"Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire c'est protester contre les insuffisances de la vie." Mario Vargas Llosa. Discours du Prix Nobel" Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
Je me mets dans un état d’écoute permanente, je me dépouille de mes protections, j’ai un cahier de notes sur moi. L’œuvre à mettre en scène doit me blesser. À travers la plaie, son ouverture, quelque chose va arriver. Être trop sûr d’un spectacle, c’est le condamner à mort...
Je me sens plus christique — portant en moi les blessures du Christ — que mystique. Mieux vaut être blessé que consolé pour rester en alerte. L’artiste doit se sacrifier. Rajouter des problèmes pour pousser le public à choisir. Une nécessité dans ce monde submergé d’informations, d’images réduites à la communication. De toute façon, chacun de nous est blessé. Et son point de vue dépend de sa blessure.
Romeo Cactellucci, extraits d'entretien pour Télérama 4007, du 28 octobre 2026.
"Il existe une fraternité de l’enfance, une complicité unique, derrière la brume de nos souvenirs, ce que se racontent les enfants lorsqu’ils sont seuls. Je pense à cette citation de Kafka : « J’écris autrement que je ne parle, je parle autrement que je ne pense, je pense autrement que je ne devrais penser, et ainsi jusqu’au plus profond de l’obscurité. » La littérature n’est pas sans rapport avec ce « plus profond de l’obscurité », et celui-ci me semble lié à l’enfance. On écrit peut-être afin d’éclaircir quelque chose qui échappe à nos souvenirs. Mais cette obscurité n’est pas seulement celle de l’enfance, les personnages de Joseph Conrad sont également pleins d’ombre. Il y a toujours de l’incomplétude dans la description que l’on peut faire d’un être..".
Éric Vuillard, extrait d'un entretien pour Télérama 3986, du 3 juin 2026.
" Lemaire parcourt la forêt. Il surgit brusquement avec sa petite troupe armée, exige des hommes, de la nourriture. On palabre. Lemaire menace. Parfois, on se prosterne et on livre son tribut ...
" Les deux premières heures qu'il passa à New York, Richard eut une expression d'horreur médusée sur le visage. Cette expression d'horreur médusée n'avait pas pour origine le violence ou la vulgarité américaines, la répartition de la richesse américaine, la compétence ou l'incompétence des hommes politiques américains, les conditions du système scolaire américain ou le niveau de la critique littéraire américaine ( qui était d'une inégalité confondante, mais souvent d'une qualité apaisante, conclurait-il plus tard). Non. Cette expression d'horreur médusée, Richard la connaissait bien. Il avait l'air horrifié et médusé, et il savait qu'il avait l'air horrifié et médusé, parce qu'il contemplait l'horreur médusée de son propre visage.
Dans la salle de bains d'une chambre d'hôtel. Dans un miroir grossissant destiné à faciliter le rasage. Dans un miroir fixé à un montant rétractable et complétant la grande glace rectangulaire (elle-même assez implacable) à l'arrière-plan. Il y avait une lumière au-dessus de ce miroir, mais aussi une lumière à l'intérieur. Il se dit qu'il ne devait pas manquer de gens qui se trouvent l'air correct, qui s'imaginent pouvoir passer pour normaux, avant d'affronter la réalité dans un miroir grossissant d'une chambre d'hôtel américaine. À ce moment là, c'était foutu ! Sans doute la pire représentation possible du visage humain est-elle toujours la plus vraie. C'était le meilleur des miroirs, mais c'était le pire des miroirs. Tous les autres travaillaient dans les relations publiques. Après un tête-à-tête avec ce genre de miroir, il ne restait plus que deux solutions (l'hôtel prenait peut-être une commission, d'ailleurs) : la chirurgie esthétique ou le couvent... Le miroir avait la force de le maintenir en place, comme un vice. Son visage ne ressemblait à rien. Ou plutôt si, à de la terre brûlée..."
Martin Amis, extrait de "L'information", 1995. Éditions Gallimard 1997, pour la traduction française.
Martin Amis, photo L. D. Moore " Lorsque les gens demandent : "Qu'aviez-vous l'intention de dire dans ce roman ? ", la réponse à la question est, bien sûr, le roman, les quatre cents soixante-di...
" Adieu, je vous ai à peine parlé, c'est comme ça dans le monde, on ne se voit pas, on ne dit pas les choses qu'on voudrait se dire; du reste, partout, c'est la même chose dans la vie. Espéron...
Saul Bellow, 1964 " Durant la guerre, je ne croyais en rien, et j'avais toujours détesté les pratiques des Juifs orthodoxes. Je constatais que la mort n'impressionnait pas Dieu. L'enfer, c'était...