Publié le 26 Novembre 2025

 

Edith Bruck en 1957

 

" Que me viennent des maladies et des malheurs          

que les jours ne soient pas moins pénibles

que des laideurs existent même

que gagner son quignon de pain

ne soit pas plus aisé

tout va bien

pourvu que Dieu qui n'existe pas

(j'ai de moins en moins peur de le dire)

conserve en moi jusqu'à la fin

la nostalgie de toi."

                                                     ***

Parmi mes affaires

ramassées à la hâte

comme une voleuse

par une journée d'automne romain

quand pleurent les murs

les rues le toit le ciel tout !

j'ai trouvé une paire ce chaussettes à toi

en laine fine

gris perle ; 

est-ce moi qui te les ai achetées, moi qui t'habillais ?

Je ne me rappelle pas trop

sinon l'ensemble de la vie

et ça me suffit.

                                       ****

J'ai entendu des pas

la clé dans la serrure

le grincement de la porte

j'aurais même parié

mais personne n'est entré.

                  

Edith Bruck : extrait de "La voix de la vie", 2022, Éditions Payot & Rivages, 2022 pour la traduction française.

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Littérature Italienne, #Poésie, #Mémoire, #poésie

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Publié le 17 Novembre 2025

 

Milan Kundera en 1980.

" Je me méfie des mots pessimisme et optimisme. Le roman n'affirme rien, il cherche, il pose des questions. Je ne sais pas si mon pays va périr et je ne  sais pas non plus lequel de mes personnages a raison. Moi, j'invente des histoires, je les confronte, et c'est ma manière de poser des questions. La bêtise des hommes vient de ce qu'ils ont réponse à tout. La sagesse du roman, c'est d'avoir question à tout. Quand Don Quichotte est sorti affronter le monde, ce monde lui a paru un mystère. Tel est le legs du premier roman européen à toute l'histoire qui le suivra. Le romancier apprend au lecteur à appréhender le monde  comme question. Il y a de la sagesse  et de la tolérance dans cette attitude. Dans un monde construit sur des certitudes sacro-saintes, le roman est mort. Le monde totalitaire, qu'il ait pour base Marx ou l'islam, ou n'importe quoi d'autre, est un monde de réponses plutôt que de questions. Le roman n'y a pas sa place. En tout cas, il me semble qu'à travers le monde les gens préfèrent aujourd'hui juger plutôt que comprendre, répondre plutôt que demander, si bien que la voix du roman peine à se faire entendre dans le fracas imbécile des certitudes humaines.

 

Milan Kundera, extrait d'un entretien avec Philip Roth en 1980, dans le livre de ce dernier Pourquoi écrire, Gallimard 2019.

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Publié le 11 Novembre 2025

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 10 Novembre 2025

 

Et pourtant, j’ai fait des conférences à Watts, dans des écoles secondaires par exemple, et j’ai trouvé chez ces enfants méprisés, calomniés, menacés, une vivacité, une ardeur et une profondeur d’esprit que je n’ai certainement pas rencontrées, ou réussi à faire naître, chez les étudiants de beaucoup de splendides universités. Les futurs chefs de ce pays (en principe du moins) me paraissent intellectuellement inférieurs aux plus méprisés d’entre nous. Je dis cela sans rancune, sentimentalité ou chauvinisme. Cet état de fait s’explique très facilement. Les étudiants blancs, dans l’ensemble, n’ont commencé que très récemment à avoir des raisons de remettre en question les structures dans lesquelles ils sont nés. La nouveauté de leur réaction, leur stupéfaction et leur ressentiment, leur impression d’avoir été trahis expliquent leurs excès romantiques ; un jeune révolutionnaire blanc reste, en général, beaucoup plus romantique qu’un noir. Car c’est une expérience très différente, et qui forge une personnalité différente elle aussi, de grandir dans la nécessité de s’interroger sur tout — depuis votre propre identité jusqu’au problème brutal de votre survie, au sens littéral du mot, afin de pouvoir commencer à vivre. Qu’ils soient riches ou pauvres, les enfants blancs grandissent avec une connaissance de la réalité si réduite qu’on peut dire qu’ils s’illusionnent sur tout, sur eux-mêmes, sur le monde qui les entoure. Les Blancs ont réussi à traverser toute leur vie dans cette euphorie mais les Noirs n’ont pas eu autant de chance : un homme noir qui verrait le monde, comme John Wayne, par exemple, ne serait pas un patriote excentrique mais un fou furieux. La raison essentielle en est que la doctrine de la suprématie blanche, qui habite la plupart des Blancs, est elle-même une prodigieuse illusion: mais être né noir aux États-Unis est un défi mortel, immédiat. Il est presque impossible à des gens qui s’accrochent à leurs Illusions d’apprendre quoi que ce soit de valable ; un peuple obligé de se créer lui-même doit tout examiner et aspirer les connaissances comme les racines de l’arbre puisent l’eau dans la terre...

 

James Baldwin, extrait de " Chassés de la lumière ", 1971, Éditions Stock, 1972.

 

 Du même auteur, dans La Lecturamak : 

 

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Littérature Américaine

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Publié le 9 Novembre 2025

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Rédigé par jmlire9258

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