Publié le 27 Août 2008

 

" Il ne désirait que le repos, la fin, il ne souhaitait plus que d'arrêter la rotation éternelle de cette roue, cette revue interminable d'images, et de les supprimer. Il désirait se mettre lui-même en repos et s'anéantir comme il l'avait souhaité dans sa dernière bataille, quand il s'était rué sur l'ennemi, en distribuant les coups autour de lui et en en essuyant, en ouvrant des blessures et en en recevant, jusquà ce qu'il se fût effondré. Mais ensuite ? A cela succédait la trêve d'un évanouissement, d'un somme ou d'une mort. Et tout de suite après on se réveillait encore, il fallait rouvrir son coeur aux torrents de la vie, et ses yeux  à ce redoutable, à ce beau et atroce flot d'images, sans fin, inéluctablement,  jusqu'au prochain évanouissement, et à la mort suivante. Celle-ci était peut-être une pause, une trêve brève, infime, le temps de reprendre haleine, mais ensuite cela continuait, et de nouveau, l'on était l'une des mille figures du ballet farouche, ivre, et désespéré de la vie. Hélas ! L'anéantissement n'existait pas, cela n'avait pas de fin. "

 

Herman Hesse . Extrait de Le jeu des perles de verre  Calmann Lévy 1955, 1991 pour la traduction française.

 

 

 

 

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 25 Août 2008

L'homme du grand silence, ayant beaucoup erré en Europe, quitta Paris où il faut être femme pour bien vivre, et rentra dans son manoir de Ker Enor, en Argol : c'est au pays de Cornouaille, là où l'Occident finit, où le soleil chaque soir meurt dans la mer, et où le solitaire océan commence...

Il aimait ce peuple qui rêve, autant qu'un peuple puisse être aimé. Le plus souvent, on ne voit personne, si l'on veut, que les marins, cœurs silencieux et braves ; on ne les entend guère, même ivrognes ; ils dorment, quand ils ont bu. Et l'on vit avec les enfants, qui jouent toujours, et les bonnes bêtes; qui ne mentent jamais...

Extrait de " Voici l'homme " d'André Suarès. collection Bouquins : " André Suarès, Idées et visions " 2002

 

 

 

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 23 Août 2008

" je ne suis pas devenu cynique, mais je sais qu'il y a quelque chose de naif et de sot à être envahi par les illusions, par les grands idéaux... Je crains qu'il ne soit utile d'être sceptique "

Olivier Rolin. Entretien dans télérama n° 3058 ( 23 au 29 août 2008 )



 

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 19 Août 2008

 Joséphine m'a frotté les épaules. Elle m'a secoué et la douleur du sang revenant dans toutes mes veines m'a donné un grand coup de fouet. Puis elle m'a pris le bras et nous sommes allés, curieux couple, dans la neige et le matin d'hiver. Nous avons marché sans rien nous dire. Parfois , je regardais son vieux visage pour y retrouver ses traits de fillette. Mais autant retrouver de la chair autour des squelettes. je me laissais faire comme un enfant. J'aurais bien fermer les yeux, et dormi, debout, tout en continuant à mettre un pied devant l'autre, en espérant au fond de moi ne jamais plus ouvrir les paupières, et continuer ainsi dans ce qui aurait pu être la mort ou bien une lente promenade sans fin ni but "

Philippe Claudel : Les âmes grises 2003

 

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Publié le 18 Août 2008

" Je hais les médecins.
Les médecins sont debout. Les malades sont couchés.
Le médecin debout, du haut de sa superbe, parade tous les jours dans tous les mouroirs à pauvres de l'Assistance Publique, poursuivi par le zèle gluant d'un troupeau de sous-médecins serviles qui lui colle au stéthoscope comme un troupeau de mouches à merde sur une bouse diplômée, et le médecin debout glougloute et fait la roue au pied des lits des pauvres qui sont couchés et qui vont mourir, et le médecin leur jette à la gueule, sans les voir, des mots gréco-latins que les pauvres couchés ne comprennent jamais, et les pauvres couchés n'osent pas demander, pour ne pas déranger le médecin debout qui pue la science et qui cache sa propre peur de la mort en distribuant sans sourciller ses sentences définitives et ses antibiotiques approximatifs, comme un pape au balcon dispersant la parole et le sirop de Dieu sur le monde à ses pieds.

Pierre Desproges. Extrait de " Vivons heureux en attendant la mort
"




 

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Rédigé par jmlire9258

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