Publié le 12 Juin 2008

" En ville, le vide, les détritus, l'ennui. Rien à faire, peu à manger. Et pas d'alcool. À la place, les armes à feu. Les gamins fanfaronnent avec, en pleine rue, AK-47, M-16, revolvers ( les roquettes Quassam ne se montrent pas, ni les Katioucha ) .On tire en l'air dans les mariages, on se tire dessus entre familles, par jeu, par habitude, par vendetta. Difficile de s'y reconnaître entre les polices, brigades, gangs : il n'y a plus de forces de maintien de l'ordre, mais il y a 70 000 policiers ou prétendus tels. Qui dit prison, dit tunnel. Les armes rentrent par les tunnels, côté Égyptien, avec, la mafia russo-israélienne aidant, drogues et voitures volées. Sur ce chapitre, ce sont les Palestiniens qui ont outrepassé les plafonds des accords d'Oslo. En 2005, il y a eu plus de Palestiniens tués par d'autres Palestiniens que durant les trois années précédentes. En nombre de victimes, les Israéliens gardent un net avantage ( ils ont d'autres moyens ) , mais on pressent le jour où cette chaudière rouillée va s'autodétruire. Tout cela, Quassam, prises d'otages, opérations suicides, paraît aussi irrépressible que bricolé, aussi interminable qu'incontrôlable. Porté par une marée aveugle et juvénile, un vent fou de vitalité collective et suicidaire.
Jeter des pierres sur les chars n'est pas donné à tous. A Gaza, le sol étant plat et sablonneux, le chérubin saute de suite au stade supérieur du projectile, balle de fusil ou roquette. Les jeteurs de pierres sont les petits Palestiniens des collines, en Cisjordanie. A verser au chapitre " stratégie et géologie" "

 

Régis Debray : " Un candide en Terre sainte "

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 10 Juin 2008

 

     LES GENS QUI  DOUTENT

J'aime les gens qui doutent
Les gens qui trop écoutent
Leur cœur se balancer
J'aime les gens qui disent
Et qui se contredisent
             Et sans se dénoncer    

                                                        

J'aime les gens qui tremblent
Que parfois ils ne semblent
Capables de juger
J'aime les gens qui passent
Moitié dans leurs godasses
Et moitié à côté

 

J'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des cons

 

J'aime ceux qui paniquent
Ceux qui sont pas logiques
Enfin, pas comme il faut,
Ceux qui, avec leurs chaînes,
Pour pas que ça nous gêne
Font un bruit de grelot

 

Ceux qui n'auront pas honte
De n'être au bout du compte
Que des ratés du coeur
Pour n'avoir pas su dire
"Délivrez-nous du pire
Et gardez le meilleur"

 

J'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des cons

 

J'aime les gens qui n'osent

S'approprier les choses
Encore moins les gens
Ceux qui veulent bien n'être
Qu'une simple fenêtre
Pour les yeux des enfants

 

Ceux qui sans oriflamme,
Les daltoniens de l'âme,
Ignorent les couleurs
Ceux qui sont assez poires
Pour que jamais l'Histoire
Leur rende les honneurs

 

J'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des cons

 

J'aime les gens qui doutent
Et voudraient qu'on leur foute
La paix de temps en temps
Et qu'on ne les malmène
Jamais quand ils promènent
Leurs automnes au printemps

 

Qu'on leur dise que l'âme
Fait de plus belles flammes
Que tous ces tristes culs
Et qu'on les remercie
Qu'on leur dise, on leur crie
"Merci d'avoir vécu

 

Merci pour la tendresse
Et tant pis pour vos fesses
Qui ont fait ce qu'elles ont pu".


chanson d'Anne Sylvestre

 

 

 


 

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 7 Juin 2008

"... une grand-mère du voisinage s'est fait exploser au passage d'une patrouille israélienne, qui n'a eu que trois blessés. Elle était âgée de soixante-sept ans, et elle avait laissé plein de bonbons à ses soixante-treize petits enfants, bien en évidence sur la table de la cuisine pour le jour de ses funérailles. Elles furent festives, paraît-il. L'un de ses fils avait été peu avant tué dans la rue, avec deux autres emprisonnés comme militants du Fatah, et sa maison, en punition, détruite par les bulldozers. Elle en avait assez d'avoir peur. Elle s'est mis un bandeau vert du Hamas autour de la tête, a enregistré son testament vidéo, a pris une douche et s'est collé des pains de TNT sous la robe. C'est devenu l’héroïne du quartier, mais tous, apparemment, ne sont pas d'accord. On traite parfois de lâches les Palestiniens parce qu'ils enverraient leurs enfants se faire tuer à leur place. Ici, je vois des enfants dissuader mamie et papy d'aller jusqu'au bout. "

Régis Debray : " un candide en Terre sainte "


A rapprocher du fait-divers ci-dessous :
 

Une grand-mère palestinienne de 68 ans a commis un attentat suicide ce jeudi près de soldats israéliens dans la bande de Gaza, blessant trois d’entre eux. Il s’agit du premier revendiqué par le Hamas en près de deux ans.

Fatima Omar Mahmoud al-Najar, mère de neuf enfants et grand-mère de 41 petits-enfants, a actionné sa charge explosive près de soldats israéliens participant à une incursion dans le secteur de Jabaliya, dans le nord du territoire palestinien.

 

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 3 Juin 2008

" Toutes les dénégations de Flaubert sur sa souffrance et sur son mal à écrire cachent un extraordinaire appétit pour le plaisir : un plaisir  qui lui a fait fermer sa porte, ne plus avoir de femmes , se débarrasser de tout le reste pour se mettre dans les auteurs latins, dans ses tas de papier, ses carnets , ses notes, ses petits quadrillages... et dans l'illumination de ses phrases,  parfaites. Ce qu'il cherche, c'est le miracle d'un embrasement de la langue, que les mots se mettent à scintiller et à flamboyer : il appelle ça les "aigrettes de feu " . Je me demandais ce qui fait la différence entre Huysmans et Flaubert. La voilà. Les "aigrettes de feu". Dans Huysmans, ça sent l'huile de coude, il n'y a pas d'inspiration. C'est mat, c'est pas mal, on le lit avec plaisir mais...on sent que chez Flaubert il y a des phrases qui l'ont tordu de joie et de douleur, Huysmans non : c'est un bon faiseur."

Pierre Michon : " Le roi vient quand il veut "

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak :

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Publié le 2 Juin 2008

" Je suis un homme pour qui le monde visible existe - je dirais même que je ne crois que ce que je vois ( et en littérature aussi bien : je ne crois qu'aux auteurs qui me donnent à voir un peu de monde ) . Alors bien sûr la peinture, sa duplication du monde, sa redondance sur le visible, sa tractation toujours recommencée avec ce qui est, tout cela est pour moi pain bénit : elle me garde de douter du monde, la peinture, ce que ne fait pas toujours la littérature. "

Pierre Michon : " Le roi vient quand il veut "

Du même auteur, dans Le Lecturamak : 

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Rédigé par jmlire9258

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