Dans quel but ?

R : _  " Quand je l'ai monté à Vienne, en 2006, c'était avec des SDF, des malades d'une clinique psychiatrique. A New York, c'était avec des sans-papiers. Tous s'exprimaient dans le décor de la production, pendant vingt minutes, avant d'enchaîner sans temps mort sur l'ouverture de l'oeuvre. Car Zaïde parle des gens bafoués, des exploités, des déracinés, des réprouvés du libéralisme. Dans le cadre du très chic festival d'Aix se tiendra un colloque sur l'esclavagisme aujourd'hui, sous toutes ses formes. Voilà qui justifie la présence de ces jeunes Français d'origine arménienne, roumaine, congolaise, gitane, algérienne. Et il y a la jeune choriste Mélanie... Après deux jours , elle a demandé à parler. Elle a fait face à tout le monde. Pour témoigner. Pour la première fois. Les larmes paralysaient ses mots. Puis, dans un souffle à peine audible, elle a raconté : les viols durant son enfance, la prostitution entre la France et la Roumanie. Aux mots mère, puis sexe, elle éclatait en sanglots. Le silence était irrespirable. alors j'ai demandé que nous chantions le chœur pour Mélanie, rien que pour elle. Je n'ai jamais entendu une unisson d'une telle profondeur. C'était le regroupement d'une communauté autour de quelqu'un qui souffre.
La culture n'est pas une distraction. Elle aide à affronter nos gouffres comme nos petites lâchetés. Elle cicatrise le tissu blessé, celui de l'individu comme celui d'une société tout entière. M. Sarkozy devrait s'en préoccuper avant d'amputer sévèrement les budgets concernés. "

Peter Sellars (  entretien dans Télérama )
 

 




 

 

 

 

 

 

 

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Rédigé par jmlire9258

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