Publié le 8 Octobre 2026

"Il existe une fraternité de l’enfance, une complicité unique, derrière la brume de nos souvenirs, ce que se racontent les enfants lorsqu’ils sont seuls. Je pense à cette citation de Kafka : « J’écris autrement que je ne parle, je parle autrement que je ne pense, je pense autrement que je ne devrais penser, et ainsi jusqu’au plus profond de l’obscurité. » La littérature n’est pas sans rapport avec ce « plus profond de l’obscurité », et celui-ci me semble lié à l’enfance. On écrit peut-être afin d’éclaircir quelque chose qui échappe à nos souvenirs. Mais cette obscurité n’est pas seulement celle de l’enfance, les personnages de Joseph Conrad sont également pleins d’ombre. Il y a toujours de l’incomplétude dans la description que l’on peut faire d’un être..".

 

Éric Vuillard, extrait d'un entretien pour Télérama 3986, du 3 juin 2026.

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak : 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Littérature Française, #Littérature Tchèque

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Publié le 20 Août 2026

Martin Amis en 2012.

" Les deux premières heures qu'il passa à New York, Richard eut une expression d'horreur médusée sur le visage. Cette expression d'horreur médusée n'avait pas pour origine le violence ou la vulgarité américaines, la répartition de la richesse américaine, la compétence ou l'incompétence des hommes politiques américains, les conditions du système scolaire américain ou le niveau de la critique littéraire américaine ( qui était d'une inégalité confondante, mais souvent d'une qualité apaisante, conclurait-il plus tard). Non. Cette expression d'horreur médusée, Richard la connaissait bien. Il avait l'air horrifié et médusé, et il savait qu'il avait l'air horrifié et médusé, parce qu'il contemplait l'horreur médusée de son propre visage.

   Dans la salle de bains d'une chambre d'hôtel. Dans un miroir grossissant destiné à faciliter le rasage. Dans un miroir fixé à un montant rétractable et complétant la grande glace rectangulaire (elle-même assez implacable) à l'arrière-plan. Il y avait une lumière au-dessus de ce miroir, mais aussi une lumière à l'intérieur. Il se dit qu'il ne devait pas manquer de gens qui se trouvent l'air correct, qui s'imaginent pouvoir passer pour normaux, avant d'affronter la réalité dans un miroir grossissant d'une chambre d'hôtel américaine. À ce moment là, c'était foutu ! Sans doute la pire représentation possible du visage humain est-elle toujours la plus vraie. C'était le meilleur des miroirs, mais c'était le pire des miroirs. Tous les autres travaillaient dans les relations publiques. Après un tête-à-tête avec ce genre de miroir, il ne restait plus que deux solutions (l'hôtel prenait peut-être une commission, d'ailleurs) : la chirurgie esthétique ou le couvent... Le miroir avait la force de le maintenir en place, comme un vice. Son visage ne ressemblait à rien. Ou plutôt si, à de la terre brûlée..."

 

Martin Amis, extrait de "L'information", 1995. Éditions Gallimard 1997, pour la traduction française.

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak :

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Littérature Britannique, #Beauté

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Publié le 9 Juillet 2026

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 9 Juillet 2026

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #ANNIVERSAIRE

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Publié le 27 Juin 2026

Gustave Flaubert photographié par Nadar.
Gustave Flaubert, par Nadar.

 "Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c’est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style, comme la terre sans être soutenue se tient en l’air, un livre qui n’aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait presque invisible, si cela se peut. Les œuvres les plus belles sont celles où il y a le moins de matière ; plus l’expression se rapproche de la pensée, plus le mot colle dessus et disparaît, plus c’est beau. Je crois que l’avenir de l’Art est dans ces voies. Je le vois, à mesure qu’il grandit, s’éthérisant tant qu’il peut, depuis les pylônes égyptiens jusqu’aux lancettes gothiques, et depuis les poèmes de vingt mille vers des Indiens jusqu’aux jets de Byron. La forme, en devenant habile, s’atténue ; elle quitte toute liturgie, toute règle, toute mesure ; elle abandonne l’épique pour le roman, le vers pour la prose ; elle ne se connaît plus d’orthodoxie et est libre comme chaque volonté qui la produit. Cet affranchissement de la matérialité se retrouve en tout et les gouvernements l’ont suivi, depuis les despotismes orientaux jusqu’aux socialismes futurs.

C’est pour cela qu’il n’y a ni beaux ni vilains sujets et qu’on pourrait presque établir comme axiome, en se posant au point de vue de l’Art pur, qu’il n’y en a aucun, le style étant à lui tout seul une manière absolue de voir les choses.

Il me faudrait tout un livre pour développer ce que je veux dire. J’écrirai sur tout cela dans ma vieillesse, quand je n’aurai rien de mieux à barbouiller. En attendant, je travaille à mon roman avec cœur. Les beaux temps de Saint Antoine vont-ils revenir ? Que le résultat soit autre, Seigneur de Dieu ! Je vais lentement : en quatre jours j’ai fait cinq pages, mais jusqu’à présent je m’amuse. J’ai retrouvé ici de la sérénité. Il fait un temps affreux, la rivière a des allures d’océan, pas un chat ne passe sous mes fenêtres. Je fais grand feu..."

Gustave Flaubert : extrait de correspondance à Louise Colet, 16 janvier 1852. Correspondance, Flaubert, choix et présentation de Bernard Masson, Éditions Gallimard 1975, 1980, 1991 et 1998

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Les Classiques, #Littérature Française, #Art, #Écrire

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