Publié le 18 Juin 2022

Mathias Énard, 2019

 

 

Elle lisait, ses cheveux tombaient de chaque côté de son visage, elle avait seize ans, la guerre avait transformé sa vie, changé sa famille, ses habitudes, elle avait dû laisser l'école, travailler, vivre avec une tante qu'elle connaissait à peine, avec une folle et un combattant. Je regardais ses mains sur les pages du livre, ses doigts sans bagues, ses avant-bras bronzés.

   La première personne que j'ai tuée au combat, de près, c'était le second jour de la guerre. l'officier m'avait posté dans une maison à l'angle d'une rue, derrière une fenêtre du rez-de-chaussée et il m'avait dit si quelqu'un passe, tu tires. J'avais une kalachnikov, je suais tout ce que je pouvais, il faisait chaud et j'avais peur.

Au bout d'un moment j'ai vu arriver un homme avec l'uniforme ennemi. J'ai commencé à trembler, à hésiter, je ne savais pas si tirer ou non, je le voyais marcher comme ça tranquillement dans la ruelle, il n'avait pas l'air dangereux et pourtant quelque chose m'a fait pointer l'arme vers lui et tirer, une sorte de curiosité, l'envie de voir ce qui allait se passer. Mon fusil était en position rafale, j'ai envoyé quinze cartouches en trois secondes sans m'en rendre compte. À trois mètres de moi j'ai vu la surprise sur le visage de l'homme, ses yeux s"écarquiller pleins de douleur, son corps sursauter et se déchirer, sa chemise partir en morceaux, son sang gicler par-derrière contre le mur et je ne comprenais pas qu'il fallait que je retire mon doigt crispé de la détente, l'arme me secouait autant que le corps qui reculait sous les coups. Finalement il est tombé contre le mur d'en face, une plaie immonde s'est ouverte au niveau de son ventre, il en sortait des bouillonnements de couleur et de viscères, sa jambe droite s'est mise à trembler sur le sol, elle a battu très vite quelques secondes sans fin avant de s'immobiliser dans une dernière contraction. J'étais tout tremblant moi aussi et je suis tombé à mon tour derrière ma fenêtre, je ne voyais que cette jambe qui se convulsait, qui montrait les ressorts du corps en train de se défaire, la machine s'emballer. Mon biceps s'est mis à se contracter, j'étais électrique, je palpitais, je ne voyais rien, j'avais peur. Peur d'être moi-même là-bas contre le mur, peur de cette douleur surprise que j'avais vu  sur le visage de l'homme ; j'avais peur de devenir un lézard qui se contorsionne dans son sang en perdant ses tripes et je me suis mis à pleurer en sanglotant comme si je m'étais tué moi-même, jusqu'à ce que l'officier revienne me chercher, je ne sais combien de temps après.

   Sa main sur mon épaule et sa voix amicale m'ont remis sur pied, j'avais un peu honte de m'être laissé aller. C'est toujours cette jambe, cette contraction inhumaine que je revois dans mes cauchemars, pas le sang ni les visages des morts. Ce sont ces secondes d'agonie violente qui se sont imprimées dans ma mémoire et que je redoute jusqu'au fond de moi. Parfois, après un tir, quand la cible se tord sur le sol, je suis obligé d'éloigner la lunette pour échapper au souvenir du type de la ruelle.

   Il faut s'habituer, apprendre à se dominer et à cacher ses faiblesses.

   Je pensais à tout ça en regardant Myrna lire sur le balcon, et je me demandais quel était le souvenir qu'elle souhaiterait oublier, quelles images avaient pour elle la force et le danger des miennes - aucune, sans doute. Sa présence me calmait, sans qu'elle ait besoin de parler ou de faire quoi que ce soit, mais je sentais une vague tristesse m'envahir avec le soir qui tombait, je n'avais envie de rien, ni d'elle ni de quoi que ce soit d'autre... "

 

Mathias Énard : extrait de "La perfection du tir", Actes Sud, 2003.

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak :

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Littérature Française

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Publié le 15 Juin 2022

Photo LV, 2018

On descend. Les rayons de lumière de diverses couleurs s'éteignent peu à peu., d'abord les rouges, puis les orangés, les jaunes, les verts, et en dernier les violets et les ultraviolets. À dix mètres de profondeur, c'est déjà le soir.

   On descend dans la crypte toujours plus obscure d'une cathédrale, la voûte au-dessus des têtes est encore bleue, verrière sillonnée par les frétillements d'une lumière de plus en plus pâle, de plus en plus opaque. Le temps, là-dessous, ralentit, se condense. Minutes de sommeil, années. Combien de temps a-t-on dormi, combien de temps a-ton rêvé qu'on dormait ? Dans ce bleu où l'on descend et qui bientôt n'est plus bleu, tout semble advenir avec une lenteur séculaire. Le pêcheur Urashima - Ivo se souvient très bien du petit livre qu'il avait reçu à la Saint-Nicolas, une édition allemande de contes, il revoit sa couverture avec le titre en caractères gothiques, noirs sur les crêtes blanches des vagues de l'illustration - plonge de sa barque dans les bras de la princesse de la mer, son cœur s'engloutit ; non-temps de la félicité et de la mort. Ulysse ne s'aperçoit pas que dans la grotte avec Calypso se sont écoulés sept ans, Urashima ne s'aperçoit pas qu'entre les bras de la déesse de la mer se sont écoulés quatre cents ans. mais qui les compte ? Les ans sont fait de jours, et pour qu'il y ait un jour il faut que le soleil se lève et se couche, mais quand au sein de la grande marée originelle il n'y avait aucun soleil qui puisse se lever ni se coucher, ni aucune terre qui puisse tourner autour de lui, et quand dans un baiser il n'y a ni hier ni demain, les jours n'existent plus et on ne peut pas les compter. Je suis ici dessous pour faire la guerre, enseigne de vaisseau, mais ici dessous il semble impossible de penser à la guerre, à sa précipitation accélérée, à la torpille qui jaillit à toute vitesse pour trouer la mer, le mur du temps.

   Touché au large de Venise, le sous-marin a réussi à remonter, lentement et en oblique, et à faire surface en se couchant sur un banc de sable, puis une corvette autrichienne a recueilli son équipage, y compris les quatre hommes tués lors de l'explosion, puis il est rentré à Pola.

   L'enseigne de vaisseau Ivo Saganic a plus de chance que ses camarades, car à la différence des autres marins et officiers originaires de petites villes et villages plus éloignés, lui, il habite à Promontore, juste au bord de la mer, cette mer d'où il est remonté et rentré chez lui où l'attend sa femme, Mila, avec ses cheveux longs comme ceux d'une sirène. Urashima a la nostalgie de sa maison, de son père de sa mère de ses frères et sœurs, et il dit à la déesse de la mer de le laisser partir, qu'il reviendra vite. L'enseigne de vaisseau Ivo Saganic a de la peine à cause des quatre marins morts et du sous-marin qui était devenu sa barque, plus encore peut-être que celle qui l'attend amarrée presque en face de chez lui, mais il est content de rentrer même si c'est pour peu de temps ; quand les dieux envoient un message, on part ou on revient sans discuter. Pendant que le sous-marin remonte - lentement entre autres parce qu'il le fait en oblique, l'angle qui sépare sa ligne de flottaison d'une ligne horizontale est très aigu -, il pense à ces hauts-fonds qui s'éloignent et disparaissent, à toutes les plantes et à tous les poissons parmi lesquels ils sont en train de passer, au sguazeto - ce délicieux ragoût - qui l'attend chez lui  ou à l'auberge, chez Trita Trita, où ils iront peut-être, Mila et lui, fêter son retour.

   À vrai dire, il espère aller tout de suite chez lui, mais peut-être que ses camarades voudront faire une petite bringue et lui, l'un des seuls à être mariés, ne veut pas faire le fier ou passer pour un Simandl, comme ils disent en allemand - lui il est et il se sent autrichien, comme eux tous, sujet de l'empereur, mais allemand, non, pas du tout, il est istrien et italien - , ce qui signifie que sa femme ne le tient pas sous sa pantoufle, et donc ils finiront sans doute tous chez Trita Trita qui expédie la jeunesse au cimetière avec son vin noir et au boulevard des allongés avec son vin blanc, mais lui il s'éclipsera assez rapidement. Aussi parce que, ensuite, il devra retourner en mer, sous la mer. Urashima s'unira bientôt à nouveau à la déesse de la mer qui, lorsqu'il est parti, ne lui a rien dit mais lui a simplement donné un petit coffret, en l'avertissant de ne jamais l'ouvrir.

   Il y a bien des façons d'attendre un mari qui vit longtemps - qui est peut-être mort - au fond de la mer et quand l'enseigne de vaisseau Igo Savanic vit que sa femme, la belle Mila, plus belle que la très belle reine de la mer, ne l'avait pas attendu toute seule ni non plus seulement en compagnie de leur fils, le petit Tonko, il lui sembla ne plus reconnaître la maison, la barque amarrée en face et doucement bercée par la mer, la cour et l'escalier qui montait à la porte, où Mila se tenait droite et silencieuse, plus lointaine que lorsqu'il était au fond des eaux , les quelques pas, les quelques mètres qui les séparaient étaient des années, des décennies. Urashima, quand il rentre au village, ne trouve plus rien, à part les montagnes ; sa maison n'est plus là, ni aucune des maisons qu'il connaissait, personne ne se souvient d'une famille portant le même nom que lui, même au cimetière il y a d'autres tombes et les noms, que le temps a rendu presque illisibles, ne lui disent rien ; quatre cents ans se sont écoulés, entend-il dire, depuis l'époque où un typhon a détruit un village qui se dressait à cet endroit, alors il va sur le rivage de la mer solitaire, il ouvre le coffret - peut-être qu'à l'intérieur il y a un message de la déesse qui va tout lui expliquer, un sortilège qui le protégera de tout danger -, mais il n'y a que de la poussière, immédiatement dispersée par le vent. Il se regarde dans l'onde claire et placide à ses pieds qui lui montre un visage creusé de sillons comme les pierres de ces vieilles tombes et de longs cheveux blancs comme neige.

    Les jambes d'Urashima se dérobent sous lui, il tombe sur la plage, l'enseigne de vaisseau Ivo Saganic, au contraire, a regardé longuement Mila immobile sur le seuil, puis il s'est retourné et est allé sur le rivage regarder longuement la mer, la dernière fois qu'on l'a vu, semble-t-il, il prenait à pied la route qui mène à Medulin. Les registres de la Marine impériale-royale en savent certainement quelque chose, étant donné que peu de jours après l'équipage du U-Boot 20 a été appelé à reprendre la mer sur une autre unité, mais dans le grand chambardement de l'Autriche, à la fin de la guerre, ces registres ont été dispersés."

 

Claudio Magris : extrait de " Classé sans suite ", Éditions Gallimard, 2017.

 

 

   

Du même auteur, dans Le Lecturamak : 

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 12 Juin 2022

 

 

L'orage après-demain. ( Fernando Pessoa )

Premier présage de l'orage d'après-demain.

Les premiers nuages blancs et bas menacent dans le ciel blafard.

De l'orage d'après-demain ?

J'en suis certain, mais la certitude, est mensonge.

Etre certain c'est ne pas voir.

Il n'y a pas d'après-demain.

Ce qu'il y a, c'est : 

Un ciel bleu un peu terne, des nuages blancs à l'horizon,

Et une touche de sale en bas qui virerait au noir plus tard.

Voici ce qu'il y a aujourd'hui

Et comme aujourd'hui pour l'instant c'est tout,

Qui sait si je serai mort après-demain ?

Si je suis mort après-demain, l'orage d'après-demain

Sera un autre orage que ce qu'il serait si je n'étais pas mort.

Je sais bien que l'orage ne me tombe pas des yeux,

Mais si je ne suis plus de ce monde, le monde sera différent - 

Puisque je n'en serai plus -

Et l'orage tombera sur un monde différent et ce ne sera pas le même orage.

Quoi qu'il en soit, que tombe ce qui doit tomber quand ça tombera.

 

10 juillet 1930.

 

Fernando Pessoa, " Poèmes jamais assemblés", Éditions Unes, 2020.

 

Du même auteur, dans Le Lecturamak : 

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 12 Juin 2022

 

 

extrait du roman " Les souterrains", 1958 :

LES CRITIQUES : entre les caresses et les griffes.

 

 

Le livre que je préfère, c'est "Les souterrains", il l'a écrit en deux jours, je crois, et ça ne peut que me le rendre sympathique. dans le genre brut, c'est réussi. C'est ça qui est bien chez Kerouac, c'est le brut. Léautaud disait qu'il fallait écrire comme on parle, sans chercher à bien écrire, et il y a ça chez Kerouac..."

 

Simon Libérati

 

" Kerouac porte la même attention, la même minutie et le même enthousiasme candide à décrire les montagnes, les arbres, les sentiers, qu'un bar bondé, une bagnole dans laquelle ils vont traverser trois États ou une piaule miteuse dans laquelle il va vivre une nuit débordante de sexe. Il ya quelque chose d'extatique chez Kerouac, entre la mystique et l'éternelle immaturité qui lui fait voir du beau ou du sacré en tout. Ça a un côté rafraîchissant qui rappelle un peu Dostoïevski parfois. "

 

Cyril Dion.

 

" Bien sûr que j'ai lu Les souterrains ; J'ai même lu toutes les merdes [ que Kerouac ] a écrites. Ce type est un crétin, un abruti mystique affligé  de myopie intellectuelle. Les clochards célestes était bien loin d'être un bouquin aussi nul que Les souterrains, mais les deux sont des appendices desséchés de Sur la route - qui, de toute façon , n'est pas un roman...

 

Hunter S. Thompson.

 

" La jaquette des Souterrains signale que la jeunesse Beat estime que le comment de la vie semble plus crucial que le pourquoi. ( Je ne comprends pas leur grandiloquence ; si je me souviens bien, c'était la conviction de la plupart des générations). Mais le "comment" des garçons et des filles Beat est d'une effarante monotonie. les jours se confondent avec les nuits. Ils se pâment au son de leur musique, ils se défoncent à la bière ( une des possibilités de distraction qu'offre, me semble-t-il, l'âge tendre.), ils se bagarrent et oublient s'être battus, ils n'ont de cesse de s'entasser dans des bagnoles toutes bringuebalantes et de rouler comme des fous... On ne rit pas beaucoup chez eux, et si on se parle, c'est principalement pour se dire combien on est formidable... Le héros des Souterrains ne se lasse pas de décrire ses moments d'intimité avec la jeune beauté noire dont il est tombé amoureux - il emploie le mot "amour". Il relate ces épisodes les uns après les autres, comme les matchs d'une saison - à quoi d'ailleurs jouent-ils, ces nouveaux écrivains ? À compter les points ?

   Je crois, comme vous l'aurez peut-être subodoré, que si M Kerouac et ses disciples ne se trouvaient pas si éblouissants, aussi terriblement intellos, s'ils ne trouvaient pas qu'ils ressemblaient beaucoup au Christ, je ne serais pas d'aussi méchante humeur..."

 

Dorothy Parker.

 

 

... De la misogynie chez Kerouac ?

 

" ... J'ai toujours un peu peur des commandos de choc qui se proposent de traquer la misogynie dans la littérature. Cela me rappelle des images de lynchage, et cela m'inquiète. Le roman n'es pas le lieu de la morale. les personnages des auteurs de la Beat Generation ne se sont jamais inquiétés d'être à leur manière des " sales types " - dans la lignée de leur précurseur de  Demande à la poussière, John Fante. Quel que soit le malaise qu'on peut en éprouver, c'est ça qui est troublant et bizarrement beau, cette manière dont ils nous font entrer dans cette psyché et percevoir tout le mal qui est derrière. La part d'autodestruction. la folle liberté, la peur. " Les seuls qui m'intéressent sont les fous furieux" , écrit le narrateur de Sur la route. Je ne crois pas que la littérature soit forcément là pour se dégager des clichés, elle les brasse aussi parce qu'ils nous travaillent. Qu'on y est empêtrés. Elle rend compte de cet empêtrement.

 Elle en témoigne. la littérature n'est pas là pour exposer une vision correcte, et encore moins corrigée du monde. C'est la réalité qu'il faut changer, mais les romans, eux, sont un espace presque utopique où apprendre l'indulgence, où accéder librement et attentivement à la complexité intime de l'altérité. "

 

Chrisine Montalbetti.

 

Critiques parues dans le magazine Transfuges , mars 2022, dossier Kerouac.

 

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Rédigé par jmlire9258

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Publié le 4 Juin 2022

 

René Frégni, 2011

" Avec les enfants des écoles primaires on peut faire parler les chats, les loups et les oiseaux, une souris peut tomber amoureuse d'un ours. Avec les lycéens on peut gentiment tripoter le mot philosophie. Avec les collégiens on traverse un champ de mines. Essayer de faire parler les souris...

   Dans chacun de leurs corps c'est une révolution hormonale digne de 1789. Ça explose de tous les côtés ! Ils découvrent la puissance volcanique du sexe, le visage aspergé de boutons aussi rouge que la honte. Allez leur raconter des fariboles, tenter de comparer la métaphore avec la métonymie.

   Ils sont assis devant vous et ils écoutent gronder leurs séismes, les yeux vitreux de testostérone et de folliculine... Si vous ajoutez à cela des parents qui ont lâché prise, les ont abandonné depuis belle lurette devant un écran plasma et autres jeux vidéo...

   Je plains les professeurs écrasés de diplômes qui se pointent devant eux avec le carré de l'hypoténuse et les mines de plomb du Kazakhstan..."

 

René Frégni, extrait de "La fiancée des corbeaux", Éditions Gallimard, 2011

 

Du même auteur, dans La Lecturamak : 

 

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Rédigé par jmlire9258

Publié dans #Extraits de livres, #Littérature Française, #Éducation, #Adolescence

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