Publié le 14 Juillet 2025

 

Fernando Pessoa en 1914.
Fernando Pessoa en 1914.

Plutôt le vol de l'oiseau, qui passe sans laisser de trace,

Que le passage de l'animal dont le sol garde le rappel.

L'oiseau passe et s'oublie, et c'est très bien ainsi.

L'animal, là où il ne se trouve plus et où il ne sert donc plus à rien,

 

Montre qu'il s'y est trouvé, ce qui ne sert vraiment à rien.

Le souvenir est une trahison de la Nature,

Puisque la Nature d'hier n'est pas la Nature.

Ce qui fut n'est rien, et se rappeler c'est ne pas voir.

 Passe, oiseau, passe, et enseigne-moi à passer !

 

Anthologie essentielle, extrait de "Alberto Caeiro" Éditions Chandeigne, 2016.

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Littérature Portugaise, #Poésie

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Publié le 9 Juillet 2025

 

 

Photographie de Paul Valéry par Henri Manuel, 14,6 x 10 cm, vers 1925.
Paul Valéry, vers 1925.

Supposé l'homme obligé de gagner sa vie de chaque jour, n'ayant loisirs, ni sécurité, alors disparaît toute notion de mission, d'œuvre, de créature privilégiée, de destinée unique devant être remplie. Tout ceci donc est postérieur à l'acquisition de réserves, à l'assurance du lendemain, à la jouissance du passé, et du capital accumulé.

  Il faut que le temps et les ressources surabondent pour que l'on songe à être le fils de Dieu, nourrisson des Muses, personnalité ; pour se croire quelqu'un, et non le jouet de tout dans chaque instant.

  Les mauvais moments, les malaises, les douleurs et l'anxiété, nous mettent dans l'état de gagner, de garder notre vie, non plus de chaque jour, mais de chaque minute.

  Alors, plus de pensée, plus d'actes non réflexes ; mais une lutte, une agonie, une vie disputée, un présent sans horizon. Il n'y a plus de temps, mais une durée.

  Ce n'est plus être un homme ; mais une succession d'évènements locaux, un effet de coïncidences et de conditions instantanées.

  Or, cet état est le véritable. La substance de l'homme est accident.

  

  Paul Valéry, extrait de "Tel quel II",  Éditions Gallimard, 1943.

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Littérature Française, #philosophie, #Pensées, #Les Classiques

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Publié le 22 Juin 2025

Paul Valéry par le Studio Harcourt, vers 1938.
Paul Valéry par le Studio Harcourt, vers 1938.

"Un homme qui ne jugerait de toutes choses que selon sa seule expérience, qui se refuserait à arguer de ce qu'il n'a pas vu et éprouvé, qui ne se prononcerait que de soi-même, qui ne se permettrait d'opinions que directes, provisoires et motivées, - qui à chaque pensée lui venant, ajouterait ou qu'il la formée, - ou qu'il l'a lue, ou reçue ; et que l'une sort du hasard et de l'inconnu, - que l'autre n'est qu'un écho ; qu'il ne pense rien et ne comprend quoi que ce soit qu'au moyen du hasard et des échos, - ce serait bien le plus honnête homme du monde, le plus détaché, le plus vrai. - Mais sa pureté le rendrait incommunicable, et sa vérité le réduirait à n'être pas."

 

Paul Valéry, extrait de "Tel quel II",  Éditions Gallimard, 1943.

 

 

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak : 

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Publié le 21 Juin 2025

 

" La perfection n’existe pas ; la comprendre est le triomphe de l’intelligence humaine ; la désirer pour la posséder est la plus dangereuse des folies. Ouvrez votre fenêtre, Octave ; ne voyez-vous pas l’infini ? ne sentez-vous pas que le ciel est sans bornes ? votre raison ne vous le dit-elle pas ? Cependant concevez-vous l’infini ? vous faites-vous quelque idée d’une chose sans fin, vous qui êtes né d’hier et qui mourrez demain ? Ce spectacle de l’immensité a, dans tous les pays du monde, produit les plus grandes démences. Les religions viennent de là ; c’est pour posséder l’infini que Caton s’est coupé la gorge, que les chrétiens se jetaient aux lions, que les huguenots se jetaient aux catholiques ; tous les peuples de la terre ont étendu les bras vers cet espace immense, et ont voulu le presser sur leur poitrine.  L’insensé veut posséder le ciel ; le sage l’admire, s’agenouille, et ne désire pas.

La perfection, ami, n’est pas plus faite pour nous que l’immensité. Il faut ne la chercher en rien, ne la demander à rien, ni à l’amour, ni à la beauté, ni au bonheur, ni à la vertu ; mais il faut l’aimer, pour être vertueux, beau et heureux, autant que l’homme peut l’être…"

 

Alfred de Musset : extrait de  "La confession d'un enfant du siècle. " 1836.

 

Du même auteur, dans La Lecturamak : 

 

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Les Classiques, #Littérature Française

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Publié le 8 Juin 2025

... Moi, moi, moi, moi seul !

 Pourtant, si je suis moi, moi, moi, moi seul, pourquoi

(Faisons un effet) n'existé-je pas ?

Qu'importe, je le demande, que je sois moi, moi, au milieu, au

centre, si je ne peux être moi-même ?

Moi seul

Moi seul...

Maintenant que tu es seul, tout à fait seul, tu pourrais au

moins arrêter un peu cette incessante récitation

Cette production de gestes

Cette fabrication de paroles...

Mais toi, même quant tu es seul, tu fais semblant d'être seul,

et tu passes ton temps, disons-le sincèrement, à faire semblant

d'être toi-même, même devant toi-même.

 

Witold Gombrowicz, extrait de "Le Mariage", 1953. 

( Lu dans "Mémoires d'Europe, anthologie des littératures européennes.", Gallimard, 1993.)

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak : 

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Littérature Polonaise, #Solitude

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