Publié le 20 Août 2026

Martin Amis en 2012.

Les deux premières heures qu'il passa à New York, Richard eut une expression d'horreur médusée sur le visage. Cette expression d'horreur médusée n'avait pas pour origine le violence ou la vulgarité américaines, la répartition de la richesse américaine, la compétence ou l'incompétence des hommes politiques américains, les conditions du système scolaire américain ou le niveau de la critique littéraire américaine ( qui était d'une inégalité confondante, mais souvent d'une qualité apaisante, conclurait-il plus tard). Non. Cette expression d'horreur médusée, Richard la connaissait bien. Il avait l'air horrifié et médusé, et il savait qu'il avait l'air horrifié et médusé, parce qu'il contemplait l'horreur médusée de son propre visage.

   Dans la salle de bains d'une chambre d'hôtel. Dans un miroir grossissant destiné à faciliter le rasage. Dans un miroir fixé à un montant rétractable et complétant la grande glace rectangulaire (elle-même assez implacable) à l'arrière-plan. Il y avait une lumière au-dessus de ce miroir, mais aussi une lumière à l'intérieur. Il se dit qu'il ne devait pas manquer de gens qui se trouvent l'air correct, qui s'imaginent pouvoir passer pour normaux, avant d'affronter la réalité dans un miroir grossissant d'une chambre d'hôtel américaine. À ce moment là, c'était foutu ! Sans doute la pire représentation possible du visage humain est-elle toujours la plus vraie. C'était le meilleur des miroirs, mais c'était le pire des miroirs. Tous les autres travaillaient dans les relations publiques. Après un tête-à-tête avec ce genre de miroir, il ne restait plus que deux solutions (l'hôtel prenait peut-être une commission, d'ailleurs) : la chirurgie esthétique ou le couvent... Le miroir avait la force de le maintenir en place, comme un vice. Son visage ne ressemblait à rien. Ou plutôt si, à de la terre brûlée..."

 

Martin Amis, extrait de "L'information", 1995. Éditions Gallimard 1997, pour la traduction française.

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak :

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Littérature Britannique, #Beauté

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Publié le 9 Juillet 2026

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Publié le 9 Juillet 2026

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Publié le 27 Juin 2026

Gustave Flaubert photographié par Nadar.
Gustave Flaubert, par Nadar.

 "Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c’est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style, comme la terre sans être soutenue se tient en l’air, un livre qui n’aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait presque invisible, si cela se peut. Les œuvres les plus belles sont celles où il y a le moins de matière ; plus l’expression se rapproche de la pensée, plus le mot colle dessus et disparaît, plus c’est beau. Je crois que l’avenir de l’Art est dans ces voies. Je le vois, à mesure qu’il grandit, s’éthérisant tant qu’il peut, depuis les pylônes égyptiens jusqu’aux lancettes gothiques, et depuis les poèmes de vingt mille vers des Indiens jusqu’aux jets de Byron. La forme, en devenant habile, s’atténue ; elle quitte toute liturgie, toute règle, toute mesure ; elle abandonne l’épique pour le roman, le vers pour la prose ; elle ne se connaît plus d’orthodoxie et est libre comme chaque volonté qui la produit. Cet affranchissement de la matérialité se retrouve en tout et les gouvernements l’ont suivi, depuis les despotismes orientaux jusqu’aux socialismes futurs.

C’est pour cela qu’il n’y a ni beaux ni vilains sujets et qu’on pourrait presque établir comme axiome, en se posant au point de vue de l’Art pur, qu’il n’y en a aucun, le style étant à lui tout seul une manière absolue de voir les choses.

Il me faudrait tout un livre pour développer ce que je veux dire. J’écrirai sur tout cela dans ma vieillesse, quand je n’aurai rien de mieux à barbouiller. En attendant, je travaille à mon roman avec cœur. Les beaux temps de Saint Antoine vont-ils revenir ? Que le résultat soit autre, Seigneur de Dieu ! Je vais lentement : en quatre jours j’ai fait cinq pages, mais jusqu’à présent je m’amuse. J’ai retrouvé ici de la sérénité. Il fait un temps affreux, la rivière a des allures d’océan, pas un chat ne passe sous mes fenêtres. Je fais grand feu..."

Gustave Flaubert : extrait de correspondance à Louise Colet, 16 janvier 1852. Correspondance, Flaubert, choix et présentation de Bernard Masson, Éditions Gallimard 1975, 1980, 1991 et 1998

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Les Classiques, #Littérature Française, #Art, #Écrire

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Publié le 4 Juin 2026

Éric Vuillard en 2018.
Éric Vuillard

" Écrire est une sorte d’enquête à partir de soi. Mais il ne s’agit pas seulement d’identification ou d’empathie. Prenez La Petite Dorrit, de Charles Dickens : il n’a pas juste pitié d’elle et de sa vie dramatique, il ne se contente pas de nous donner la main et de nous accompagner jusqu’au cœur du drame, là où nous pourrions enfin, pour un court instant, « être » la petite Dorrit ; il y a dans le moindre mot qu’il choisit, dans le rythme de ses phrases, jusque dans le déploiement général de son récit, une interpellation, une sorte de mise en demeure. Au tout début des Misérables, Victor Hugo réussit un tour de force : lorsque Jean Valjean est ramené par la maréchaussée chez Mgr Myriel, à qui il a volé des couverts d’argent, l’évêque, à sa grande surprise, prétend les lui avoir donnés, avant d’ajouter : « Attendez ! Vous oubliez encore vos chandeliers ! Allez, prenez-les ! » Dans cette merveilleuse scène, il se passe quelque chose qui est au-delà de l’empathie, au-delà de l’identification à tel ou tel personnage, le texte entier s’adresse à nous. L’écriture de Victor Hugo parvient à faire de ce moment une sorte de sommation, l’écriture fait trembler nos catégories de pensée, elle nous arrache à notre confort moral et matériel, à notre position dans la triste hiérarchie humaine. C’est comme si Hugo ajoutait un chapitre nouveau aux Évangiles. Roland Barthes considère que la plus haute finalité du roman, c’est lorsque tout d’un coup la littérature « coïncide absolument avec un arrachement émotif, un cri ». Il y a, en effet, quelque chose de cet ordre là dans la littérature, qui la sépare en partie des sciences sociales : elle accorde une valeur décisive à ce cri..."

Éric Vuillard, extrait d'un entretien pour Télérama 3986, du 3 juin 2026.

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak : 

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Littérature Française, #Pourquoi écrire, #Écrire

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