"Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus ; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire c'est protester contre les insuffisances de la vie." Mario Vargas Llosa. Discours du Prix Nobel" Je pense que nous n'avons pas de meilleure aide que les livres pour comprendre la vie. Les bons livres, en particulier. C'est la raison pour laquelle je lis : pour comprendre de quelle façon je dois vivre, et découvrir qui sont les autres, dans le secret d'eux-mêmes " Benjamin Markovits : extrait d'entretien pour Transfuges n° 31 juin-juillet 2009
" Je me méfie des mots pessimisme et optimisme. Le roman n'affirme rien, il cherche, il pose des questions. Je ne sais pas si mon pays va périr et je ne sais pas non plus lequel de mes personnages a raison. Moi, j'invente des histoires, je les confronte, et c'est ma manière de poser des questions. La bêtise des hommes vient de ce qu'ils ont réponse à tout. La sagesse du roman, c'est d'avoir question à tout. Quand Don Quichotte est sorti affronter le monde, ce monde lui a paru un mystère. Tel est le legs du premier roman européen à toute l'histoire qui le suivra. Le romancier apprend au lecteur à appréhender le monde comme question. Il y a de la sagesse et de la tolérance dans cette attitude. Dans un monde construit sur des certitudes sacro-saintes, le roman est mort. Le monde totalitaire, qu'il ait pour base Marx ou l'islam, ou n'importe quoi d'autre, est un monde de réponses plutôt que de questions. Le roman n'y a pas sa place. En tout cas, il me semble qu'à travers le monde les gens préfèrent aujourd'hui juger plutôt que comprendre, répondre plutôt que demander, si bien que la voix du roman peine à se faire entendre dans le fracas imbécile des certitudes humaines.
Milan Kundera, extrait d'un entretien avec Philip Roth en 1980, dans le livre de ce dernier Pourquoi écrire,Gallimard 2019.
Dostoïevski en 1879. " Le monde a proclamé la liberté, ces dernières années surtout ; mais que représente cette liberté! Rien que l'esclavage et le suicide ! Car le monde dit : " Tu as des b...
Et pourtant, j’ai fait des conférences à Watts, dans des écoles secondaires par exemple, et j’ai trouvé chez ces enfants méprisés, calomniés, menacés, une vivacité, une ardeur et une profondeur d’esprit que je n’ai certainement pas rencontrées, ou réussi à faire naître, chez les étudiants de beaucoup de splendides universités. Les futurs chefs de ce pays (en principe du moins) me paraissent intellectuellement inférieurs aux plus méprisés d’entre nous. Je dis cela sans rancune, sentimentalité ou chauvinisme. Cet état de fait s’explique très facilement. Les étudiants blancs, dans l’ensemble, n’ont commencé que très récemment à avoir des raisons de remettre en question les structures dans lesquelles ils sont nés. La nouveauté de leur réaction, leur stupéfaction et leur ressentiment, leur impression d’avoir été trahis expliquent leurs excès romantiques ; un jeune révolutionnaire blanc reste, en général, beaucoup plus romantique qu’un noir. Car c’est une expérience très différente, et qui forge une personnalité différente elle aussi, de grandir dans la nécessité de s’interroger sur tout — depuis votre propre identité jusqu’au problème brutal de votre survie, au sens littéral du mot, afin de pouvoir commencer à vivre. Qu’ils soient riches ou pauvres, les enfants blancs grandissent avec une connaissance de la réalité si réduite qu’on peut dire qu’ils s’illusionnent sur tout, sur eux-mêmes, sur le monde qui les entoure. Les Blancs ont réussi à traverser toute leur vie dans cette euphorie mais les Noirs n’ont pas eu autant de chance : un homme noir qui verrait le monde, comme John Wayne, par exemple, ne serait pas un patriote excentrique mais un fou furieux. La raison essentielle en est que la doctrine de la suprématie blanche, qui habite la plupart des Blancs, est elle-même une prodigieuse illusion: mais être né noir aux États-Unis est un défi mortel, immédiat. Il est presque impossible à des gens qui s’accrochent à leurs Illusions d’apprendre quoi que ce soit de valable ; un peuple obligé de se créer lui-même doit tout examiner et aspirer les connaissances comme les racines de l’arbre puisent l’eau dans la terre...
James Baldwin, extrait de " Chassés de la lumière ", 1971, Éditions Stock, 1972.
James Baldwin, en 1969. Depuis la mort de Martin Luther King à Memphis, et cette journée terrible à Atlanta, quelque chose a changé en moi, quelque chose a disparu. Peut-être plus encore que l...
" Ce qu'on fait aujourd'hui de la démocratie n'a pas grand chose à voir avec la res publica ; je parlerais plutôt de démocratie de marché. Avec un peu d'autodiscipline, c'est une forme d'exist...