Publié le 28 Octobre 2022

Troupes françaises du général Gouraud, avec leurs mitrailleuses parmi les ruines d'une église près de la Marne, repoussant les Allemands. 1918. Service central de photos d'actualités. (Département de guerre) Date exacte inconnue Shot # FICHIER NARA : 165-WW-286-36 LIVRE Guerres et conflits # : 619

" Dans l'effroyable cataclysme de la guerre mondiale, durant lequel le monde blanc, cessant de nous battre, de nous calomnier, de nous assassiner, s'est provisoirement détourné pour s'entretuer, nous membres des peuples à la peau sombre, nous avons regardé avec un étonnement mesuré.

   Parmi certains d'entre nous, je ne doute pas que cette soudaine descente de l'Europe en enfer ait apporté une surprise sans bornes ; à d'autres, sur un vaste territoire, elle a apporté la (...) joie mauvaise des personnes cruellement blessées ; mais la plupart d'entre nous, selon moi, avons regardé en silence et tristement, en toute objectivité, constatant avec tristesse la prophétie de nos propres âmes.

 

   Voilà une civilisation qui s'est beaucoup vantée. Ni les romains, ni les Arabes, ni les Grecs, ni les Égyptiens, ni les Perses, ni les Mongols n'ont jamais jugé de leur perfection ni d'eux-mêmes avec un sérieux aussi déconcertant que l'homme blanc moderne. Nous, pour qui son agrandissement a si souvent impliqué la honte, l'humiliation et l'insulte profonde, nous n'étions jamais dupes. Nous regardions l'homme blanc d'un regard lucide, vieux comme le monde, et voyions simplement une créature humaine, faible, pitoyable et cruelle, comme nous le sommes et comme nous l'étions.

   Ces surhommes et ces demi-dieux maîtres du monde n'écoutaient cependant pas nos langues vulgaires, ni même quand nous désignions en silence leurs pieds d'argile. Gens à l'âme plus simple et d'un type plus primitif, c'est peut-être la faillite totale de la religion blanche qui nous a le plus frappés dans le désordre des dernières années. Nos lèvres se sont tordues dans un rictus exprimant comme du mépris, lorsque nous avons été témoins d'excuses désinvoltes et d'explications fatigantes. Rien de tel ne nous a dupés. La religion d'une nation est sa vie et, à ce titre, le christianisme blanc est une épouvantable faillite.

 

   Ne soyons pas non plus injustes dans cette critique : nous savons que nous avons échoué, nous aussi, comme vous, et que nous avons rejeté plus d'un Bouddha, de même que vous avez renié le Christ ; mais nous reconnaissons notre fragilité humaine, tandis que vous, qui prétendez être des surhommes, vous raillez sans cesse nos insuffisances.

   Le nombre de blancs qui pratiquent la démocratie et le désintéressement de Jésus-Christ, même avec une approximation raisonnable, est si réduit et si négligeable qu'il pourrait donner matière à plaisanterie dans les suppléments des journaux du dimanche et dans Punch, Life, Le rire et Fliegende Blätter. C'est dans son travail de mission à l'étranger que l'extraordinaire aveuglement de la religion blanche est pleinement illustré : chaque année, le monde blanc envoie solennellement en Afrique pour cinq millions de dollars de propagande missionnaire et, au cours des mêmes douze mois, ajoute pour vingt-cinq millions de dollars de gin de la plus mauvaise facture. Paix aux augures de Rome !...

 

 

   La guerre est horrible ! Le monde noir le sait pour en avoir payé le prix atroce. Mais l'est-elle seulement devenue ces derniers temps, lorsque dans des conditions essentiellement légales, avec un armement égal et un gaspillage égal des richesses, des blancs combattent des blancs, sous l’œil de chirurgiens et d'infirmières qui virevoltent à proximité ? 

   Pensez aux guerres que nous avons vécues aux cours de la dernière décennie : en Afrique allemande, au Nigéria britannique, au Maroc franco-espagnol, en Chine, en Perse, dans Les Balkans, à Tripoli, au Mexique et dans une dizaine de régions plus petites : n'étaient-elles pas horribles, elles aussi ?  Remarquez, il n'y avait pour la plupart de ces guerres aucun fonds de la Croix-Rouge...

 

   Alors que nous  distinguions vaguement les morts à travers les fumées de la bataille et percevions faiblement les malédictions et accusations des frères de sang, nous, hommes à la peau sombre, nous disions : ceci n'est pas l'Europe devenue folle ; ceci n'est pas aberration ni folie, ceci est l'Europe ; cette Terreur apparente est l'âme véritable de la culture blanche - support de toute culture - aujourd'hui mise à nu et visible. Voilà où le monde en est arrivé : ces sombres et terribles profondeurs, et non les hauteurs éclatantes et ineffables dont il se vantait. Voilà jusqu'où la force et l'énergie de l'humanité moderne sont réellement allées....

 

W.E.B.Du Bois, extrait de "Les âmes du peuple blanc", 1920. Lu dans lea revue Actes de la recherche en sciences sociales, n°242, juin 2022

 

  

   

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Publié le 25 Octobre 2022

 

 

 De si loin

revenu par magie

amant veilleur

pris dans les bras 

mains maladroites

 

 

rendre la chair vive

être brasier et fagot

de purs blasphèmes

hallucinés...

 

 

que guettes-tu

au bout de l'exil ?

j'emprunte les yeux ses femmes aimées pour éclairer

mon chemin...

   la nuit bouillonne

viens aiguiser les mots sur la pierre

mots tranchants de l'agonie

 

 

qui crie 

qui crie : aimez-moi ?

Sais-tu aimer ?

il te vient une averse de pleurs

dieu... que la fin des braises consume

le désir de vivre...

 

La vie fuit, 

Mon amour, 

La vie fuit

 

Nomade fougueuse

Déracinée, errante, barbare ?

Tu habites mon corps

Et offres rédemption à ma pudeur paysanne

 

Entière innocence

Désespoir caché

 

À l'heure retournée de la vie

La vie fuit 

Mon amour

La vie fuit...

 

Vois la lumière

Entrevois le soleil

Étrange, ardent, obscur

un morceau de basalte rouge

tournoie éternel

dans la gorge du temps.

 

Extraits de " Basalte rouge". Poème de Nicole Barrière, dans le recueil " Le livre parlé par 23 poètes, Éditions Unicité, 2019.

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Littérature Française, #poésie

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Publié le 23 Octobre 2022

 WEB Du Bois par James E. Purdy, 1907, tirage gélatino-argentique, de la National Portrait Gallery qui a explicitement publié cette image numérique sous la licence CC0. ( https://npg.si.edu/object/npg_NPG.80.25 ) Tirage gélatino-argentique.
WEB Du Bois par James E. Purdy, 1907

 

 

 Le projet de l'Europe n'était pas une invention soudaine, mais un moyen de sortir des difficultés depuis longtemps accablantes. Il est évident pour la civilisation blanche moderne que l'assujettissement des classes ouvrières blanches ne peut plus être maintenu bien longtemps. L'éducation, le pouvoir politique et la connaissance accrue de la technique et du sens du processus industriel sont, dans un avenir proche, voués à entraîner une répartition de plus en plus équitable des richesses. Le jour des très riches touche à sa fin, du moins en ce qui concerne chacune des nations blanches. Mais il y a une faille. Il existe une occasion d'exploitation énorme en vue d'un profit démesuré., non seulement pour les très riches, mais aussi pour la classe moyenne et pour les ouvriers. Cette occasion se trouve dans l'exploitation des peuples de couleur. Voilà la direction qu'indique la main d'or. Là, pas de syndicat d'ouvriers, ni de votes, ni de curieux qui posent des questions, ni de consciences importunes. Ces hommes peuvent être exploités jusqu'à l'os ; puis, fusillés et mutilés lors d'expéditions "punitives" quand ils se révoltent. Sur ces sombres territoires, le "développement industriel" peut répéter, sous une forme outrancière, toutes les horreurs de l'histoire industrielle de l'Europe, depuis l'esclavage et le pillage jusqu'à la maladie et la mutilation, selon un unique critère de réussite : les dividendes !

 

W.E.B.Du Bois, extrait de "Les âmes du peuple blanc", 1920. Lu dans lea revue Actes de la recherche en sciences sociales, n°242, juin 2022.

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Publié le 20 Octobre 2022

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 17 Octobre 2022

Me voilà

je suis là et je dis         me voilà

me voilà pleine de peine et de colère

je dis me voilà             comme          me présentant à des orbites vides

moi ici pleine de peine et de colère

en dix ans devenue      quoi devenue ?

 

et en même temps présente ici          me voilà moi ici

pleine de peine et de colère

fermée enfermée   sans oreille pour entendre

ici en silence                   murée emmurée dans le silence

comme                                   en terre

murée dans peine et colère

dans l'injuste de tout               sans cesse

 

moi ici pleine de peine et de colère

fermée enfermée avec plus d'oreille pour rien

parce que pas d'oreille nulle part pour entendre peines et colère

les miennes et les autres murées fermées enfermées

pas d'oreille jamais                   pour entendre

comme                          il faudrait

à longs cris de peine et de colère

à très longs cris de peine et de colère

 

pour entendre comme               on ne peut

alors moi ici murée emmurée fermée enfermée

pleine de peine et de colère

moi ici qui ai tant aimé tant célébré ici

je           moi ici

              moi ici              je continue

 

Claude Ber: extrait de "La Mort n'est jamais comme" Éditions Bruno Doucey, 2019. et dans le recueil "Le livre parlé par 23 poètes" de Anne de Commines, Éditions Unicité, 2019.

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Rédigé par jmlire9258

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